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    Cinq leçons de la crise du Golfe Persique…

     

     

    Après la destruction d’un drone américain1 – jeudi 20 juin -, qui se trouvait bien dans l’espace aérien iranien, Donald Trump a réagi en deux temps : il a d’abord déclaré que l’Iran avait commis « une grave erreur », laissant entendre qu’il y aurait des . Dans un second temps, et pour faire baisser la pression, il s’est ravisé en estimant qu’une « erreur humaine », sinon un « acte stupide » était possible, ramenant la destruction du drone à une « décision possiblement individuelle ». Toujours est-il que, selon plusieurs sources militaires des plus crédibles (confirmées par le site du New York Times), la Maison Blanche a bel et bien donné son feu vert – dans la nuit de jeudi à vendredi passés – à une série de bombardements stratégiques sur l’Iran ; opération baptisée « Enduring Punishment ».

    Cette opération devait cibler différents sites militaires iraniens : stations radars, batteries de missiles et dépôt de munitions. Il s’agissait d’opérer de nuit afin de « minimiser les pertes humaines », reproduisant le même mode opératoire des bombardements occidentaux effectués sur la Syrie le 13 avril 2018. Au dernier moment, alors que les appareils allaient pénétrer dans l’espace aérien iranien, Donald Trump s’est à nouveau ravisé, annulant purement et simplement l’opération. Les sources militaires de prochetmoyen-orient.ch indiquent aussi que le téléphone rouge, reliant en permanence Moscou et Washington, aurait fonctionné dans l’urgence et « à diverses reprises » comme du temps de la des missiles de Cuba2.

    Un responsable du Pentagone a confirmé à l’agence de presse AP que l’armée avait bien préparé une telle attaque, mais s’était vu retirer l’approbation vers 1 h. 30/heure de Paris. Le conseiller à la sécurité nationale, John et le ministre des Affaires étrangères Mike Pompeo, auraient été les plus chauds partisans de cette réaction militaire, ainsi que la directrice de la CIA, Gina Haspel. Le Pentagone, quant à lui, ainsi que plusieurs responsables démocrates du Congrès, auraient lancé une mise en garde contre un risque d’escalade incontrôlé.

    RHINOCEROS

    D’une manière plus précise, l’opération Enduring Punishment était – semble-t-il – coordonnée depuis l’état-major américain interarmées de Doha au Qatar, impliquant une trentaine de chasseurs-bombardiers, trois unités de « Système de détection et de commandement aéroporté » AWACS et une centaine de drones déployés à partir des bases de Diego-Garcia (archipel des Chagos dans l’océan Indien) et de Djibouti en mer Rouge. L’état d’urgence devait être instauré sur l’ensemble du territoire israélien dès une heure du matin/heure locale.

    Franchissant un mur du son complètement irréel, cet enchaînement de décisions et contre-décisions ubuesques outrepasse aussi les fictions les plus saugrenues du genre Docteur Folamour3, alliant une douce folie au déclenchement de rationalités techniques pouvant être actionnées par un pur dysfonctionnement dans la chaîne de commandement : un abruti s’est malencontreusement appuyé sur une console de tir HF sans fil à 16 voies ou un ordre décisif et irrattrapable est mal transmis malgré les procédures de validation. Même si le film laisse beaucoup à désirer sur beaucoup de plans en matière de vraisemblance technologique, un autre film – Le Chant du loup4 – donne un avant-goût assez réaliste de guerres majeures ainsi déclenchées par erreur, sinon par un enchaînement de circonstances mal maîtrisées…

    Mais, au-delà ou en-deçà de ces hypothèses hollywoodiennes, il y a cette situation assez bien résumée par François Nicoullaud, ancien ambassadeur français à Téhéran de 2001 à 2005, répondant, le jour même, aux questions de notre confrère libanais L’Orient-La-Nuit : « Le dernier épisode, c’est l’envoi d’un millier de soldats américains dans la région, ce à quoi l’Iran a répondu avec la destruction du drone. Il y a manifestement un phénomène d’escalade, ce que les Américains appellent le »game of chicken”, soit le jeu de la »poule mouillée”. C’est à celui qui craquera le premier. »

    En marge de ces scénarios dignes du Rhinocéros de Ionesco, plusieurs leçons peuvent, d’ores et déjà, être tirées de la crise qui règne actuellement dans le golfe Persique. 1) Tout d’abord, c’est une « maritimisation » croissante des conflits actuels qui retient l’attention ; 2) ensuite, liée à la baisse d’influence militaire et politique des Etats-Unis, on assiste à une démultiplication de « guerres asymétriques », localisées, hybrides et polymorphes ; 3) ces « guerres fluides », qui se maintiennent sous le seuil des guerres conventionnelles lourdes, donnent lieu à des opérations clandestines et de véritables « guerres de communication » où tout est permis ; 4) autre trait dominant et conjoint de cette « drôle de guerre » : la multiplication des acteurs étatiques et non-étatiques ; 5) enfin, l’ensemble des séquences précédentes ramènent toutes à l’épicentre du – qui demeure, quoi qu’en disent les théoriciens néo-conservateurs et les communicants.

    MARITIMISATION DES CONFLITS

    La crise du golfe persique se déroule d’abord en mer, dans ses trois dimensions à savoir sous-l’eau, en surface et dans les airs. Aujourd’hui comme hier, la plupart des tensions internationales finissent toujours par se déverser dans les mers et les océans. Mais à travers les dynamiques de la mondialisation actuelle – et davantage que par le passé – les crises se cristallisent en autant de confrontations maritimes. Retour sur images !

    Avec la chute du Mur de Berlin (9 novembre 1989), la concurrence entre deux blocs géographiques et deux systèmes économiques prend fin. En disparaissant, les chars soviétiques, qui en quelque sorte garantissaient la sécurité sociale (à l’ouest), laissent le salaire horaire du coolie chinois dicter sa règle sur l’ensemble de la planète : produire toujours plus au moindre coût… Si précisément décrits par Marx, les vieux mécanismes du capital connaissent un nouvel emballement planétaire sous l’effet de deux révolutions : 1) une finance transnationale dématérialise l’économie réelle, imposant un nouvel ordre qui transcende la loi de l’offre et la demande et celle du capital/travail par la destruction du salariat et des secteurs d’activités traditionnelles (agricoles, industrielles et de services) ; 2) la révolution numérique optimise et impose un capitalisme algorithmique et une « disruption » généralisée pudiquement qualifiée de « progrès imposé »5.

    Ainsi, ce qu’on appelle la « mondialisation » se traduit progressivement par trois casses spectaculaires : celle des Etats-nations et de leur souveraineté ; celle des services publics et celle des politiques de redistribution sociale. Au-delà de ces conséquences économiques et sociales, la mondialisation nous entraîne inexorablement dans une nouvelle époque de l’anthropocène, c’est-à-dire l’histoire de la terre marquée par les activités humaines produisant un impact global déterminant sur l’écosystème terrestre : réchauffement climatique, fonte des banquises, avancée des déserts, typhons, glissements de terrain et autres tempêtes à répétition.

    Et cela n’inaugure pas seulement d’irréparables ruptures environnementales comme l’épuisement des ressources halieutiques ou l’extension continu d’un « continent plastique », mais génère aussi différentes formes de réchauffement stratégique. Avec la « révolution du conteneur »6, une part de plus en plus importante du transport de marchandises participe à une augmentation exponentielle du trafic maritime. Les pétroliers aussi ont considérablement augmenté leur tonnage, donc leur vulnérabilité. Aujourd’hui, l’ensemble du trafic maritime est exposé à des menaces consubstantielles à son expansion : piraterie, terrorisme, prises d’otages et différentes formes de corruption et blanchiment liées aux pavillons de complaisance et sociétés écrans.

    Ces différentes évolutions rendent les voies maritimes d’autant plus sensibles, notamment les « rails » (Manche, mer Rouge, Méditerranée, etc.) et les détroits (Ormuz, Bab el-Mandeb, Gibraltar, Béring, etc.). Face à la montée de ces périls, qui n’excluent pas des différents inter-étatiques classiques, la plupart des grandes et moyennes puissances ont mis en œuvre des programmes de territorialisation de la mer selon un processus d’« arsenalisation », concept que nous empruntons à Franck Maire7.

    Au sens premier du terme, un arsenal est un établissement militaire, « royal » ou « national », un lieu où l’on construit, entretient, répare et abrite les bâtiments de guerre, où leurs équipements et ravitaillements sont assurés. Au sens moderne du XVIIème siècle, hors toute référence exclusive au monde maritime, l’arsenal désigne un lieu de fabrication des armes et des munitions. Au siècle suivant, il indique par extension un dépôt de matériel militaire et d’armes, ou, de façon plus triviale, une grande quantité d’armes. C’est toujours principalement à partir des arsenaux que s’entreprennent les grandes opérations de territorialisation des mers. Au final, alors que la simple militarisation peut être éphémère et réversible sur n’importe quel théâtre, l’arsenalisation suppose des infrastructures maritimes lourdes, diversifées et durables.

    Dans cette perspective, l’arsenalisation des espaces maritimes constitue un processus agrégeant plusieurs dynamiques : la militarisation navale affirmée de nouvelles puissances (, Inde, etc.) dont les ambitions excèdent la protection du sanctuaire national pour s’étendre à une présence sur les grandes voies maritimes ; la prise en compte ab initio du facteur militaire dans le développement de nouveaux espaces maritimes (brise-glaces russes pour la route maritime du Nord, modernisation des bases aéronavales arctiques comme Kotelny, Wrangel, Schmidt,etc.) ; l’effet cascade sur d’autres marines émergentes (Vietnam, Thaïlande, Philippines, Bangladesh, Myanmar, etc.) particulièrement investies dans le domaine des forces sous-marines et des missiles antinavires ; la militarisation du littoral (Iran, mer de Méridionale, Inde (Nicobar, Andaman, etc.) ; enfin, la recherche de points d’appui civils et commerciaux convertibles en bases aéronavales.

    Ces processus d’arsenalisation ne concernent pas seulement les mers lointaines, riveraines de conflits ouverts, les passages et détroits stratégiques mais touchent aussi simultanément nos zones maritimes de proximité dont les Méditerranée occidentale (crise migratoire notamment) et orientale (blocs gaziers disputés entre le Liban et Israël notamment) ; plus lointaines comme la mer Rouge (compétition des ports entre Djibouti, Emirats arabes unis, Erythrée, Ethiopie et Somalie), détroits de Bab el-Maneb et d’Ormuz.

    Le détroit d’Ormuz constitue le pivot reliant le golfe Persique au golfe d’Oman qui doit son nom à l’île iranienne Ormuz, située au sud-est du port militaire iranien de Bandar Abbas. Les pays frontaliers sont l’Iran au nord, le sultanat d’Oman et les Émirats arabes unis au sud (péninsule arabique). Long de 63 km et large de 40 km, le détroit – porte d’entrée du golfe Persique – a une importance stratégique décisive : il constitue, en effet, une voie commerciale essentielle du trafic international, empruntée par plus de 30 % du commerce mondial de pétrole. Outre les Émirats arabes unis et l’Iran, le détroit commande l’accès à d’autres pays producteurs d’hydrocarbures aussi importants que l’Arabie saoudite, le Koweït, le Qatar, Bahreïn et l’Irak. Selon le département américain de l’Énergie, environ 2 400 pétroliers y transitent chaque année, pour un volume d’environ 17 millions de barils de pétrole par jour.

    GUERRE ASYMETRIQUE

    La deuxième caractéristique de l’actuelle crise du golfe Persique ramène à une situation où aucun des protagonistes ne peut prendre le risque de déclencher une « guerre conventionnelle lourde » du type de la dernière invasion anglo-américaine de l’Irak au printemps 2003. Désormais engagé dans une campagne pour un deuxième mandat, Donald Trump sait pertinemment que son opinion publique ne veut plus que les Etats-Unis s’embarquent dans ce type d’opérations. Avant lui Obama a parfaitement intégré cette donnée, multipliant des opérations clandestines, menées par des mercenaires, supplétifs ou partenaires étrangers, appuyées par des « frappes » (bombardements de précision), des drones et de nouveaux moyens de reconnaissance et de combat.

