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    La promesse nucléaire de Poutine – C’est le moment

    La promesse nucléaire de Poutine – C’est le moment

    par Joaquin Flores

    L’Armageddon nucléaire est à l’ordre du jour. Ne pas comprendre le moment présent serait basé sur une mauvaise interprétation de la situation actuelle dans le monde russe et américain. Ne pas comprendre ce que signifient certaines très grandes déclarations faites en ce moment, et ce à quoi elles répondent, laissera tout le monde dans la confusion. L’article suivant explique à la fois ce qui se passe en ce moment si important d’une part et pourquoi nous avons décidé de le couvrir de cette façon, d’autre part. Par mesure de précaution, cet article plonge dans une arène qui se situe hors de la méthode conventionnelle d’approche de ce sujet.

    « Il semble que nous vivons à une époque où la sénilité du grand public a atteint des proportions telles, où l’exceptionnalisme américain et le culte dévastateur de l’invincibilité sont devenus si importants que beaucoup ne savent pas que la Fédération russe possède le stock nucléaire en activité le plus important du monde, et toute attaque grave contre la Russie qui la menace existentiellement entraînerait la fin de la vie humaine sur cette planète« .

    Tout d’abord, le FRN peut confirmer que proche de notre travail, une partie du message de Lavrov est claire – quand il a parlé de contrer les médias avec les médias. Le FRN a noté une hausse, un pic si vous préférez, dans les campagnes des médias russes en matière de renseignement.

    Sur quelle base le savons-nous ? Les lecteurs savent peut-être qu’auparavant, les membres de l’équipe du FRN, en dehors de leurs fonctions au FRN, avaient pendant une longue période (….- phrase omise ici pour des raisons juridiques -…) avec le Chef Adjoint de la Commission des Affaires étrangères du Sénat russe, le Sénateur Andreï Klimov ; le politicien et économiste russe, conseiller de Poutine pour l’intégration économique régionale, membre du Conseil National Financier de la Banque de Russie et membre à part entière de l’Académie des Sciences russe, Sergey Glazyev ; L’agent des services secrets soviétiques et russes, le Lieutenant Général des services de renseignements étrangers, l’ancien directeur de l’Institut russe d’études Stratégiques, Leonid Petrovich Reshetnikov, et le philosophe russe, sociologue, initié du Kremlin et géostratège, dirigeant du Mouvement Eurasien, Alexander Dugin.

    Poutine à la conférence de Valdai

    Poutine à la conférence de Valdai

    Pourquoi en parler maintenant ? Bien que nous l’ayons déjà mentionné, il est important de rappeler aux lecteurs que le FRN n’est pas comme les autres sources d’information et d’analyse en ligne. Les évaluations suivantes, pour être claires, ne sont pas basées sur des déclarations particulières faites à FRN par l’un des hommes mentionnés ci-dessus, et nous ne pouvons pas confirmer ou nier toute interaction avec eux à ce sujet.

    Mais l’ensemble de la sphère pro-russe du renseignement médiatique a beaucoup d’arguments avec lesquelles travailler, compte tenu du message de Poutine. C’est parce que nous vivons à une époque d’un autre grand changement de paradigme, où de plus en plus de couches de la société occidentale se réveillent du sommeil imposé par le cadre naïf-empiriciste.

    Tout ce qui se passe en ce moment est lié – l’augmentation des tensions dans le Donbass ; l’attaque terroriste en Crimée que les Russes semblent couvrir et transformer en incident de type Colombine ; la situation à Idlib et le rôle de la Turquie dans le non-respect de certaines dispositions par l’Armée syrienne libre (FSA) soutenue par la Turquie (TFSA) ; la déclaration du pape François selon laquelle « Je suis le diable » à la fin septembre ; la déclaration de Lavrov sur les puissances occidentales qui, espérons-le, ne sont pas assez folles pour commencer la troisième guerre mondiale, puis l’importante déclaration de Poutine sur l’Armageddon nucléaire, le martyre, le ciel et l’enfer.

    Pourquoi le FRN a-t-il adopté une approche axée sur l’interprétation des événements mondiaux sous un angle autre que strictement laïque ? Pendant un moment, il se peut que le FRN ait semblé manquer la cible et se soit engagé sur la voie de l’obscurantisme et de la mythopoièse. Puis l’approche du FRN a été justifiée, l’Eglise Orthodoxe (l’Eglise Orientale) a connu un schisme, aux mains des opérations de renseignement américaines et du Vatican, et le président russe Poutine – au Valdai – lâche la mère de toutes les déclarations sur les martyrs, les pêcheurs, la fin du monde, Armageddon, la repentance, le ciel et l’enfer.  Poutine a fustigé le « Grand Satan », l’a nommé comme tel « le vrai Ahmadinejad ».

    Alors décomposons tout cela.

    L’escalade des préparatifs, des provocations et de la violence en Ukraine et dans le Donbass est critique, comme elle l’est en Syrie. Les élections ukrainiennes et la violence qui les entoure, peut-être pour les empêcher d’avoir lieu, sont essentielles. Pendant des mois, le FRN a assuré une couverture exclusive en anglais du processus en Ukraine et de la façon dont il s’est intensifié. Cela implique un certain nombre de choses. Le Pravy Sektor fait de nouveau la une des journaux, avec l’entière bénédiction de Porochenko, de même que les autres bataillons dits volontaires, Azov, et d’autres qui sont maintenant entièrement intégrées aux mercenaires américains et de l’OTAN.

    La FRN a confirmé que Pravy Sektor a été retiré de la ligne de front pour suivre une formation avec des membres d’ISIS ou d’Al-Qaïda. Cela inclut les mercenaires du Moyen-Orient, et par défaut ou par extension si vous préférez, ISIS et Al Qaeda. Cela se produit juste avant l’attaque terroriste au Collège Kertch en Crimée, où le reportage officiel russe ne correspond pas aux témoignages d’étudiants et d’enseignants interrogés sur place quand c’est arrivé. Ce reportage montrait tout un groupe d’assaut portant des masques de ski noir qui semble être entré dans l’école par la salle de bain – l’explosion n’était pas la principale responsable de la plupart des décès, mais plutôt les balles tirées par ce groupe d’assaut. Il a été dit alors par un témoin, qu’ils parlaient une langue indéterminable, donc de nationalité inconnue.

    Entraînement du groupe islamiste Jamaat-e-Islami en Crimée

    Entraînement du groupe islamiste Jamaat-e-Islami en Crimée

    ISIS et Al-Qaïda opèrent désormais aux côtés des « Bataillons volontaires » nazies en Ukraine, soutenant les efforts des États-Unis. Trump a été extrêmement froid avec Poroshenko, la seule réunion qu’ils ont eue – elle a été révélé et fait maintenant l’objet d’une poursuite en diffamation contre la BBC de Poroshenko – que la marionnette installée par Obama-Nuland a dû payer pour rencontrer Trump, pour des séances photos, afin d’envoyer un message en Ukraine qui n’a aucune substance. Pendant ce temps, l’État Profond américain et le complexe militaro-industriel continuent de faire leurs opérations en Ukraine, indépendamment de ce que le président américain peut vouloir ou non.

    Le processus d’Idlib est essentiel – la Turquie est peut-être revenue aux hésitations et a peut-être beaucoup de mal à gérer le jonglage des forces américaines et britanniques et des mandataires qui travaillent contre toute résolution pacifique à Idlib, où la Turquie ne peut que parler au nom des forces dites rebelles (terroristes) qu’elle soutient directement – le TFSA (FSA soutenue par la Turquie). La tendance que nous avons historiquement observée avec ces conflits jumeaux – l’Ukraine et la Syrie – est que lorsqu’il y a un pic dans l’un, il y a un pic dans l’autre. Cela se produit pour de nombreuses raisons, allant des tentatives de rendre confuses les réponses russes à la création d’un brouillard de couverture médiatique de la guerre, où certains événements critiques sont éclipsés par d’autres.

    La Syrie possède actuellement les S-300 et Israël ne les a pas frappés, même si les renseignements militaires israéliens savent où ils se trouvent, et même si Israël a menacé de les frapper « à tout prix ». Et pourtant, ils ne sont pas encore opérationnels pour ce qui est de la formation du personnel syrien en matière d’armement. Ils sont donc là, installés, et Israël ne les a pas frappés « chirurgicalement ». Israël s’est révélé être une puissance militaire relativement inefficace, perdant des dizaines de chars d’assaut ultramodernes lors de la guerre de 2006 contre un acteur non étatique, le Hezbollah. Imaginez ce qu’ils feraient contre le Hezbollah plus l’Iran, plus l’Armée Arabe Syrienne (AAS) reconstruite ? Peuvent-ils compter sur l’Arabie Saoudite pour les soutenir ? Si l’on considère le bourbier saoudien dans le « petit » Yémen, il est difficile d’imaginer l’armée mercenaire manifestement déloyale qui comprend les forces saoudiennes rivaliser contre l’AAS. Rappelons qu’ils se voyaient nettement désavantagés face aux militaires irakiens sous Saddam Hussein, et rappelons que l’armée irakienne à ce moment-là n’était pas à 100% après sa guerre contre l’Iran soutenue par les Etats-Unis.