    Cette transformation, qui remonte à la « Révolution dans les affaires militaires » (RMA) des années 1980, privilégie la supériorité technologique à l’engagement humain sur le terrain. Depuis 2001, on ne parle presque plus aux États-Unis de RMA, mais bien de « transformation », fondée sur les « frappes de précision », l’arsenal des missiles de différentes portées et l’innovation militaire, notamment en termes de cyber-attaques. Les progrès anticipés en matière de renseignement électronique à distance et d’interconnexion des « systèmes » (ou soldats), les uns avec les autres, sont interprétés comme engendrant une démultiplication de l’efficacité et une sécurisation accrue par évitement du contact et maintien d’une distance de sécurité. L’éloignement est substitué aux protections organiques comme le blindage. Développée par l’US-Navy face à la menace des missiles (Cooperative Engagement Capability), la « guerre réseau-centrée » (network-centric warfare) est également reprise à son compte par l’US-Army, qui espère ainsi réduire sa lourdeur logistique et les délais de projection.

    Ces différentes évolutions ont amené Barack Obama puis, aujourd’hui Donald Trump à multiplier les conflits de basse-intensité dans les zones d’intérêts américains prioritaires afin de pouvoir y tirer le meilleur profit de leur supériorité technologique. Ainsi dans le golfe persique, il s’agit de « mener une guerre sans la faire » en maintenant les opérations sous le seuil d’une réelle « guerre ouverte », c’est-à-dire une « guerre asymétrique ».

    Analysé et détaillé par Sun Tzu au Vème siècle avant J-C dans son célèbre ouvrage L’Art de la guerre, le concept de guerre asymétrique a été réactualisé, notamment par le général américain Wesley Clark durant l’intervention de l’OTAN au Kosovo au printemps 1999. D’une façon générale, une guerre asymétrique est une guerre du faible au fort et/ou inversement du fort au faible. Il ne s’agit pas de conquérir des territoires. La motivation est principalement d’origine politique. En l’occurrence, il s’agit de déstabiliser (par tous les moyens : pressions politiques, sanctions économiques et actions militaires) le gouvernement iranien jusqu’à l’effondrement pour le remplacer par un régime conforme aux intérêts américains.

    En tant que stratégie délibérée, la guerre asymétrique vise consciemment les faiblesses de l’adversaire en cherchant à en contourner les points forts, donc en utilisant prioritairement des moyens non-conventionnels. Au fond, il s’agit de ne pas « jouer selon les règles » en optant pour le « jeu de la poule mouillée », selon la remarque précédente de François Nicoullaud. Et dans la guerre asymétrique du golfe persique les « coups les plus tordus », l’information, la communication sinon la propagande, occupent une place primordiale. C’est notre troisième leçon.

    OPERATIONS CLANDESTINES ET PROPAGANDE

    Trump se retire de l’accord avec l’Iran, le 8 mai 2018

    A ce stade, il faut bien mémoriser la séquence trumpienne à l’égard de l’Iran : dans un premier temps, l’accord de Vienne du 14 juillet sur le dossier nucléaire est proprement déchiré ! De nouvelles sanctions américaines – unilatérales – contre l’Iran sont adoptées. Le 19 mai 2017 – le jour même de l’élection présidentielle iranienne qui voit le réformateur Hassan Rohani élu pour un deuxième mandat -, Donald Trump s’adresse depuis Riyad à une cinquantaine de pays sunnites pour les appeler à « encercler » un Iran « responsable du terrorisme au  ».

    Il fallait quand même oser s’adonner à une telle prestation en Arabie saoudienne, l’une des dictatures théologico-politiques les plus fascisantes de la planète qui finance l’Islam radical depuis des décennies. A ce sujet, on ne peut que recommander avec délectation la lecture d’un rapport récent des Nations unies sur l’assassinat du « journaliste » Jamal Khashoggi, découpé à la scie à métaux dans le consulat de la monarchie à Istanbul sur les ordres directs du prince héritier MBS !

    Parallèlement, avec l’aide de barbouzes israéliennes, les services spéciaux américains multiplient cyber-attaques et assassinats ciblés de scientifiques iraniens. A partir du Kurdistan d’Irak, l’Aman (service action et de renseignement de l’armée israélienne) fomente des attaques du PEJAK8 dans le Kurdistan d’Iran. Adoptant de nouvelles sanctions économiques pour empêcher Téhéran d’exporter son pétrole, Washington encourage manifestations, grèves et autres mouvements sociaux pour affaiblir le gouvernement iranien de l’intérieur. Le Pentagone fait appareiller l’un de ses porte-avions et son Groupe aéronaval pour la mer d’Oman. Il annonce l’envoi d’un millier de soldats supplémentaire dans la région. Et pour que l’ soit complète, Donald Trump déclare qu’il a communiqué aux autorités iraniennes son numéro de téléphone personnel afin d’ouvrir des discussions en vue d’ un nouvel accord à « ses » conditions : pour y intégrer le programme balistique iranien de défense nationale et obtenir des garanties d’un désengagement en Syrie, au Yémen, sinon au Liban !

    Voilà grosso modo pour la communication et quelques opérations clandestines. A ce propos, et selon les sources militaires de prochemoyen-orient.ch, il ressort clairement que la dernière attaque de deux superpétroliers dans le détroit d’Ormuz n’a pu être menée que par des forces spéciales aguerries. Ce type d’opérations, qui requiert des nageurs de combat, ne correspond ni aux modes opératoires habituels des forces yéménites houthi, ni à celui des Pasdarans spécialisés dans le minage et des opérations « go-fast » effectuées à bord de vedettes rapides. A l’époque de ces attaques, la présence de deux sous-marins israéliens (de conception allemande) a bien été confirmée en mer d’Oman par plusieurs services européens de renseignement.

    Les mêmes sources ajoutent que l’attaque des pétroliers a pu être menée à partir de drones aquatiques et de « plateformes immergées ». La marine militaire des EAU disposerait de données identiques, ayant démenti toute espèce de responsabilité dans « ces opérations destinées – à l’évidence – à jeter de l’huile sur le feu afin de faire passer le conflit de sa posture asymétrique à celle d’une guerre conventionnelle ouverte », ajoute un attaché européen de défense en poste à Riyad. On touche ici à la configuration même de la crise actuelle du golfe persique, objet de notre quatrième leçon.

    MULTIPLICATION DES ACTEURS

    Sans surprise, les autorités de Tel-Aviv suivent la crise et ses développements en temps réel, le cabinet de Benyamin Netanyahou ne faisant pas mystère de sa volonté d’en découdre ouvertement avec l’Iran. A l’unisson avec le conseiller national à la sécurité John Bolton, le ministre des Affaires étrangères Mike Pompéo et la cheffe de la CIA Gina Haspel, les autorités civiles et militaires israéliennes cherchent leur revanche depuis plusieurs années. Après s’être vu infliger une humiliante correction par le libanais durant la guerre dite des « Trente jours » de l’été 2006, l’armée israélienne à multiplié les opérations en Syrie, officiellement pour cibler des objectifs iraniens et du .

    En dépit de leurs services de renseignement, qui ont passablement perdu la main durant les dernières années, les militaires israéliens savent pourtant que les unités iraniennes et du Hezbollah n’occupent jamais de positions de « manière compacte » et sont « embedded » dans des corps d’armées encadrés par la chaîne de commandement russo-syrienne. « Un accord a, vraisemblablement été passé entre Vladimir Poutine et Netanyahou pour que la chasse de Tel-Aviv s’en tienne à des bombardements de cages à poules », ajoute l’une de nos sources militaires.

    Indépendamment du couple américano-israélien, la crise du golfe persique mobilise les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) au premier rang desquels l’Arabie Saoudite et les EAU, même si ces derniers ne partagent pas toujours les mêmes objectifs. Au-delà de cette convergence tripartite – Etats-Unis/supplétifs européens, Israël et pays sunnites du Golfe -, des acteurs non étatiques (on l’a dit) comme le Hezbollah et les forces houthi jouent aussi un rôle opérationnel important, en appui de deuxième ou troisième ligne dans une profondeur stratégique qui englobe l’ensemble des pays de la région, dont l’Irak. En effet, à partir de Bagdad, plusieurs pays européens dont la France (enfin !), cherchent à « fabriquer une passerelle de médiation pour enclencher un processus vertueux de désescalade », explique un diplomate français, fin-connaisseur de la zone.

    Cette multiplication d’acteurs ne facilite pas les choses et conforte les pratiques trumpiennes d’agent immobilier dans un contexte dont les Nations Unies et les autres organisations multilatérales ont été radicalement exclues à l’initiative de Washington. En fait, « ne pas jouer selon la règle » a certainement une autre explication des plus plausibles », estime un ancien ambassadeur de France : « entretenir actuellement un ‘chaos constructif’ dans le golfe persique vise surtout à diluer l’épicentre de l’arc des crises proche et moyen-orientales : le conflit israélo-palestinien ». C’est notre cinquième et dernière leçon.

    CENTRALITE DE LA QUESTION PALESTINIENNE

    L’une des dernières interventions publiques du secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah l’a signifié parfaitement : « attaquer l’Iran aujourd’hui, c’est s’en prendre directement aux et à leur revendications séculières ». D’ici la fin de ce mois de juin à Bahreïn, Washington doit révéler son « deal du siècle », autrement dit le plan américain de paix globale de règlement du conflit israélo-palestinien préparé par Jared Kushner (le gendre de Trump) et ses adjoints, la plupart Juif-orthodoxes ! De l’aveu de Pompeo lui-même, cette grande affaire risque de faire pschitt !

    Pour sauver les apparences et éviter que les chaises restent vides lors de cette réunion (farces et attrapes), heureusement boycottée par les Palestiniens, Pompeo a effectué une grande tournée dans les pays arabes pour amener (chèques à l’appui) les Marocains (qui, initialement ne voulaient pas venir) et les Egyptiens (eux aussi pas très chauds), ainsi (bien-sûr) que les pays du Golfe, ceux-là mêmes directement engagés contre l’Iran. Une fois le fiasco révélé au grand jour, il sera toujours temps d’accuser l’Iran – encore lui – de porter la responsabilité d’un tel échec et de relancer (toujours à minima la crise du golfe Persique) …

    Quoi qu’il en soit les chancelleries arabes et occidentales ne sont pas dupes et devront se rendre à l’évidence. Cette crise ubuesque du golfe persique, ajoutée au désastre annoncé du sommet de Bahreïn, signe durablement le déclin de l’empire américain. Désormais, il apparaît clairement que les Etats-Unis – juge et partie – ne peuvent assurer une quelconque médiation dans le dossier israélo-palestinien ! Donald Trump et sa diplomatie d’agent immobilier auront eu au moins le mérite d’établir la preuve par l’acte : désormais, Washington ne peut plus prétendre imposer ses vues, ni aux Palestiniens, ni dans le cadre des autres crises régionales : Syrie, Yémen et Corne de l’Afrique.

    Bonne lecture et à la semaine prochaine.