    2.38684057La déclaration du Pape François « Je suis le diable » du 22 septembre est décisive. C’était le lendemain de l’événement de l’équinoxe d’automne, dont la signification sera connue de ceux qui creusent plus profondément. C’était apparemment une « plaisanterie » au passage, comparant François à Jean-Paul II, qui était « aimé ». Nous sommes censés lire ceci comme « comparé à Jean-Paul II, les Polonais me voient comme un vrai méchant« . C’est une façon très banale et très « absurde » de comprendre cette affirmation. Il était en visite officielle et portait sa robe et « tout le toutim » – et il l’a dit, aussi clairement que le jour, « Je suis le diable ». Ce n’est pas « Je suis détesté », ce n’est pas « Je suis pieux », ce n’est pas « Ces gens me voient comme le mal » – non – c’était « JE SUIS LE DIABLE ». Pris seul, il serait très difficile d’ignorer ces mots. Si l’on considère l’ensemble des événements mondiaux qui se déroulent simultanément, nous serions aveugles de ne pas voir l’ensemble de la situation. La façon dont les confessions, les déclarations et les incantations importantes fonctionnent est simple – peu importe si elles semblent avoir été dites en plaisantant, l’impact, la véracité et le pouvoir de la déclaration ne sont pas moindres pour un sou. Cela ne signifie pas pour autant, bien sûr, que le Pape François est le diable. Cela signifie qu’il le croit lui-même, qu’il a besoin que cela soit connu publiquement et l’a dit le 22 septembre quand la période du 21 au 22 septembre pendant Halloween confère des pouvoirs particuliers (et bien connus) aux praticiens de la voie obscure.

    Rappelons aussi que le 26 janvier 2014, François se tenait sur son balcon avec deux enfants qui lâchaient des « colombes de paix » pour célébrer quelque chose. Les colombes ont immédiatement été attaquées par un corbeau et une mouette qui voulaient les tuer. Les critiques religieux du Pape ont interprété cet événement comme un présage de malheur, se pourrait-il qu’ils aient raison ? Le Saint-Esprit est bibliquement et historiquement représenté par une colombe et est le symbole de la paix de Dieu qui est une paix spirituelle. Le diable a été symbolisé par les corbeaux, et une mouette est un albatros qui symbolise un fardeau ou une punition pour un crime. Cela peut être interprété comme signifiant que la paix de Bergoglio n’est pas la vraie paix mais une paix mondaine, une fausse paix que Dieu permettra au Diable de mettre en pièces, et qui sera un fardeau autour de son cou, ce qui signifie que Bergoglio devra payer pour ses péchés profanes.

     

    Le monde est un endroit dangereux et chaotique, rempli de gens violents et de pulsions dangereuses. La libération de deux « colombes de la paix » qui représentent aussi le Saint-Esprit est censée représenter la présence de Dieu dans un monde autrement assailli de toutes parts par les forces du mal. Quand le pape les libère, c’est aussi pour renforcer l’autorité apostolique. Mais le Pape n’a aucune autorité, donc ses colombes étaient condamnées, et le présage est ici incroyablement sombre. Le 26 janvier fut aussi le jour où le premier Imam chiite fut assassiné par un Kharijite du nom d’Ibn Muljam en 661 à la Grande Mosquée de Kufa, en Irak actuelle.

    Compte tenu de ce que nous savons, ce que l’on appelle la pratique institutionnalisée satanique de la pédophilie de l’Église catholique forme apparemment un pilier de la doctrine organisationnelle de l’Église, étant donné la façon dont l’Église la traite. En même temps, la pédophilie dans l’église semble faire la une des journaux chaque fois que l’attention du public se tourne vers les pratiques pédophiles de l’élite politique américaine et de Hollywood.

    La scission, le schisme, dans l’église orthodoxe est énorme. Certains disent qu’elle peut être réparé – il y a de l’espoir qu’elle pourra l’être, une fois que Bartholomée mourra. D’autres disent que ce n’est pas vraiment un schisme au sens du 11e siècle parce que, bien que politique, il n’y a pas de composante doctrinale – c’est faux. Le Patriarche de Constantinople a essentiellement assumé les pouvoirs pontificaux et brisé la doctrine de « Primus inter pares » – premier parmi ses semblables. C’est un point critique en orthodoxie. De nombreux évêques et hauts responsables de l’Église ont déclaré publiquement que le schisme dans l’Église entraînera la mort de milliers et de milliers de personnes dans un avenir très proche. C’est une prévision très inquiétante, mais qui a été répétée au plus haut niveau de l’église orthodoxe en dehors des schismatiques de Fener et de Bartholomew qui occupaient Constantinople. « De milliers de personnes mourront« , étaient les mots du Métropolite Jonas.

    Sergey Lavrov, ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie

    Sergey Lavrov, ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie

    Lavrov a averti que la Russie était prête à répondre aux attaques des médias et à toutes les provocations, et il a ridiculisé l’Occident, se demandant vraiment s’il était réellement prêt à être assez stupide pour déclencher la Troisième Guerre Mondiale. Il est important de méditer sur la signification de cette déclaration. Lavrov vient de soulever le spectre de la Troisième Guerre Mondiale, pour la deuxième ou la troisième fois au cours des deux derniers mois seulement. Il s’agit d’un langage très différent de celui de la ligne standard de « nos partenaires », même si cette expression est toujours utilisée. Il est important de se rappeler que Poutine a déclaré que les « partenaires américains » étaient aussi des « adversaires géostratégiques » de la Fédération de Russie. Il semble que nous vivons à une époque où la sénilité du grand public a atteint des proportions telles, où l’exceptionnalisme américain et le culte dévastateur de l’invincibilité sont devenus si importants que beaucoup ne savent pas que la Fédération russe possède le stock nucléaire en activité le plus important du monde, et toute attaque grave contre la Russie qui la menace existentiellement entraînerait la fin de la vie humaine sur cette planète.

    Ensuite, il y a l’importante déclaration de Poutine, aux proportions qui change le paradigme. Lors de la conférence de Valdai, Poutine a renforcé les déclarations de Lavrov et a ajouté une dimension très sérieuse concernant la foi, la religion, l’âme et la destinée de l’homme, le concept et la pratique du katechon, et les délimitations catégoriques du bien et du mal, du ciel et de l’enfer, de la repentance. Cela exige une considération encore plus profonde que la déclaration de Lavrov, qui est aussi puissante, mais strictement laïque. La compréhension de cette déclaration est cruciale, car elle déplace les frontières du « discours civil » d’une manière paritaire à celle de l’Occident. Mais c’est extrêmement différent. En fait, elle reflète exactement les déclarations de Lavrov.

    Comment cela se fait-il ? Les forces atlantistes ont poussé leur public de masse, dont elles fabriquent le consentement, par le biais de l’abus des médias de masse, vers une direction très instable où les experts des médias de plus en plus mainstream salivent pour la guerre. Lavrov a déclaré :

    « Nous serons prêts pour des provocations à plus grande échelle, mais notre réponse est très simple – si vous nous parlez à travers les médias, nous répondrons de la même manière, mais d’une manière concrète et appropriée« .

    Ainsi, si les médias atlantistes « prêchent le mal chaotique », alors la Russie répondra, concrètement et correctement, dans le langage du « bien ordonné ».

    Poutine a déclaré, pour mémoire :

    « Tout agresseur doit savoir que le châtiment sera inévitable et qu’il sera détruit. Et puisque nous serons les victimes de son agression, nous irons au ciel en martyrs. Ils mourront tout simplement, n’auront même pas le temps de se repentir. »

    Bien que Poutine ait clairement indiqué que les forces nucléaires de la Russie ne sont pas conçues pour une frappe préventive et qu’elles existent comme une puissance de deuxième frappe destinée à dissuader une attaque par une nation étrangère, la Russie a changé sa doctrine pour permettre une attaque nucléaire même si elle n’est pas attaquée par des missiles nucléaires. La doctrine nucléaire russe prévoit en effet l’emploi d’armes nucléaires dans les conflits conventionnels, à condition que l’existence de la Russie soit en jeu. Il s’agit là d’un changement important par rapport à l’engagement de non-utilisation en premier lieu que Moscou s’était elle-même imposé et que l’agression américaine avait forcé Moscou à abandonner en 1993. Poutine a déclaré :

    « Cela signifie que nous ne sommes prêts à utiliser des armes nucléaires que si nous nous assurons qu’un agresseur potentiel attaque la Russie. Nous avons un système d’alerte précoce et nous l’améliorons. Il enregistre le lancement des missiles et la trajectoire de vol. Seulement quand nous nous assurerons que nos missiles voleront vers l’agresseur, il doit savoir que le châtiment est inévitable« .