    Richard Labévière


    1 Ce drone est un RQ-4A Global Hawk d’une valeur de 130 millions de dollars
    2 La crise des missiles de Cuba est une suite d’événements survenus du 16 octobre au 28 octobre 1962 et qui ont opposé les États-Unis et l’Union soviétique au sujet des missiles nucléaires soviétiques pointés en direction du territoire des États-Unis depuis l’l’île de Cuba, qui ont mené les deux blocs au bord de la guerre nucléaire.
    3 Docteur Folamour est l’un des films les plus célèbres du réalisateur Stanley Kubrick, sorti en France en 1964. Le général Jack Ripper, convaincu que les Russes ont décidé d’empoisonner l’eau potable des États-Unis, lance sur l’URSS une offensive de bombardiers B-52 en ayant pris soin d’isoler la base aérienne de Burpelson du reste du monde. Pendant ce temps, Muffley, le Président des Etats-Unis, convoque l’état-major militaire dans la salle d’opérations du Pentagone et tente de rétablir une situation d’apocalypse nucléaire devenue irréversible.
    4 Le Chant du loup, du réalisateur Antonin Baudry est sorti en France le 20 février 2019. Un jeune officier-marinier surnommé « L’Oreille d’or » a le don rare de reconnaître chaque son qu’il entend. À bord d’un sous-marin nucléaire français, tout repose sur sa compétence jugée infaillible. Il commet pourtant une erreur qui met l’équipage en danger de mort. Il veut retrouver la confiance de ses camarades, mais sa quête les entraîne dans une situation encore plus dramatique. Dans le monde de la dissuasion nucléaire et de la désinformation, ils se retrouvent tous pris au piège d’un engrenage incontrôlable.
    5 Bernard Stiegler : Dans la disruption, comment ne pas devenir fou ? Editions Les Liens qui libèrent, novembre 2016.
    6 Cette « révolution » a entrainé la construction de bateaux spécifiques, les porte-conteneurs. La quasi-totalité du transport maritime des biens manufacturés l’est désormais par ce type de navires qui peuvent aussi transporter d’autres marchandises : fruits et légumes, produits agro-alimentaires, liquides (hors carburant), voitures, etc. Cette polyvalence est l’un des principaux avantages de ces navires. Les années 1990 et 2015 ont vu un accroissement de la taille de ces navires avec l’arrivée de bateaux d’une capacité de plus de 25 000 boîtes. En 2016, plus de 135 millions de conteneurs ont ainsi empruntés les mers du globe.
    7 Franck Maire est capitaine de frégate : « Arsenalisation des espaces maritimes ». Annuaire français de relations internationales 2018 (volume XIX). Université Panthéon-Assas, Centre Thucydide.
    8 Le PEJAK, Parti pour une vie libre au Kurdistan est une organisation politique et armée qui lutte contre le régime iranien.

    source:http://prochetmoyen-orient.ch/cinq-lecons-de-la-crise-du-golfe-persique/

    https://reseauinternational.net/cinq-lecons-de-la-crise-du-golfe-persique/

     

    Voir aussi:

    https://reseauinternational.net/pour-mieux-comprendre-les-politiques-de-defense-et-la-diplomatie-au-proche-et-moyen-orient/

     

     

     


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  • Le grand œuvre de Choïgou

    28 mars 2019

     

     

    Le grand œuvre de Choïgou

     

     

    Le texte ci-dessous, écrit avec chaleur et venu manifestement d’un officier ou ancien officier US, rapporte et commente un discours du ministre russe de la défense Choïgou, récemment prononcé devant la Douma d’État et mettant en évidence selon l’auteur la transformation radicale, révolutionnaire (peut-être dans un sens paradoxalement traditionnaliste dans certains domaines) de l’armée russe. On voit confirmé, par un avis autorisé, la puissante et très importante stature de Choïgou, un homme non exempt de spiritualité qui semble avoir conduit et achevé une refonte structurelle et psychologique complète de l’armée russe pour en faire qualitativement la première du monde, – tant du point de vue de l’équipement et des tactiques-stratégie, que du point de vue humain et psychologique…

    L’auteur, resté anonyme sous la signature du site du colonel Lang, Sic Semper Tyrannis (ou STT), est sans aucun doute un officier de l’U.S. Army, que nous devinerions comme proche du colonel Lang (lui-même de l’US Army, dans la Defense Intelligence Agency), et sans doute hors des cadres actifs comme Lang. En effet, beaucoup de choses, d’expressions, de sentiments, renvoient à la psychologie et à l’expérience du terrain, sinon à la nostalgie, d’un officier de forces armées terrestres. Ainsi sent-on, derrière une réelle admiration pour le chef et l’administrateur, une sorte de camaraderie de corps de l’auteur “STT” pour Choïgou désigné comme un homme de grande valeur, – sentiment somme toute très inhabituel de la part d’un (militaire) US pour un militaire russe, et d’autant plus précieuse pour la compréhension de l’attitude du Russe.

    Assault battalion of Russian army's engineer force conduct military exersizeOn part d’un très récent discours de Choïgou devant une commission de la Douma de la Fédération de Russie ; le sujet général en était l’état d’une armée russe complètement transformée et régénérée depuis la phase radicale lancée en 2013d’une démarche réformiste en cours depuis plus de quinze ans. L’auteur, s’appuyant sur une analyse du site SouthFront.org, qui en avait transcrit les principaux passages, constate qu’il en était resté à une première lecture au simple détail, en liste, des nouveaux systèmes d’armes mis en service.

    (On notera dans ce domaine des systèmes d’armes dont nous parlons très peu, une indication qui nous paraît nouvelle, concernant le missile sol-sol à courte (et nouvellement moyenne) portée SS-26 Iskander, qui joue et va jouer un rôle essentiel en Europe avec la fin du traité FNI. Il est signalé que ce missile normalement balistique dispose également d’une version “missile de croisière”, – vol normal, en général à très basse altitude, – et il est confirmé qu’il a opéré en Syrie : « L’Iskander peut tirer des ogives nucléaires et plusieurs types d’ogives classiques et dispose de multiples moyens de guidage, y compris une version de missile de croisière. Il a été testé avec succès en Syrie. »)

    A l’invitation du colonel Lang, “STT” a lu le discours d’une façon plus attentive et a découvert que c’était bien plus que cela : la réforme a transformé l’armement des armées russes,mais aussi les hommes, mais aussi le soldat russe lui-même. Il s’agit d’un ensemble de mesures dont le but commun est de rechercher une condition à la fois plus confortable, plus responsable et plus patriotique pour le soldat russe, à côté de toute la puissance que peuvent lui donner les différentes technologies nouvelles intégrées dans les forces.

    C’est un point d’autant plus important que la question du traitement des soldats russes, dans les dernières décades de l’URSS (notamment dans l’ère Brejnev), puis dans le désordre des années-Gorbatchev en même temps que la guerre en Afghanistan, puis enfin dans la catastrophe des années 1990, était devenue centrale dans l’appréciation des capacités militaires. Les conscrits étaient traités d’une façon épouvantable, avec très souvent des traitements de brimade sinon de torture de la sorte que peuvent endurer des prisonniers de droit commun, avec souvent des décès ou des suicides du fait de ces traitements, au point où des mères de conscrits se constituèrent en association pour défendre leurs enfants. Le moral et donc la capacité de combat étaient bien entendu à mesure, alors que le corps des officiers, mal payé ou même privés de traitement pendant ces années de désordre, était caractérisé par une corruption extraordinaire et un affaiblissement à mesure là aussi de l’autorité et des responsabilités de commandement.

    Cet épisode dramatique a été largement pris en compte par le réformiste Choïgou, qui a détaillé diverses mesures, y compris au niveau des technologies nouvelles, permettant d’améliorer considérablement le sort et les capacités des soldats, en même temps que l’armée a été considérablement “professionnalisée” avec actuellement deux tiers des effectifs faits de volontaires qui sont évidemment affectés aux unités d’élites et de combat.

    Le texte de “STT” accorde une très grande importance à cet aspect de la réforme de l’armée russe, jusques et y compris la plus récente, qui est une sorte d’encadrement politique ayant pour but d’entretenir et d’exalter le patriotisme des soldats, tout comme le sens de leur mission tout entier axé sur la protection de la nation russe. (“STT” insiste beaucoup sur le caractère essentiellement défensif de nombre des nouveaux armements, étant bien entendu que cet aspect défensif est également très efficace dans les cas de projection des forces qui sont par nature offensifs, — comme on a pu le voir et comme on le voit encore en Syrie.) “STT” l’interprète indirectement, comme nous le ressentons, comme une sorte de renaissance de certaines vertus traditionnelles des forces armées comprises comme une institution de défense suprême d’une grande nation, au contraire de l’évolution d’autres forces. On comprend qu’il s’agit dans le chef de l’auteur essentiellement d’une critique des forces armées US, qui ont tout misé sur la technologie et sur les pratiques postmodernes de sous-traitance, de mercenariat, de bureaucratisation, qui finissent, et cela très rapidement une fois le processus enclenché, par diluer et pervertir les psychologies et les sentiments patriotiques pour donner des forces déshumanisées et sans idéal, et souvent décadentes, remplissant des tâches de plus en plus critiquables et indignes comme font nombre de forces US à travers le monde, particulièrement depuis le tournant de 1999-2001. Ainsi l’évolution des forces russes et celles des forces US ont suivi un destin inverse et croisé, les forces US partant de très haut pour s’abîmer dans une décadence d’hyper-technologies de plus en plus improductives, de déshumanisation et de “gangstérisation” pour des conflits illégaux au service de la recherche d’une hégémonie faussaire ; et les forces russes, non moins modernisées mais d’une façon maîtrisées, ont été orientées vers des comportements patriotiques et souverainistes qui entraînent des capacités de combat de très haut niveau.

    Choïgou Gerasimov 20190328Manifestement, “STT” attribue massivement à la personnalité exceptionnelle de Choïgou, assisté de cadres dirigeants de grande qualité comme le chef d’état-major général Gerasimov, la responsabilité de cette évolution. L’ère Poutine avec ses succès dans le domaine de la sécurité nationale, doit bien entendu beaucoup à son président, mais également à ses grands ministres, Choïgou pour l’armée comme Lavrov pour la diplomatie. Cela nous conduit à confirmer notre jugement déjà exposé de l’importance capitale prise par les forces armées et la communauté de défense dans l’équilibre du pouvoir en Russie, avec un rôle important à jouer contre toute tentative de déstabilisation interne sous des poussées externes subversives, type-regime change. Nous rappelons ce jugement, présenté le :

    « …[I]l nous paraît assez probable que cette force [la défense et l’armée] pèse d’un poids important sur Poutine pour maintenir la politique russe de sécurité nationale sur une voie de fermeté… […] Ainsi la partie des déclaration de Gerasimov donnant une nouvelle définition de la guerre, et y incluant, pour ce qui regarde les forces armées, les pratiques de  “regime change”  et d’“agression douce”, impliquent sans guère de doute que ces forces armées se jugent fondées à considérer que toute action de déstabilisation venant du groupe des “libéraux”-“5èmecolonne” les concerne directement, et qu’elles se jugent compétentes et autorisées, ces forces armées, à agir contre cela. »

    Ci-dessous, le texte “STT” (Sic Semper Tyrannis) du site du colonel Patrick Lang

    dedefensa.org

    ***

     

    « L’armée russe a été radicalement transformée »

    Dans sa dernière “situation” de la Fédération de Russie, Patrick Armstrong a mentionné un discours prononcé par Sergei Choïgou devant une commission de la Douma. Dans ce discours, Choïgou dévoile une litanie de nouveaux systèmes d’armes qui sont maintenant entre les mains des forces de défense russes. Impressionnant, mais ce n’est qu’une liste. Il y a quelques jours, le colonel Lang m’a demandé d’examiner le discours de plus près. Il a clairement vu quelque chose que j’ai manqué dans ma première lecture superficielle. Je l’ai relu. C’est un sacré discours. M. Choïgou dit beaucoup plus que la simple énumération des nouvelles armes qui sont entre les mains des soldats russes. “SouthFront” a offert une traduction en anglais du discours qui a d’abord paru dans “Étoile Rouge”, le journal officiel du ministère de la défense de la Fédération de Russie. L’article de“SouthFront” commence comme suit.

    discours de Choïgou 20190328« Le général Sergei Choïgou, ministre russe de la Défense, a pris part à la réunion élargie de la Commission de défense de la Douma d’État. Le chef du ministère de la Défense a communiqué une mise à jour détaillée aux participants sur les résultats des six années de travail à grande échelle pour renforcer la capacité de défense de l’État russe en augmentant la puissance de combat de nos forces armées. En fait, la Russie a maintenant une armée complètement différente de celle qu’elle avait avant 2013. Nous publions aujourd’hui le texte intégral d’un discours prononcé par le général d’armée Sergueï Choïgou lors d’une réunion élargie de la Commission de la défense de la Douma d’État de la Fédération de Russie. »

    Le discours est rempli de chiffres et de faits et est heureusement dépourvu d’hyperbole propagandiste. Qui a besoin de propagande quand les faits parlent d’eux-mêmes ? D’abord quelques faits, justement. Les améliorations apportées aux forces de fusées stratégiques comprennent 12 régiments MIRV ICBM RS-24 Yars MIRV (109 missiles), 108 ICBM lancés par sous-marin, probablement les nouveaux missiles Bulava et 3 sous-marins de classe Borei construits pour utiliser les nouveaux missiles Bulava.