    Washington a affirmé qu’il pourrait utiliser des armes nucléaires en réponse à une attaque non nucléaire contre lui-même ou ses alliés. Il y a ici une grande imprécision quant aux circonstances qui pourraient causer une telle action, et cela n’a fait qu’alimenter les spéculations selon lesquelles une cyber-attaque pourrait permettre une réponse nucléaire.

    essai nucléaire russe

    essai nucléaire russe

    Mais les paroles de Poutine ne sont pas aléatoires, elles ne le sont jamais, et il y a de nombreuses raisons de croire, à la lumière de tous les événements que nous devrions énumérer, que les événements en ce moment sont particulièrement tendus. Il est important de comprendre aussi que Poutine est, d’un point de vue philosophique, principalement un disciple du socialiste chrétien Nikolaï Berdyaev. Son ouvrage, « La philosophie de l’inégalité« , s’apparente à une lecture obligatoire pour les gouverneurs qui travaillent à proximité du président russe. « Le sens de l’histoire » est aussi un texte crucial nécessaire pour comprendre le sens complet de la déclaration superficiellement « inquiétante » de Poutine.

    Cela ne veut pas dire quelque chose comme « la fin est proche », mais plutôt ceci : Poutine montre que les méthodes et la rhétorique apocalyptiques latentes de l’Occident peuvent être comparées à d’autres. Il est important d’établir cette « parité du discours » et de rappeler aux gens ce qui est en jeu et dans quelle mesure les Russes sont déterminés, et d’où vient cette détermination. Les gens qui croient en l’au-delà n’ont pas peur de mourir, mais en même temps, s’accrocher à ces préceptes et principes religieux sacrés est l’opposé de la version de Reagan de l’Armageddon nucléaire. Au contraire, les gens de conscience ne doivent résolument pas vivre comme si c’était la fin des temps, et ne doivent pas se comporter de manière à provoquer de tels événements, « prématurément » pour ainsi dire.

    Source : PUTIN’S NUCLEAR PROMISE – THIS IS THE MOMENT

    traduit par Pascal, revu par Martha pour Réseau International

    https://reseauinternational.net/la-promesse-nucleaire-de-poutine-cest-le-moment/

     

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    Psychologie tragique de Poutine

    Psychologie tragique de Poutine

    Le président russe Poutine est sans le moindre doute ni discussion nécessaire le seul dirigeant politique du triste temps présent à mesurer (notamment) l’ampleur et la gravité de la menace d’un conflit dévastateur, au niveau nucléairequi figure dans les menaces générales (pour tous les acteurs) pesant sur nous. Le nombre des interventions majeures où le président russe aborde cette question est élevé par rapport à l’indifférence, – ou la mention en passant, sans conviction, – où les autres dirigeants tiennent cette question. Cette indifférence, surtout dans le chef des dirigeants du bloc-BAO (USA et autres) est d’ailleurs un thème majeur accompagnant les interventions de Poutine sur le sujet. Ainsi PhG notait-il dans son Journal-dde.crisis, le 23 juin 2016, à propos d’une intervention de Poutine concernant la possibilité de l’évolution vers un conflit nucléaire planétaire, en présence d’une dizaine de journalistes de ces pays du bloc :

    « “C’est précisément à vous [journalistes] qu’ils disent tous ces bobards et vous les acceptez, et vous les répercutez auprès des concitoyens de vos pays ; et, de ce fait, vos concitoyens ne réalisent en rien le sentiment du danger imminent, – et c’est ce qui me préoccupe tant. Comment ne pouvez-vous ne pas comprendre que le monde est en train d’être poussé vers une direction irréversible, alors qu’ils prétendent que rien ne se passe. Je ne sais quoi faire de plus que ce que je fais pour vous pénétrer de cette réalité…” (J’ai choisi cette traduction de “vous pénétrer”, qui n’est pas la plus élégante, mais pour rendre compte de l’expression “how to get through you anymore”, qui rend bien compte que Poutine parle de quelque chose qui ressemble à une cuirasse psychologique interférant complètement sur la communication, qu’il ne parvient pas à percer.) »

    Il se trouve, évidemment très logiquement, que la tension et les possibilités de conflit ne cessent d’augmenter, à mesure de l’augmentation du paroxysme de la Grande Crise de l’Effondrement du Système. Cette montée de la tension ne cesse pas depuis plusieurs années et elle suit depuis trois ans une très profonde crise du système de l’américanisme que nous avons symbolisé sous l’expression de “D.C.-la-folle”.

    • Cette tension à cause de la possibilité d’une guerre, qui pourrait être nucléaire et d’annihilation réciproque, se retrouve dans les psychologies courantes des personnes les plus concernées à cet égard. Military Times du 17 octobre 2018, publie un sondage au sein des forces armées US en septembre 2018, suivant un autre en septembre 2017 sur le même sujet : « Pensez-vous que les États-Unis vont être entrainés dans un nouveau conflit l’année prochaine ? ». En septembre 2017, 5% des soldats interrogés répondaient positivement, “oui les USA vont être entraînés dans un nouveau conflit”, 46% en septembre 2018 ; 67% pensaient que ce ne serait pas le cas en septembre 2017, 50% pensent dans le même sens en septembre 2018. Ce sentiment est en accord avec celui des chefs lorsqu’il se laissent aller à la confidence ; en décembre 2017, le général Ropert Neller, Commandant du Marine Corps, cionfiait à un contingent de Marines qu’il visitait en Norvège : « J’espère me tromper mais je pense qu’une guerre arrive… »

    (L’expert militaire deGazeta.ru, Mikhail Khodarenok, ancien officier de l’Armée Rouge du temps de l’URSS, publie un article, repris par RT, où il analyse notamment à partir de ce sondage les possibilités de guerre USA-Russie pour 2019. Sa conclusion est “optimiste” : il met en doute la cohérence de ce sondage, tout comme la possibilité d’un tel conflit, selon les arguments rationnels qui ont prévalu dans la Guerre froide. Nous sommes nous-mêmes en profond désaccord avec cette analyse, parce que le rationnel en tant que dynamique positive de la pensée n’a aujourd’hui plus aucune pertinence, qu’il s’agit d’un rationnel-faussaire, du déterminisme-narrativiste, etc., et notamment à propos de la guerre nucléaire.)

    • Sur le “front intérieur”, alors que les crises courantes (l’affaire Khashoggi, l’affrontement démocrates-républicains, etc.) se poursuivent, le front antirusse est réactivé (dans WSWS.org, le 20 octobre 2018). Il conjugue autant la dénonciation d’un prétendu activisme russe aux USA, en connexion avec les prochaines élections selon la narrative désormais rodée du Russiagate, que des mesures effectives de type conflictuel cette fois sur le théâtre européen dans le sens de la désintégration des structures de sécurité mises en place entre les USA et l’URSS jusqu’à la fin de la Guerre froide. Il s’agit pour ce dernier cas d’une sortie possible imminente des USA du traité le plus important de la période des années 1980, et surtout du seul traité prévoyant la disparition complète d’une catégorie complète d’armes nucléaires, les armes nucléaires de moyenne portée.

    « Lançant une nouvelle escalade de la campagne anti-russe des agences de sécurité nationale, les procureurs fédéraux ont publié hier des accusations criminelles pour “ingérence” dans les élections de mi-mandat de 2018 contre un ressortissant russe. Le même jour, le directeur des services de renseignement nationaux, du FBI et du ministère de la Justice ont publié une déclaration commune qui met en garde contre les “campagnes en cours” non précisées de la Russie, de l’Iran et de la Chine – toutes les cibles principales de l’agression militaire américaine – pour saper et infiltrer la démocratie américaine. et influencer les prochaines élections.

    » Les deux déclarations ont été rendues publiques sans aucune justification, ni la moindre preuve, mais elles ont été immédiatement acceptées comme une vérité évangélique et amplifiées par [la presseSystème]. Le New York Times et le Washington Post ont publié en quelques heures quatre rapports en ligne sur les accusations. […]

    »  [Cette campagne médiatique] vise à présenter les États-Unis comme étant en état de siège et à préparer l’opinion publique à une nouvelle intensification des tensions militaires avec la Russie et à des préparatifs de guerre. Toujours hier après-midi, le New York Times, porte-parole central de la campagne anti-russe du groupe de sécurité nationale, a annoncé que le gouvernement Trump se retirerait du traité de 1987 sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF) avec la Russie.