    Un autre système mentionné par Choïgou est le déploiement de 10 brigades de missiles balistiques à courte portée Iskander avec 12 lanceurs/brigade. Ce système permet de tenir à distance l’OTAN. L’Iskander peut tirer des ogives nucléaires et plusieurs types d’ogives classiques et dispose de multiples moyens de guidage, y compris une version de missile de croisière. Il a été testé avec succès en Syrie.

    Parmi les systèmes défensifs vantés par Choïgou figurent 20 régiments de missiles S-400 avec 8 à 12 lanceurs/régiment, 23 divisions (régiments ?) Pantsir-S avec 18 lanceurs/régiment, 17 bataillons de Bastion, systèmes de défense côtière antinavire avec 12 lanceurs/bataillon. Notez qu’il s’agit de systèmes défensifs. Bien sûr, ils peuvent servir de parapluie défensif pour les forces déployées, comme en Syrie, mais ce sont quand même des systèmes défensifs. Ils sont principalement déployés sur le territoire russe pour défendre la Russie contre les attaques maritimes et aériennes. Cela correspond à un autre point soulevé par Choïgou. « D’ici 2019, une couverture radar complète pour le système d’alerte d’attaque de missiles dans toutes les directions stratégiques de la dimension aérospatiale et pour tous les types de trajectoires de vol des missiles balistiques achèvera d’être mise en place autour du périmètre de la frontière russe », a-t-il dit. Le système unifié de détection spatiale et de contrôle de combat est en cours de développement. » Il devrait être clair que les forces armées de la Fédération de Russie ont pour but de défendre la mère Russie et non de s’engager dans l’aventurisme expéditionnaire. Rafraîchissant, n’est-ce pas ?

    Choïgou a également expliqué la réaction de la Russie à la prise de conscience que l’espace est un domaine de guerre. La force aérienne russe est maintenant la force aérienne aérospatiale. Nous le savions depuis un certain temps, mais Choïgou l’a confirmé en vantant le développement de la fusée Angara et le déploiement de 57 nouveaux satellites. Cette réorganisation a eu lieu en 2015 lorsque les Forces de défense aérienne et antimissile, les Forces spatiales et la Force aérienne ont été regroupées au sein des Forces aérospatiales.

    En plus de cette liste des principaux systèmes d’armes et de leur disponibilité, de leur fiabilité et de leur précision accrues, Choïgou s’est donné beaucoup de mal pour souligner les progrès en matière de logistique, de développement des forces, de formation militaire et d’autres « questions relatives aux soldats ». Au cours des six dernières années, il y a eu une amélioration considérable dans les logements des soldats, les soins de santé et les installations de loisirs militaires. Les deux tiers des forces armées sont désormais contractuels (volontaires) et un tiers seulement sont des appelés du contingent. L’Armée de terre compte 136 groupes de bataillons tactiques entièrement prêts, composés tous de volontaires. Ce qui m’a particulièrement frappé, c’est l’accent mis par Choïgou sur le renoncement généralisé aux contractants extérieurs, non militaires, pour la logistique et le soutien domestique des forces, et leur remplacement par des soldats et des employés du ministère de la défense. À cet égard, les forces armées russes vont dans la direction opposée à la nôtre. Oh, comme j’aspire au retour des équipes des mess que nous avions et tout ce qui y ressemblait pour l’entretien et la nourriture dans les bases.

    Un autre point mentionné par Choïgou montre comment lui et les forces armées sont convaincus que les hommes sont plus importants que les machines : « Pratiquement toutes les forces terrestres, ainsi que les brigades de fusiliers motorisés et les brigades d’infanterie navale, soit au total 35 formations, ont été équipées du matériel de combat moderne Ratnik-2. » L’équipement de combat individuel Ratnik-2 comprend un exosquelette passif pour protéger la colonne vertébrale et les articulations ainsi qu’une protection balistique. Ma colonne vertébrale et mes articulations auraient apprécié une telle attention portée à la santé et au bien-être des soldats. Je pense que ce Ratnik-2 est tout aussi impressionnant que les gros équipements. Ceci est une description d’un article du “Military Times”.

    « Au cœur du système se trouve la création d’un réseau hautement intégré qui renforce la connaissance de la situation générale du fantassin et permet de fournir des informations et des renseignements vitaux entre les soldats d’une unité et d’autres ressources externes qui soutiennent cette unité. Pour ce faire, Ratnik inclut le système de communication ‘Mousquetaire’ qui permet des transmissions vocales et vidéo, ainsi que des récepteurs GLONASS (l’alternative russe au GPS) pour la navigation. De plus, le système est livré avec un appareil de chauffage, un filtre à eau, un masque à gaz, une trousse médicale et d’autres “éléments de survie” nécessaires. L’ensemble de la combinaison Ratnik-2 est recouvert de matériaux à infrarouge, ce qui permet aux soldats d’opérer presque sans être détectés par les scanners infrarouges. »

    Enfin, il y a un clin d’œil à l’aspect psychologique et informationnel de la guerre. Non, ce n’est pas cette stupide idée occidentale de la “Doctrine Gerasimov”. Mark Galeotti explique la sottise de cette idée dans ses commentaires sur le discours prononcé par Gerasimov il y a un peu plus de deux semaines. L’intérêt du ministère de la Défense pour l’aspect psychologique de la guerre est essentiellement défensif, tout comme la structure et la disposition des forces armées russes sont de nature défensive. « Conformément au décret du Président de la Fédération de Russie, des organes politiques militaires ont été créés l’année dernière. L’un des domaines les plus importants de leur travail est l’éducation patriotique des militaires des forces armées et des jeunes. » Je pourrais me tromper dans mon interprétation, mais cela ressemble à une structuration modernisée, en beaucoup moins sinistre, des corps des commissaires politiques. Je ne vois pas ça comme une mauvaise chose. Au contraire, je le vois comme une mise en œuvre de cours d’instruction civique pour les troupes, tout comme le Mouvement national des jeunes cadets de l’Armée, également noté dans le discours de Choïgou, représente une éducation civique pour la jeunesse russe… Une vaccination psychologique contre la guerre occidentale de l’information.

    Pour finir, j’aime bien ce type, Sergei Choïgou. Il aime l’histoire et le hockey. Il peint à l’aquarelle, mon activité préférée. Il aime la sculpture sur bois et il est très doué pour la pratiquer. Je nous verrais bien boire autour d’un feu de camp avant qu’il s’évanouisse soudain dans la nuit en chantant dans  l’harmonie de gorge typique des natifs de Mongolie. Ce serait vraiment un grand moment de camaraderie chaleureuse.

    Sic Semper Tyrannis

    source:http://www.dedefensa.org/article/le-grandoeuvre-de-choigou

     

     

     

    https://reseauinternational.net/le-grand-oeuvre-de-choigou/

     

     


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    Etats de droit - 18 mars 2019

    (article exceptionnel sur les guerres actuelles)

     

     

    Ce vendredi 15 mars 2019 marque le huitième anniversaire d’un conflit universel. Déjà plus long que les deux guerres mondiales, il a passé « l’âge de raison » qui signifiait pour les parents et grands-parents de jadis la fin de l’innocence de leur progéniture. Les intellectuels de toutes les rives auraient intérêt à lire l’article publié à cette occasion par Kamal Khalaf, écrivain, journaliste et analyste politique palestinien bien connu, qui rappelle une réalité escamotée :  » s’il y a une guerre qui n’est pas innocente, c’est bien celle de Syrie « . Près de 400 000 morts, des millions de réfugiés, déplacés, exilés, sinistrés, et une multitude de blessés, d’estropiés, de handicapés à vie. Des orphelins, des veuves, des familles brisées ou dispersées. Sans parler d’un pays en partie détruit, à dessein. Ayant déjà beaucoup dit et écrit à ce propos, je n’allongerai pas l’inventaire des supplices infligés à tout un peuple, victime par surcroît d’un flagrant déni de vérité et de justice sans précédent.

    Les dévots, prédicateurs ou imprécateurs qui croient représenter le « monde civilisé » le savent sûrement, si cette tragédie aux innombrables victimes n’a pas la puissance d’évocation d’un 11 septembre, c’est qu’on l’a ensevelie sous une forêt de « faux pavillons », que son récit a été étouffé sous une chape d’omerta ou de mensonge. La manipulation a permis aux faussaires de justifier la poursuite de ce crime collectif au nom de la légalité internationale, pourtant violée par eux sans vergogne et sans pudeur. Que l’on invoque pour prétexte la démocratisation, la défense des droits de l’homme, la responsabilité de protéger, ou bien qu’on la drape dans les oripeaux de la morale humanitaire ou de l’Etat de Droit, l’entreprise alliant dans son lit les « croisés » euro-atlantiques sous leurs enseignes variées et les « djihadistes » sous leurs franchises diverses aura été une entreprise perverse, illégale et criminelle. Et c’est par le biais d’une escroquerie médiatique et intellectuelle sans précédent qu’ils ont pu la faire passer pour une guerre noble, voire une guerre sainte.

    Si l’Etat syrien a pu compter sur des alliés fidèles, son peuple a hérité d’un « groupe d’amis » que l’on ne peut souhaiter qu’à des ennemis héréditaires : à Marrakech en décembre 2012, on dénombre (excusez du peu) 114 Etats, les protagonistes de l’agression. Dans ces pays, incluant la France, les politiques, les intellectuels et les médias n’ont jamais dit « Nous sommes tous des Syriens », ou « tous des Arabes », alors que le « peuple si bon » avait bénéficié de nos effusions à nous, qui étions « tous des Américains » à l’insu de notre plein gré.

    Ce deux-poids, deux-mesures est lié à la conviction que l’Occident est la seule humanité qui vaille, que seules ses valeurs, ses langues, ses modèles, ses conceptions, ses combats ont une portée universelle. Cette certitude est si incrustée que les hommes et femmes de la rue comme les « élites » ne voient pas malice à ce que leurs gouvernants s’arrogent « le droit de dire le droit » et puissent intervenir militairement pour changer le « régime » de tout pays résistant que le maître américain aura daigné qualifier de « voyou ». Que les abonnés des plateaux de la télévision remplacent l’invocation à « nos grandes démocraties » vaguement surfaite par des incantations sur « nos Etats de droit » ne change pas les fondamentaux : l’Occident se considère comme l’incarnation du Droit. Une fois de plus, il constitue le modèle, évidemment inimitable, en la matière. Le résultat est croquignolesque, ainsi qu’en témoignent les réunions du Conseil de Sécurité, où chaque prestation occidentale est un morceau de bravoure, un chef-d’œuvre d’hypocrisie, un grand moment de n’importe quoi. On dira : et la France alors, et Descartes et le cartésianisme, Voltaire et les philosophes, et les Lumières, la raison et la logique, dont on se pique dans nos « Etats de droit » en général, et chez nous en particulier ?