    » Le traité sur les FNI a été signé par le président américain Ronald Reagan avec l’Union Soviétique. Il interdit les missiles de moyenne portée lancés depuis le sol, capables de frapper des cibles situées entre 500 et 5 500 kilomètres. Washington a accusé à plusieurs reprises la Russie d’avoir violé le traité FNI, mais n’a fourni aucune preuve à l’appui des allégations. La Russie a nié avoir violé l’accord. Le retrait du traité marquerait une nouvelle étape dans la position de confrontation de l’armée américaine vis-à-vis la Russie et des préparatifs de la guerre nucléaire. »

    • C’est aussi en fonction de cette montée de la tension que la dernière sortie de Poutine sur la question de la menace d’une guerre nucléaire a, – du moins pour le ton, et nous verrons plus cet aspect plus en détails, plus loin, – un aspect un peu particulier qui peut être l’objet de sarcasmes. In petto, les sarcasmes ne doivent effectivement pas manquer chez les adversaires de Poutine mais ils marquent également une évolution psychologique très spécifique chez lui. Cela se passait avant-hier au 15ème Forum international de Valdaï, organisé chaque année par les Russes :

    « La Russie aura recours à l’arme nucléaire uniquement en cas de frappe nucléaire lancée contre son propre territoire, a déclaré Vladimir Poutine dans le cadre de la 15e édition du club de discussion Valdaï à Sotchi. La doctrine nucléaire russe ne comprend pas la notion de frappe préventive, a rappelé jeudi le chef du Kremlin.

    » “Notre doctrine ne prévoit pas de recours à l’arme nucléaire pour une frappe préventive, mais en réponse à une frappe ennemie. Cela veut dire que la Russie est prête à employer son arme nucléaire «uniquement si nous sommes persuadés qu’un agresseur potentiel a lancé une attaque contre la Russie”. […]

    » Selon Poutine, la doctrine militaire russe avertit l’éventuel ennemi de conséquences inévitables. “L’agresseur doit être conscient que la vengeance est imminente et qu’il sera détruit dans tous les cas”, a souligné le Président. “Nous, comme les victimes de l’agression, nous irons au Paradis comme les martyrs, alors qu’eux, ils crèveront sans suite [sans rédemption], car ils n’auront même pas le temps de se repentir”, a observé le président russe.” »

    Il est effectivement remarquable de trouver chez Poutine une considération qui ressemble soit à une sorte de plaisanterie macabre, soit à une remarque empreinte de naïveté pseudo-religieuse au premier degré : “nous mourrons mais nous irons au paradis tandis que nos adversaires mourront (crèveront)”, sans avoir le temps ni l’opportunité de sauver leurs âmes par le repentir (pas de paradis pour eux, plutôt l’enfer). A notre sens, cette remarque et l’état d’esprit qui y président, pour nous en tenir à l’évolution de la rhétorique “nucléaire” de Poutine, ne sont certainement pas dus au hasard. Ils sont la marque d’un complet désabusement catastrophiste coloré de dédain et de dérision pour “les adversaires”. Cela procède, selon nous, de plusieurs points.

    • Encore une fois, si nous nous en tenons à la rhétorique de Poutine nous observons qu’il semble bien en être arrivé à un stade où il lui paraîtrait extrêmement possible sinon probable (voire inévitable ?) qu’il y ait un conflit avec les USA, avec la quasi-certitude que ce conflit tournerait à l’affrontement nucléaire. Poutine lui-même est persuadé de cet enchaînement (conflit devenant nucléaire), comme le sont nombre de commentateurs.

    (La croyance des experts, surtout russes, est que la perspective d’un enchaînement vers un conflit nucléaire implique un effet dissuasif décisif pour le déclenchement de la guerre. Nous sommes très loin de partager cette appréciation en raison de la forme et de l’agitation de la psychologie actuellement en cours à “D.C.-la-folle”, et de moins en moins persuadés que les militaires US soient capables de jouer un rôle modérateur.)

    • Poutine a essayé vainement d’avertir ses “partenaires-adversaires” de ce danger depuis au moins 2014 et la crise ukrainienne, soit par la rhétorique raisonnable du danger commun du nucléaire, soit par la pression d’armements nouveaux rendant vain tout espoir d’échapper à une destruction complète en cas de guerre nucléaire. Tout cela, sans la moindre amorce du moindre résultat…

    • Désormais, pourrait-on croire, c’est le fatalisme qui prévaut chez Poutine, avec son discours de Valdaï, où s’expriment dérision, plaisanterie macabre, observations courantes du type populaire et religieux, etc. Notre appréciation est qu’il s’agit d’une évolution tragique du caractère/de la psychologie de Poutine : cet homme rationnel, plutôt modéré, qui place les arrangements diplomatiques au-dessus de tout, se heurte depuis quatre ans au moins à un mur infranchissable (“stonewalling”) d’irrationalité et de désordre. Qu’il réalise cet état de sa psychologie, qu’il veuille ou non le faire sentir, il reste que cette évolution tragique finit à notre sens par apparaître dans ses attitudes et ses interventions.