    Parlons franc, le satané et infernal Etat de droit impose au ci-devant « homme blanc » un fardeau tel qu’il serait injuste de ne pas trouver de circonstances atténuantes à ces personnages si élégants et bien coiffés qu’ils ne peuvent être malhonnêtes. A défaut d’entendre leur sanglot, il suffit de voir leur visage accablé par la misère du monde, leur indignation devant l’iniquité des Etats faillis que le monde civilisé est obligé de bombarder et de punir, devant l’insolence des émergents para-communistes, ou face aux provocations de tous ces « axes de la résistance ». Que de stoïcisme il faut pour mettre de côté son attachement aux principes des Nations-Unies afin d’imposer justice et démocratie chez les Barbares. Le vrai Etat de Droit n’est-il pas l’Etat de tous les droits : de définir des règles, des normes, de nommer, de juger, de menacer, de condamner, de sanctionner, de punir, d’intervenir, de changer les régimes inadaptés, d’occuper, de changer la géographie, etc. C’est une grande souffrance morale et une tache prenante, qui implique des devoirs et des droits, pile et face de la même médaille.

    Dans ces conditions, les Etats de Droit ne sauraient déchoir en s’embarrassant de scrupules indignes de leur rang, en respectant dans des pays barbares, des Etats « qui n’existent pas » aux dires de nos intelligences complexes, les principes et les règles d’un Droit qu’ils malmènent chez eux, à contre-coeur, n’en doutons pas. Le Droit est affaire de gens ou de pays civilisés. Les « Etats voyous » sont faits pour être sanctionnés, bombardés, punis, mis sous embargo ou sous blocus.

    A ce stade, un souci aura peut-être désespéré les adeptes du droit, ceux qui croient en la diplomatie et vénèrent la légalité onusienne… Pour qui juge naturelle l’hégémonie exercée depuis si longtemps sur le monde, il est logique de chercher à imposer des noms et des normes. C’est ainsi que l’Etat « hors-la-loi » a été défini par les idéologues inspirés par le messianisme néoconservateur. Selon Avraham Shlaïm, juriste israélien et professeur à Oxford, un « Etat voyou » détient des armes de destruction massive (ADM), soutient ou pratique le terrorisme et viole régulièrement le Droit international. Or, ces critères peuvent inspirer de mauvaises pensées : le cambrioleur crie au vol, l’agresseur hurle au viol.

    C’est ainsi qu’en Syrie, les trois Occidentaux et leurs alliés, puissances nucléaires détentrices d’ADM, ont enseveli un peuple sous des tonnes de sanctions sadiques, armes de destruction massive par excellence ; ils ont soutenu, armé, financé et protégé les centaines de groupes terroristes (y compris Da’esh et Al Qaida) qui ont martyrisé le peuple syrien. Ils bombardent, lancent des frappes punitives contre les « méchants ». Ils violent le droit international par leur seule présence militaire sans aval du gouvernement légal, enfreignant la charte des Nations-Unies par leur occupation illégale. Certains comme Erdogan ont même des revendications territoriales ou des velléités de recolonisation, sans s’attirer les foudres des « Gardiens du Droit », membres permanents du Conseil de Sécurité, alliés d’Ankara par la grâce de l’OTAN.

    Les réalités s’accommodent mal d’affirmations sommaires : il en va ainsi de celle, largement admise, qui réduirait le conflit de Syrie à une guerre contre le terrorisme, assimilée à la lutte contre Da’esh. Or, vue de Damas, cette guerre ne serait pas finie avec la seule disparition de l’Etat Islamique. A Idlib, sur la rive est de l’Euphrate ou du côté de la base US d’Al Tanaf, on trouve encore des milliers de terroristes présentés comme des opposants « modérés » ou des « rebelles armés » alors qu’ils n’ont que changé de badge afin d’échapper aux résolutions de l’ONU. Quand bien même ces « terroristes modérés » seraient-ils éradiqués ou évaporés, la guerre ne serait pas achevée. Resterait à obtenir le départ des « forces spéciales » occidentales et le retrait des janissaires du néo-calife traînant illégalement sur le territoire. Tant que le gouvernement n’a pas atteint ses objectifs légitimes, la Syrie sera en état de guerre.

    Il semble d’ailleurs que les partenaires atlantiques (l’Amérique, l’Europe et Israël) n’aient pas l’intention de déguerpir facilement. La Syrie, qui devait être « lentement saignée à mort », a été endommagée, mais elle résiste vaillamment, aidée par de puissants alliés. A défaut d’avoir gagné la guerre, pourquoi ne pas empêcher son retour à la vie en l’étouffant avec les armes que le maître fouettard aime tant : les sanctions, blocus et embargos. L’Amérique, chef spirituel de tous les criminels dévots, en battle-dress ou en trois pièces cravate, fait preuve d’une imagination débordante qui illustre son leadership moral et culturel, tandis que l’Union Européenne lui emboîte le pas avec une servilité inépuisable et un manque de fantaisie à faire dormir debout. Néanmoins, le dispositif est efficace, tant est puissante l’étreinte de l’Amérique et tellement est pervers son dispositif de normes unilatérales et extraterritoriales. Au point qu’un vague attaché commercial de l’ambassade US à Amman peut terroriser le gouvernement jordanien en interdisait tout commerce avec la Syrie, sa voisine. Les entreprises françaises, guère plus hardies, filent doux devant les menaces de sanctions financières ou commerciales. Le gouvernement de la « grande nation », comme on disait fièrement naguère, n’a plus que deux options : se soumettre bon gré mal gré ou se soumettre mal gré bon gré.

    Dans tous les domaines, la Syrie est déjà gavée de sanctions, y compris les plus farfelues. Depuis huit ans, les « trains » de mesures punitives se succèdent à un rythme effréné. La dernière fournée : la loi César, votée par le Congrès, qui généralise les sanctions, les étendant à tous les secteurs, et touchant non seulement les sociétés ou les banques, mais désormais les Etats et les individus. Il s’agit d’assécher les circuits financiers syriens pour interdire toute reconstruction, autrement dit d’étrangler le peuple syrien. Par ailleurs, les pays voisins ayant accueilli des réfugiés sont soumis à des pressions violentes visant à empêcher le retour de ces exilés vers la Syrie, « la situation n’étant pas mûre » (disent les occidentaux). L’Union Européenne s’est empressée d’imiter son grand timonier. Ses Etats, qui ne sont plus leurs propres législateurs, ne peuvent que se rallier à la majorité, laquelle ne jure que par la voix de son maître.

    Les discussions sur la question syrienne sont étouffées par une omerta et une censure impitoyables. Le lavage de cerveau est parvenu à pervertir le débat. Celui-ci ne porte jamais sur la légalité ou l’illégalité de l’envoi de troupes contre la volonté du gouvernement syrien. Aucun doute n’est émis sur la légitimité de leur présence et de leur maintien, prétendument pour combattre Da’esh, soutenir les « démocrates kurdes », vérifier le niveau de l’eau dans l’Euphrate, ou bombarder pour tuer le temps. Par contre, on distrait la galerie lorsque la tactique est critiquée sur le plan technique par tel ou tel officier. Comme si l’aventure militaire lancée par un « Etat de Droit » ne pouvait qu’être légale et légitime. De même, le débat national s’enflamme lorsqu’il concerne le retour et le jugement des terroristes français partis faire le djihad. Mais la discussion envisage le problème du seul point de vue de la sécurité de la France : quel danger représenteront ces individus à leur retour. Aucune condamnation de l’action passée en Syrie. A qui les remettre, aux Turcs, aux Kurdes… ? Pas un mot sur leur éventuelle remise aux seules autorités légitimes, celles de Damas. A en croire nos chefs de guerre, il n’y aurait plus d’Etat, pas de justice en Syrie. Dans ces conditions, comment la France peut-elle espérer remettre un pied dans ce pays qu’elle a contribué à détruire et dont elle nie l’existence, un Etat pourtant considéré comme le vainqueur potentiel ?

    Aux dires des experts la guerre est terminée, mais tant de mensonges ont été répandus qu’il sera difficile de normaliser. Loin de faire machine arrière, l’Occident, qui porte une responsabilité écrasante dans la tragédie, semble parti pour une fuite en avant où tous les coups seront permis, dans un mépris total de la légalité. L’approche tordue de « nos Etats de Droit » ne présage rien de bon. En ce huitième anniversaire, les dirigeants français sont enferrés dans un désir de vengeance irrationnel, prétendant plus que jamais décider de l’avenir de la Syrie, sur lequel ils n’ont guère de prise. On accordait jadis à la France une vocation de médiatrice ou de conciliatrice. Il est navrant que les dirigeants d’aujourd’hui se contentent d’une capacité de nuisance. Reviendront-t-ils à la raison ?

    Michel Raimbaud
    Ancien ambassadeur de France

    envoyé par Byblos

    https://reseauinternational.net/etats-de-droit/


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    La bataille d’Hajin : victoire tactique, défaite stratégique ?

    La bataille d’Hajin : victoire tactique, défaite stratégique ? 

    16.2.2019

     

     

    Je vous retransmets aujourd’hui un article du colonel François-Régis LEGRIER qui termine un séjour opérationnel au levant (Irak, Syrie) où il dirigeait la Task Force Wagram.

     

    Cet article a été  publié il y a quelques jours sur la Revue de la Défense Nationale sous le titre : La bataille d’Hajin : victoire tactique, défaite stratégique ?

     

    Les conclusions de cet article ne convenant pas à nos autorités politiques et militaires qui tiennent à verrouiller toutes les informations dans le cadre bien compris de la propagande et de la censure de guerre, cet article a été retiré de la Revue de la Défense Nationale. Toute vérité n’est pas bonne à dire……

     

    L’auteur de cette analyse lucide pourrait même avoir des ennuis avec sa hiérarchie, si l’on en croit le journal « Le Monde »

     

    https://www.lemonde.fr/international/article/2019/02/15/un-colonel-francais-risque-des-sanctions-pour-avoir-critique-la-strategie-de-la-coalition-en-syrie_5424183_3210.html?

     

    Cette affaire est riche en enseignements.

     

    J’en retiens d’abord les 6 dernières lignes de la conclusion:

     

    « Nous avons détruit massivement les infrastructures et donné à la population une détestable image de ce que peut être une libération à l’occidentale laissant derrière nous les germes d’une résurgence prochaine d’un nouvel adversaire. Nous n’avons en aucune façon gagné la guerre faute d’une politique réaliste et persévérante et d’une stratégie adéquate.

     

    Combien d’Hajin faudra-t-il pour comprendre que nous faisons fausse route ? »

     

    J’en retiens aussi les réactions épidermiques de ceux qui, aujourd’hui, souhaitent conserver le monopole de « l’information/désinformation » afin de continuer à manipuler le « bon peuple français » et de justifier nos ingérences tous azimuts et tous prétextes au profit d’intérêts qui ne sont pas ceux de notre pays…..

     

    Bonne lecture à tous.

     

    DD

     

    *

    bataille d'Hahjin 20190216

     

    La bataille d’Hajin (septembre 2018 – janvier 2019) du nom d’une petite localité située sur la rive Est de l’Euphrate aux confins de la Syrie et de l’Irak mérite de laisser son nom dans l’histoire militaire à plus d’un titre. Elle est d’abord la dernière « bataille rangée » contre le pseudo État islamique et semble mettre un point final à sa volonté de contrôler un territoire. Elle est ensuite, pour nous Occidentaux, riche d’enseignements sur la guerre, et tout spécialement les limites de la guerre par procuration et de notre approche tournée vers la suprématie technologique.

     

    Au XIXe siècle, le sort d’une bataille mettant en jeu quelques milliers d’hommes était réglé en une journée – Austerlitz par exemple ; au XXe siècle, il faut compter en semaines – que l’on pense à la poche de Dunkerque en 1940 ; au XXIe siècle, il faut près de cinq mois et une accumulation de destructions pour venir à bout de 2 000 combattants ne disposant ni d’appui aérien, ni de moyens de guerre électronique, ni de forces spéciales, ni de satellites. Telle est la réalité de la guerre aujourd’hui qui doit nous conduire, décideurs politiques et chefs militaires à un examen critique salutaire sur notre façon de concevoir et faire la guerre.

     

    Certes, la bataille d’Hajin a été gagnée mais de façon très poussive, à un coût exorbitant et au prix de nombreuses destructions. Certes, les Occidentaux, en refusant d’engager des troupes au sol, ont limité les risques et notamment celui d’avoir à s’expliquer devant l’opinion. Mais ce refus interroge : pourquoi entretenir une armée que l’on n’ose pas engager ? Si la réduction du dernier bastion de l’État islamique ne vaut pas la peine d’engager des troupes conventionnelles, quelle cause sera assez importante pour le faire ? Extrêmement à l’aise pour remplir les grands états-majors multinationaux d’une ribambelle d’officiers, les nations occidentales n’ont pas eu la volonté politique d’envoyer 1 000 combattants aguerris régler en quelques semaines le sort de la poche d’Hajin et épargner à la population plusieurs mois de guerre.

     

    Par ailleurs, en sous-traitant aux Forces démocratiques syriennes (FDS), c’est à-dire à des proxys – des troupes soutenues par les Américains qui leur ont délégué le droit de se battre à leur place – la conduite des opérations au sol, la Coalition (1) a renoncé à sa liberté d’action et perdu la maîtrise du tempo stratégique. Prise en étau entre la décision de Donald Trump de se retirer du Nord-Est syrien et le bon vouloir des FDS, elle n’a pas trouvé de meilleure solution que d’intensifier les bombardements pour en finir au plus vite, compromettant ainsi durablement l’avenir de cette province.

     

    In fine, la question qui se pose est de savoir si la libération d’une région ne peut se faire qu’au prix de la destruction de ses infrastructures (hôpitaux, lieux de culte, routes, ponts, habitations, etc.). C’est là, l’approche assumée sans complexe, hier et aujourd’hui, par les Américains ; ce n’est pas la nôtre et nous souhaitons ici indiquer ce qui aurait pu être fait pour mettre l’ennemi hors de combat sans transformer la poche d’Hajin en champs de ruines.

     

    Les destructions dans le village d'Hajin, sur la route de Baghouz, où se trouve le dernier réduit du groupe Etat islamique. © Radio France / Etienne Monin

    Les destructions dans le village d’Hajin, sur la route de Baghouz, où se trouve le dernier réduit du groupe Etat islamique. © Radio France / Etienne Monin

     

    Caractéristiques de la bataille d’Hajin : un concentré de tous les types de guerre

     

    Située au cœur du « Grand Jeu » entre puissances régionales et grandes puissances, la poche d’Hajin regroupe en septembre 2018 environ 2 000 combattants islamistes dont une majorité d’étrangers. S’étirant sur une trentaine de kilomètres le long de l’Euphrate en territoire arabo-kurde syrien et large d’une dizaine de kilomètres, elle est le dernier bastion du soi-disant Califat « État islamique », autant dire pas grand-chose. En réalité, nous allons voir que la bataille déborde largement de son cadre géographique pour se répandre dans le champ des perceptions, autre enjeu essentiel du combat.

     

    La zone d’action est une bande de terrain en V coincée entre l’Euphrate à l’Ouest et la frontière irako-syrienne à l’Est avec une zone rurale (champs et villages) le long du fleuve et une zone désertique. Soulignons que la rive Ouest de l’Euphrate est plus ou moins sous contrôle du régime syrien et des milices irakiennes qui contrôlent également une partie de la frontière. La population est estimée à quelques milliers de personnes, surtout présente dans la partie Nord de la poche (localité d’Hajin).

     

    Au Sud de la poche (pointe du V) et au bord de l’Euphrate, en territoire irakien, la ville d’Al-Qaïm. Au Nord de cette ville, la frontière est tenue par l’armée irakienne et légèrement en retrait se trouve la position de tir des moyens feux sol-sol de la coalition. Au Sud, la frontière est tenue par une milice affiliée à l’Iran (Katiba Hesbollah), véritable petite armée avec ses chars et ses canons. Si la frontière est globalement étanche au Nord, elle est très poreuse au Sud, la milice se livrant à la contrebande.

     

    Le combat au sol a été confié à des proxys, les FDS, alliance arabo-kurde conseillée par les forces spéciales américaines et bénéficiant du soutien des moyens feux sol-sol et sol-air de la Coalition. D’un volume sensiblement équivalent à celui de Daech, leur valeur combative est toute relative sachant que les combattants kurdes viennent du Nord-Est syrien où ils sont régulièrement pris à partie par les Turcs, alliés des Américains au sein de l’Otan. Ainsi, fin octobre 2018, les FDS ont annoncé la suspension des opérations suite à des frappes turques et il a fallu plusieurs semaines de négociation pour qu’ils reprennent le combat. Le même scénario a failli se répéter mi-décembre et compromettre à nouveau la prise d’Hajin pourtant bien engagée.

     

    Au sol, les traits distinctifs de cette bataille sont assez proches de ceux des batailles de la Première Guerre mondiale : une ligne de front entre combattants où chaque gain de 500 mètres ou 1 kilomètre de territoire représente un succès ; des contre-attaques violentes et répétées de la part d’un ennemi cerné de toute part et qui cherche à desserrer l’étau des FDS ; un emploi massif de l’artillerie, seule capable de délivrer des feux par mauvaises conditions météorologiques et qui, à plusieurs reprises, a sauvé la mise aux FDS violemment prises à partie ; des pertes importantes au regard du volume de combattants (plusieurs centaines au total de part et d’autre).

     

    Sur un plan purement tactique, cette bataille a fait redécouvrir toutes les vertus d’un appui-feu sol-sol (2) alliant effets de saturation par obus explosif et effets de destruction par munition de précision et surtout opérationnel par tout temps. Ainsi, c’est le 3 décembre 2018 qu’ont été tirés avec succès pour la première fois en opération, les obus antichars à effet dirigé Bonus détruisant une colonne de pickup lancée à l’assaut des lignes de défense FDS.

     

    Dans les airs, la suprématie occidentale est évidemment totale. Comme dans le film de Gavin Hood, Eye in the Sky (3), c’est la quintessence de la haute technologie qui se déploie quasiment sans limite avec l’emploi massif de moyens de surveillance et de renseignement, et d’avions pour observer et frapper. En l’espace de six mois, plusieurs milliers de bombes ont été déversées sur quelques dizaines de kilomètres carrés avec comme résultat principal la destruction des infrastructures.

     

    L’ennemi a-t-il été détruit par ces frappes ? Oui, mais pas autant qu’on a bien voulu le faire croire dans les comptes rendus alignant un BDA (4) impressionnant calculé de façon statistique et non pas par observation visuelle.

     

    L’ennemi a-t-il été atteint dans son moral et sa volonté de combattre ? À l’évidence, non. Il a déployé jusqu’au bout une combativité inébranlable mettant à profit les périodes de mauvaise météo, le préservant de la menace aérienne, pour contre-attaquer violemment et infliger à plusieurs reprises de sérieux revers tactiques aux FDS. La défaite devenue inéluctable, il s’est exfiltré vers des zones refuges pour poursuivre la lutte en mode insurrectionnel ne laissant sur place qu’une poignée de combattants étrangers.

     

    Ainsi, cette bataille illustre à merveille les propos du général Desportes : « Des systèmes d’armes toujours plus performants produisent des résultats toujours plus décevants » (5). Entendons-nous bien. Ils ne sont pas décevants parce que performants mais parce que mal employés ; nous y reviendrons.

     

    Enfin, la bataille d’Hajin dépasse largement le cadre géographique pour s’inscrire plus largement dans le champ infini des perceptions.

     

    Force est de constater que dans ce domaine, Daech a su exploiter le moindre succès tactique pour le valoriser et en faire un succès stratégique. De même, les frappes occidentales et leurs dommages collatéraux réels ou fictifs ont aussi été largement médiatisés avec succès. En effet, à plusieurs reprises, la Coalition trop souvent en réaction sur le champ des perceptions, a dû renoncer à ses frappes face à la pression médiatique. Il y a ici tout un champ de réflexion à explorer et notamment le décalage des perspectives : là où Daech, dans une vision stratégique, s’adresse aux opinions publiques occidentales, la Coalition, outil militaire sans réelle pensée politique, est contrainte de rester au niveau tactique et ne peut exploiter ses succès dans le champ informationnel avec la même réactivité que l’ennemi.

     

    Les limites de la guerre par procuration et de notre approche techno-centrée

     

    La guerre par procuration ou comment perdre la main sur le plan stratégique

     

    En s’en remettant à des proxys pour conduire la bataille au sol, les Occidentaux en ont certes retiré un avantage politique à court terme : celui d’éviter des pertes et un mouvement d’opinion contre leur politique. En revanche, sur le moyen-long terme, ce choix s’est avéré désastreux.

     

    En affirmant que la poche était la Main Battle Area (6) tout en refusant d’y engager des moyens terrestres ou même des hélicoptères d’attaque, les Américains ont laissé planer un doute sur leurs intentions réelles d’en finir rapidement. Il est donc permis de penser que la poche d’Hajin constituait un excellent alibi pour maintenir une présence dans le Nord-Est syrien et surtout prévenir un éventuel délitement trop rapide de la Coalition. Ainsi, au fur et à mesure de la bataille, le discours s’est articulé de la façon suivante : « il faut détruire Daech » vers « oui, Daech est bientôt éliminé en Syrie mais il se reconstitue en Irak et reste tout aussi dangereux », ce qui pose la question de la pertinence de la stratégie suivie depuis des années. Où est le véritable enjeu ? Détruire Daech ou contenir l’Iran ?

     

    Par ailleurs, la conséquence la plus immédiate d’une telle approche est la perte de la maîtrise du temps : l’opération avance au gré de la volonté des proxys et selon leur propre agenda et elle traîne en longueur quelle que soit l’ampleur des moyens consentis. Cela s’appelle un enlisement.

     

    Pour compliquer les choses, est apparue au grand jour la divergence de vues entre Donald Trump et son état-major. Fidèle en cela à une promesse de campagne, le Président des États-Unis a saisi l’occasion de la reprise d’Hajin mi-décembre pour annoncer la victoire sur Daech et le retrait des forces américaines de Syrie montrant ainsi, certes de façon brutale, que c’est bien le tempo politique qui détermine la stratégie et non pas l’inverse.

     

    En refusant d’inscrire dans leur stratégie du Moyen-Orient cette volonté de retrait pourtant annoncée depuis deux ans, l’Administration américaine et les étatsmajors se sont mis d’eux-mêmes en porte à faux. Bousculés par le décideur politique d’un côté, ayant perdu la main sur le tempo des opérations au sol de l’autre, c’est-à-dire privés de toute marge de manœuvres, la seule réaction a été d’intensifier les frappes aériennes et donc d’augmenter encore le nombre de destructions. Hajin a subi le même sort que Mossoul et Raqqa : une destruction quasi complète.

     

    Ainsi, cette victoire tactique, par la façon dont elle a été acquise, a compromis l’avenir de cette province sans ouvrir de perspectives stratégiques intéressantes pour la Coalition. L’avenir du Nord-Est syrien est plus que jamais incertain et Daech, s’il a perdu son territoire, ne semble pas atteint dans sa volonté de continuer la lutte.

     

    La leçon est la suivante : il n’y a pas de stratégie et donc de victoire durable sans liberté de manœuvre. Celle-ci est au croisement du politique et du militaire. Le stratège doit impérativement inscrire son action dans une politique et doit garder la main sur les opérations dans tous les domaines, y compris les opérations terrestres s’il veut être en mesure de présenter plusieurs options stratégiques au décideur politique. Il n’y a pas d’autres solutions possibles.

     

    L’approche techno-centrée ou l’illusion de la puissance

     

    En s’en remettant principalement à des moyens air inopérants sur un plan tactique lorsque les conditions météo se dégradent et aux forces spéciales, la Coalition a perdu beaucoup de temps, d’énergie et de crédibilité, Daech ayant beau jeu de se vanter d’avoir tenu en échec la première puissance mondiale pendant des mois.

     

    Il faut être rentré dans une Strike Cell (7) par temps couvert pour comprendre toutes les limites de notre approche techno-centrée. En effet, en cas de pluie, de brouillard, de nuages, les écrans deviennent noirs, les gens jouent aux cartes ou regardent un film : la guerre s’arrête pour eux en attendant la prochaine fenêtre météo. Lors des violentes contre-attaques de Daech en octobre 2018 et le repli des FDS, le premier constat d’un officier général a été de dire : « C’est à cause de la météo, nous n’avions plus l’appui aérien. » Sous-entendu, Daech ne respecte pas les règles du jeu, il attaque par mauvais temps !

     

    Non, nous n’avons pas été tenus en échec par la météo mais par notre refus de nous adapter à notre ennemi et au réel. La guerre par procuration, c’est-à-dire ce refus d’engager des troupes au sol aptes au combat pour s’en remettre uniquement aux forces spéciales et à l’arme aérienne est l’un des facteurs principaux de nos échecs actuels. Les forces spéciales sont faites… pour les opérations spéciales et non le combat conventionnel en zone urbaine ou désertique.

     

    Encore une fois, ne nous y trompons pas, il ne s’agit nullement ici de critiquer l’apport indispensable aux opérations que constitue l’arme aérienne ou les forces spéciales mais de rappeler que c’est une erreur que de s’en remettre uniquement à elles pour gagner une bataille. Ce concept ultra-technologique conçu pour réduire le format des troupes conventionnelles et séduire le politique en lui faisant croire qu’on peut faire mieux avec moins est un leurre séduisant mais un leurre quand même.

     

    Alors que fallait-il faire ?

     

    La réponse est simple : comprendre que si la bataille se gagne au niveau tactique – adaptation au terrain et à l’ennemi – la guerre se gagne au niveau stratégique et politique, et qu’elle est une dialectique des volontés et non une éradication « des méchants » impossible à réaliser.

     

    En l’occurrence, il fallait resituer la bataille d’Hajin dans un cadre plus global : celui d’empêcher Daech de se reconstituer d’une part et de préserver l’avenir de la moyenne vallée de l’Euphrate en évitant des destructions inutiles d’autre part.

     

    Au niveau tactique, une bataille se gagne en disposant les moyens adéquats au bon endroit et au bon moment (principe d’économie des forces et de concentration des efforts) pour créer un rapport de force favorable. Ainsi, tout en s’appuyant sur les FDS, il fallait, en sus des moyens d’appui-feux, engager a minima un groupement tactique interarmes motorisé capable de s’emparer rapidement de la poche d’Hajin en limitant autant que faire se peut la destruction des infrastructures.

     

    En effet, une bataille ne se résume pas à détruire des cibles comme au champ de foire. C’est la combinaison de la manœuvre et du feu qui permet de disloquer le dispositif ennemi et de le mettre dans l’impossibilité de poursuivre la bataille par la conquête des points clés du terrain, et de ses moyens de commandement et logistique. La prise d’Hajin, en décembre, en est l’illustration tardive : l’ennemi, ayant perdu son centre de commandement, n’a plus été en mesure d’opposer une résistance coordonnée par la suite.

     

    Enfin, la bataille doit être menée en temps imminent dans le champ informationnel, c’est-à-dire avec un temps d’avance. Est cru par le plus grand nombre ce qui est affirmé en premier : c’est une loi immuable dont il faut tenir compte. Une plus grande réactivité aurait été nécessaire pour valoriser nos succès et disqualifier le comportement de l’adversaire quitte à assumer, et non pas justifier après coup, les dommages collatéraux.

     

    L’évocation de la bataille dans le champ des influences nous permet de faire la transition avec les parties hautes de la guerre, la stratégie et la politique.

     

    Au lieu de se focaliser de façon excessive sur la poche d’Hajin, la Coalition aurait dû l’intégrer dans une approche stratégique et ainsi découper son espace de bataille non pas en fonction de ses structures internes (répartition entre commandement des forces spéciales en Syrie et commandement conventionnel en Irak) mais en fonction de l’espace de bataille ennemi allant de Kirkuk au Nord-Est de l’Irak au désert d’Al-Anbar à l’Ouest, en passant par Hajin et Al-Qaïm.

     

    Seule une vue globale du problème aurait permis d’ébaucher une stratégie globale et d’éviter le constat amer de voir Daech resurgir là où on l’a chassé il y a deux ans. Seule une stratégie globale laissant entrevoir une résolution politique durable aurait permis au politique de comprendre la nécessité du temps long au lieu de brusquer les choses pour sortir de ce qui s’apparente à une impasse et un échec.

     

    Il faut donc rappeler avec le général Desportes que la victoire militaire doit toujours être pensée au prisme de son objectif politique et qu’elle ne peut se passer d’un engagement au contact : « La guerre à distance est un leurre : elle produit un effet militaire mais pas d’effet politique. La “projection de puissance”, c’est-à-dire la projection de destruction, sans “projection de forces”, de soldats sur le terrain ne fonctionne pas ; elle détruit sans maîtriser la reconstruction et crée le chaos. Il y a une vraie illusion de l’efficience aérienne : certes, elle permet quelques économies initiales mais elle ne conduit jamais au résultat espéré. À la fin des fins, il est toujours nécessaire, d’une manière ou d’une autre, de contrôler l’espace. » (8)

     

    Conclusion

     

    Oui, la bataille d’Hajin a été gagnée, au moins sur le terrain mais en refusant l’engagement au sol, nous avons prolongé inutilement le conflit et donc contribué à augmenter le nombre de victimes au sein de la population. Nous avons détruit massivement les infrastructures et donné à la population une détestable image de ce que peut être une libération à l’occidentale laissant derrière nous les germes d’une résurgence prochaine d’un nouvel adversaire. Nous n’avons en aucune façon gagné la Combien d’Hajin faudra-t-il pour comprendre que nous faisons fausse route ? w guerre faute d’une politique réaliste et persévérante et d’une stratégie adéquate.

     

    François-Régis Legrier

     

    Colonel. Chef de corps du 68e régiment d’artillerie d’Afrique. Commandant la Task Force Wagram au Levant d’octobre 2018 à février 2019. Auteur de Si tu veux la paix prépare la guerre aux Éditions Via Romana

     

    Courriel de l’auteur : frlegrier@gmail.com

     

    (1) Operation Inherent Resolve (OIR) : coalition dirigée par les Américains.

    (2) Il faut également souligner l’emploi massif par Daech de roquettes et de mortiers allant parfois à des consommations de 100 munitions par jour.

    (3) Sorti en 2016 : montre les ambiguïtés politico-juridiques d’une prise de décision d’une frappe aérienne.

    (4) Battle Damage Assessment : estimation des pertes ennemies.

    (5) Vincent Desportes : « Leçons d’aujourd’hui pour les guerres de demain », Le Casoar n° 231, p 19.

    (6) L’espace de bataille prioritaire.

    (7) Centre d’opérations couvert d’écrans permettant une recopie des images fournies par les drones ou les avions. C’est à partir de là que s’effectuent les frappes aériennes et les tirs d’artillerie d’où son nom de Strike Cell.

    (8) Vincent Desportes : « Leçons d’aujourd’hui pour les guerres de demain », op. cit.

     

    Photo: La Task Force Wagram dans la bataille d’Hajin

     

    https://reseauinternational.net/la-bataille-dhajin-victoire-tactique-defaite-strategique/


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    Les guerres modernes de « démocratisation » percées à jour – « Plus jamais …

     

    Les guerres modernes de « démocratisation » percées à jour – « Plus jamais …

     

    Quand en 2011 treize membres de sa famille ont été tués lors d’une attaque intentionnelle de l’OTAN contre sa maison en Libye, Khaled al-Hamedi président de l’OPCR, a demandé à l’OTAN de rendre compte de ce crime de guerre. L’OTAN, par contre, s’est référée à la Convention d’Ottawa de 1951, qui garantit l’immunité pour l’alliance militaire et le jugement a donné raison à l’OTAN… pour combien de temps encore ?

     

     

    Depuis la Seconde Guerre Mndiale jusqu’à aujourd’hui, d’innombrables guerres et crimes de guerre ont eu lieu. La plupart d’entre eux ont été initiés et dirigés par le gouvernement américain et l’OTAN. Le prétexte de l’intervention militaire était toujours le même : le peuple d’un pays devait être libéré d’un « dictateur brutal » ou d’un « système de gouvernement antidémocratique ». La prétendue démocratie et la liberté, basées sur le peuple et pour le bénéfice du peuple – comme on l’a prétendu – devaient être introduites. Des guerres ont été déclenchées et des pays bombardés au nom de la démocratie et de la liberté.

     

    Il existe un moyen simple de déterminer si même une seule de ces guerres qui ont été menées sous le couvert de la démocratisation, était justifiée : c’est de comparer la situation du pays touché par la guerre avant et après la guerre. Si la guerre et la soi-disant démocratisation étaient vraiment pour le bien du peuple, les conditions de vie dans le pays après la guerre devraient être bien meilleures qu’avant la guerre. En d’autres termes, les conditions de vie dans le pays ne devraient pas être pires APRÈS la guerre qu’elles ne l’étaient AVANT, du temps du prétendu dictateur – sinon une guerre doit être condamnée comme contraire au droit international.

     

    Mais jugez par vous-même sur la base des quatre exemples suivants, qui sont représentatifs de toutes les autres guerres dites de démocratisation : La mission militaire internationale en Libye en 2011.

     

    L’opération militaire internationale en Lybie 2011

     

    AVANT – La Libye sous Kadhafi : la Libye les revenus par habitant étaient parmi les plus élevés du continent africain. Une partie des ventes de pétrole libyen a été (était) créditée directement sur les comptes des citoyens libyens. Il n’y avait pratiquement pas d’impôts, même les entreprises n’étaient que très peu taxées. Avoir un logement était considéré comme un droit de l’homme, tous les nouveaux mariés recevaient de l’Etat libyen l’équivalent de 45 000 €. L’électricité, les traitements médicaux et l’éducation étaient gratuits. Avant Kadhafi, seulement 25 % des Libyens savaient lire, après lui, 83 %. Kadhafi a permis aux femmes de s’émanciper dans les années 1970. Aucun vêtement spécial n’est requis et toutes les femmes avaient accès à des cours de formation de haute qualité si elles le souhaitaient.

     

    Il y avait des (femmes) médecins, avocates, ministres, des femmes d’affaires ou même des femmes au foyer normales, peu importe (selon) ce qu’elles voulaient être. Kadhafi avait planifié pour l’Afrique la création d’une banque et l’introduction d’une monnaie adossée à (indexée sur) l’or, ce qui aurait conduit la Libye à la liberté – à l’abri des élites financières et des impérialistes qui contrôlent les pays pauvres et leurs possessions. Kadhafi était également sur le point d’achever le plus grand projet de canalisation d’eau potable au monde à travers le Sahara – le « Great-Man-Made-River-Project » – pour un meilleur approvisionnement en eau de la population et pour l’agriculture. La Libye était un pays indépendant et prospère. M. Kadhafi a également contribué à contrôler les flux de réfugiés en provenance des pays africains. Pour les accepter, il a appliqué les normes européennes pour limiter l’afflux en Europe.

     

    APRÈS l’assassinat brutal de Kadhafi : sous prétexte de protéger le peuple libyen de son dirigeant Mouammar Kadhafi, la Libye a été bombardée pendant 7 mois par les forces de l’OTAN sous commandement américain. La guerre a coûté la vie à environ 50 000 civils libyens, et a fait au moins autant de blessés. L’infrastructure économique du pays a été détruite par les bombardements de l’OTAN. Les installations du grand réseau d’eau ont été attaquées et bombardées par l’OTAN, comme le montrent diverses vidéos sur YouTube. Selon « Global Research », un centre de recherche mondiale basé au Canada, la guerre de l’OTAN contre la Libye a mis en danger l’avenir du projet d’eau potable – et donc la prospérité du peuple libyen. Les réserves de liquidités de la Libye, qui s’élèvent à 150 milliards de dollars, sont maintenant gelées dans le monde entier et probablement perdues à jamais. Le pays a continué à être ébranlé par les luttes des milices rivales ; les attaques contre le gouvernement et le meurtre de fonctionnaires sont à l’ordre du jour (courants). Depuis 2014, il y a eu une guerre civile féroce. Après Kadhafi, la Libye est devenue un paradis pour les gangs de contrebandiers qui n’ont aucun obstacle pour faire passer des réfugiés en Europe.

     

    La 1ère guerre d’Irak (2ème guerre du Golfe) 1990/91 (www.kla.tv/7046)

     

    AVANT : En 1972, l’Irak a réussi à prendre le contrôle national sur ses réserves pétrolières, qui avaient été exploitées auparavant par des entreprises internationales. L’économie était en plein essor, ce qui a également profité à la population. En 1979, l’Irak avait des réserves d’argent d’une valeur de 35 milliards de dollars et était sur le point de devenir un pays industrialisé. Il a activement promu la modernisation de l’économie, de l’industrie, de l’administration, de la police, de l’agriculture et de l’éducation populaire. Avant 1990, le taux d’alphabétisation des filles dépassait 90 %. Entre autres choses, les recettes d’exportation provenant de la vente de pétrole ont contribué à la mise en place d’un système de santé irakien complet qui, jusqu’au début des années 1990, était considéré comme le meilleur du monde arabe. L’Irak était un pays en plein essor.

     

    APRÈS : Après que Saddam Hussein a occupé le Koweït suite à un conflit au sujet des champs de pétrole, l’armée irakienne a été presque complètement vaincue par une coalition dirigée par les Etats-Unis. Pour justifier la guerre, des atrocités qui se sont révélées par la suite être des mensonges ont été rapportées dans le monde entier par les médias de masse. Parmi ces mensonges se trouve ce qu’on appelle le mensonge des couveuses. Au moins 120 000 soldats irakiens et jusqu’à 55 000 civils ont été tués. Les dommages à long terme causés par les munitions à l’uranium appauvri sont dévastateurs. Depuis 1991, 1,5 million d’Irakiens, dont plus de 550 000 enfants de moins de cinq ans, sont morts à la suite des sanctions économiques imposées à l’Irak.

     

    La destruction des stations d’épuration a transformé le fleuve Tigre en un égout à ciel ouvert. De 1990 à 2003, les États-Unis ont empêché l’importation de pompes et de chlore pour le traitement de l’eau ; en conséquence, le taux de mortalité infantile est passé de 3,3 % à 12,5 % entre 1990 et 1997.

     

    La seconde guerre d’Irak (3ème guerre du Golfe) 2003

     

    Le 20 mars 2003, les troupes américaines et leurs alliés ont envahi l’Irak au motif que Saddam Hussein aurait possédé des armes de destruction massive et coopérait avec Al-Qaïda. Les deux accusations ont ensuite été réfutées par le comité des services secrets du Sénat américain.

     

    Selon l’étude indépendante du Lancet, 600 000 civils sont morts en 2006, ce qui représente 90 % de toutes les victimes. Rien qu’au cours d’une mission de trois semaines en 2003, entre 1 000 et 2 000 tonnes de munitions à l’uranium ont été utilisées par les États-Unis. A Falloudja, une ville située à 70 kilomètres de Bagdad, la contamination radioactive serait des dizaines de fois plus élevée qu’après la bombe d’Hiroshima. Depuis lors, un nombre croissant de bébés terriblement déformés naissent sans tête, avec deux têtes ou des membres manquants. D’innombrables crimes de guerre cruels commis par les troupes américaines ont été révélés au public et en partie par WikiLeaks. Depuis le retrait des dernières troupes américaines d’Irak en 2011, l’Irak est dans une situation similaire à une guerre civile.

     

    Guerre de Syrie depuis 2011

     

    AVANT : La Banque centrale syrienne était détenue et contrôlée par l’État et n’avait pas de dette envers le Fonds monétaire international (FMI). Bachar al-Assad, le président syrien, a initié la démocratie quelques années avant la guerre. Avant 2007, la Syrie était un pays tellement riche et prometteur qu’elle a pu accueillir deux millions de réfugiés irakiens. Le système de santé était gratuit. Pour protéger la population contre les risques sanitaires, les semences génétiquement modifiées (« OGM ») n’étaient pas autorisées. La Syrie, qui dispose (dans son sous-sol) d’énormes réserves de pétrole et de gaz participait à la construction d’un oléoduc avec l’Iran, sans la participation des géants pétroliers occidentaux. La population syrienne était très bien informée sur le NOUVEL ORDRE MONDIAL. Les médias et les universités débattaient de l’influence de l’élite du pouvoir global. La Syrie protégeait son identité politique, culturelle et nationale.

     

    APRÈS : Au cours du printemps arabe de mars 2011, il y a eu un conflit entre le gouvernement de Bachar al-Assad et divers groupes d’opposition. Peu après, des groupes lourdement armés sont entrés dans le pays et sont intervenus dans la guerre civile contre Assad. Selon les chiffres les plus récents des Nations Unies, plus de 250 000 personnes ont été tuées à ce jour – sans les chiffres non officiels. Un tiers d’entre eux étaient des victimes civiles. Plus de 3,8 millions de Syriens ont fui à l’étranger, dont plus de la moitié sont des enfants.

     

    Actuellement le plus grand nombre de réfugiés en Europe provient de Syrie. Toutes les sources de revenus ont été supprimées par les sanctions économiques occidentales. Les exportations de carburant, de pétrole et de technologie ont été interdites. Les marchandises importées comme le blé se font rares et il y a une pénurie de pain. La nourriture est deux fois plus chère qu’avant la guerre. Selon Joshua Landis, professeur à l’Université d’Oklahoma, c’est entre autres choses la stratégie des Etats-Unis pour affaiblir les Syriens et les forcer à se rendre. En prétendant que la Syrie avait utilisé des armes chimiques, les États-Unis avec les États membres de l’OTAN ont tenté d’entrer en guerre. Cependant, on n’a jamais pu prouver qu’Assad avait utilisé des armes chimiques. Au contraire, il les a même fait détruire.

     

    La guerre en Ukraine depuis 2014

     

    AVANT : Avant la guerre, l’Ukraine était un pays neutre dans le conflit Est-Ouest et un pont entre la Russie et l’UE. L’adhésion à l’OTAN n’était pas prévue. Grâce à l’accord de Kharkov d’avril 2010, qui a permis à la flotte russe de la mer Noire d’être stationnée en Crimée jusqu’en 2042 au moins, l’Ukraine a reçu du gaz naturel russe à prix réduit. Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller à la sécurité de Jimmy Carter, décrit l’Ukraine comme le cœur de l’île du monde – c’est-à-dire l’Eurasie. Celui qui contrôle l’Ukraine gouverne le cœur du monde et donc le monde.

     

    APRÈS : Après la destitution anticonstitutionnelle du président Viktor Ianoukovitch à Kiev le 22 février 2014, le nouveau gouvernement a envoyé des troupes contre les régions orientales de Donetsk et Lugansk, qui n’avaient pas reconnu le changement de pouvoir et avaient proclamé des « républiques populaires » indépendantes. Victoria Nuland, secrétaire adjointe aux affaires étrangères des États-Unis, a involontairement témoigné lors d’une conversation téléphonique sur écoute que les États-Unis avaient investi cinq milliards de dollars pour amener au pouvoir en Ukraine un nouveau gouvernement dirigé par les États-Unis. Environ 6 000 personnes ont été tuées à ce jour – sans les chiffres non officiels ; 15 000 ont été blessés, et près de trois millions de personnes ont fui leur domicile.

     

    Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, plus de 150 000 personnes ont cherché protection en Russie. Des coups de feu sont tirés quotidiennement dans l’est de l’Ukraine, des maisons sont bombardées et l’infrastructure technique est gravement touchée : Dans de nombreuses villes, il n’y a de l’eau et de l’électricité que pendant quelques heures, et même maintenant plus du tout dans certaines villes. En Ukraine, le niveau de vie s’est considérablement détérioré depuis la destitution de Ianoukovitch : près de 80 % de la population ukrainienne vit autour du seuil de pauvreté. Avant que Ianoukovitch soit destitué, la pension retraite minimum était d’environ 120 euros par mois ; elle est maintenant de 40 euros ; le salaire minimum qui tournait autour de 90 euros par mois, est maintenant de 50 euros. Aujourd’hui, le salaire moyen est d’environ 120 euros par mois.

     

    Pour la période 2010-2013, l’inflation était de 3,5 % ; en 2015, elle était déjà de 40 %. Au cours des deux dernières années, l’inflation a été de 30 % pour les transports et de 200 % pour le carburant. Le prix des aliments a été multiplié ; les aliments de base – pain, viande, lait – ont augmenté de 40 % ; l’électricité et le gaz de 110 % ; Une nouvelle augmentation des prix est prévue tous les six mois. Les sociétés étrangères élargissent leur influence sur le secteur agricole ukrainien, comme les sociétés de biotechnologie telles que Monsanto, Cargill et DuPont. Selon des députés ukrainiens, le gouvernement de Kiev est sous le contrôle total du gouvernement américain. Selon le projet de loi 2953 de mai 2015, l’Occident doit être autorisé à stationner des armes nucléaires en Ukraine. Les Etats-Unis sont prêts à risquer une guerre en Europe pour maintenir leur présence militaire et leur suprématie.

     

    D’après ces faits – AVANT / APRÈS – une conclusion s’impose : Les guerres peuvent difficilement être justifiées – et certainement pas sous le prétexte de la démocratie et de la liberté. Toutes ces guerres et d’autres – comme les guerres en Yougoslavie, en Afghanistan depuis 2001, la guerre civile somalienne ou l’intervention militaire au Yémen en 2015 – toutes ces guerres n’ont été possibles qu’au moyen de mensonges délibérément répandus pour diffamer le pays cible. D’autres prétendues démocratisations et changements de régime – dans des pays comme l’ex-Yougoslavie, la Slovaquie, la Géorgie ou le printemps arabe, ainsi que dans tous les pays futurs – doivent également être envisagés sous cet angle. La question est maintenant de savoir si, au nom de la démocratie, une guerre ou une intervention militaire va à nouveau être justifiée par les politiciens et les médias, si le peuple écoutera cette argumentation ou s’il croira à nouveau à la propagande du mensonge et de la guerre. Aidez-nous à apprendre à tous comment comprendre à temps les mensonges et la propagande et comment dire d’une seule voix au moyen d’informations générales. « Plus jamais la guerre ! On n’y participera pas ! »

     

    de ct

     

    Liens : http://die-wahrheit-ueber-muammar-al-gaddafi.blogspot.de/2013/02/gaddafis-libyen-war-afrikas-reichste.html
    https://gegen-kapital-und-nation.org/muammar-al-gaddafi-%E2%80%93-von-wegen-verr%C3%BCckt
    http://www.luftpost-kl.de/luftpost-archiv/LP_11/LP20111_051111.pdf
    http://de.sputniknews.com/politik/20140825/269388155.html
    http://politik-im-spiegel.de/zwei-jahre-nach-kriegsende-in-libyen/
    https://de.wikipedia.org/wiki/Milizen_in_Libyen_seit_2011
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    http://info.kopp-verlag.de/hintergruende/europa/gerhard-wisnewski/fluechtlingsstroeme-wie-die-nato-nordafrikas-entwicklung-zerbombte.html
    http://www.globalresearch.ca/libyas-water-wars-and-gaddafis-great-man-made-river-project/5334868
    http://www.gegenfrage.com/rueckblick-obamas-umgestaltung-im-nahen-osten/
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    Irak 1 – https://de.wikipedia.org/wiki/Irak
    http://www.blz.bayern.de/blz/web/irak/geschichte.html
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    Irak 2 – https://de.wikipedia.org/wiki/Saddam_Hussein#Der_erste_Golfkrieg
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    http://www.politaia.org/politik/europa/willy-wimmer-zu-waffenlieferungen-der-usa-in-die-ukraine/
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    source:https://www.kla.tv/index.php?a=showlanguage&lang=fr

     

     

    https://reseauinternational.net/les-guerres-modernes-de-democratisation-percees-a-jour-plus-jamais/

     


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