    • En fait, nous nous trouvons depuis quatre ans au moins avec cette perspective apparue d’une guerre nucléaire, dans une situation d’incertitude totale et de basculement très possible de la psychologie au sein du bloc-BAO. Cette remarque vaut aussi bien, et encore mieux comme on le comprend, pour “D.C.-la-folle” dans sa période actuelle. Cela rend la perspective d’une tension où soudain on réaliserait, à “D.C.-la-folle” et aux USA, la possibilité de la guerre nucléaire à sa juste “valeur”, extrêmement incontrôlable par le fait d’un paroxysme psychologique dont nul ne sait l’effetNous envisagions pour la première fois d’une façon aussi nette une telle possibilité dans l’immédiat effet du “coup de Kiev” du 21 février 2014, et ainsi l’observation ci-dessous est-elle nettement identifiée à cette crise, à la chronologie courte de cette crise, – mais l’idée fondamentale de l’évolution psychologique reste valable…

    « La crise ukrainienne, et la réalisation que les pressions du Système (du bloc BAO, son factotum) peuvent conduire à l’extrême catastrophique des affaires du monde, peuvent aussi bien, grâce au “formidable choc psychologique” dont nous parlons et à l’immense crainte qu’il recèle, déclencher une autre dynamique d’une puissance inouïe. Notre hypothèse à cet égard, rencontrant l’idée de la formidable puissance symbolique du centenaire de la Grande Guerre (voir le 2 janvier 2014), est que cette dynamique est celle de l’effondrement du Système dont rien, absolument rien ne réclame qu’il se fasse dans l’apocalypse nucléaire, parce qu’alors elle pourrait bien être, cette dynamique, le fruit de la panique psychologique totale naissant de la perspective soudain apparue que le risque de la guerre nucléaire existe plus que jamais. »

    source:http://www.dedefensa.org/article/psychologie-tragique-de-poutine

    https://reseauinternational.net/psychologie-tragique-de-poutine/

     

     

    Russie, quelle vision pour le XXIe siècle ?

    Russie, quelle vision pour le XXIe siècle ?

    Par Emmanuel Leroy

    el_colloqueAvant d’aborder ce que serait aujourd’hui la vision du monde des héritiers de Vladimir 1er, prince de Novgorod et Grand-Prince de la Rus’ de Kiev, je crois nécessaire d’essayer de comprendre pourquoi la Russie est l’objet de tant de haine de la part des élites qui gouvernent l’occident. Répondre à cette question me parait important car souvent, trop souvent de mon point de vue, depuis le règne de Pierre le Grand, le pouvoir en Russie a eu tendance parfois, à calquer sa politique en réaction ou à l’imitation de l’occident, sans percevoir toujours très clairement les forces véritables qui sont à l’œuvre dans la vision occidentale du monde. Cette tendance lourde a bien évidemment favorisé cette fameuse querelle opposant les slavophiles aux occidentalistes à laquelle l’URSS n’a pas échappé, et dans laquelle la Russie de Vladimir Poutine baigne encore, séparant deux visions du monde antagonistes qu’incarnent parfaitement aujourd’hui des personnalités comme Sergueï Glaziev pour le camp conservateur slavophile ou comme Alexeï Koudrine pour le camp libéral occidentaliste.  

    Note du Saker Francophone

     Ce discours a été prononcé lors d’un colloque intitulé « Réémergence de la Russie au XXIe siècle » organisé au Centre Culturel Russe de Paris, le 15 octobre 2018 par l’Académie de Géopolitique de Paris.

     Introduction

     

    Définir ce que souhaite le camp libéral n’est pas très difficile, il nous suffit de regarder à quoi ressemble l’occident aujourd’hui, à savoir des sociétés où toute notion de solidarité a disparu, où l’argent règne en maître, où l’homosexualité et le mariage pour tous sont promus comme une norme, et où l’on augmente l’âge de la retraite tout en ouvrant les vannes de l’immigration au lieu de promouvoir la natalité. La faction libérale en Russie est pratiquement absente du champ électoral comme on l’a vu ces dernières années avec les résultats du parti Iabloko mais elle est en revanche surreprésentée dans les médias – contrairement à ce que l’on pense en Occident – dans la sphère économique et au sein du gouvernement où aux côtés du Premier ministre siègent d’autres ministres qui ont parfaitement intégré la théorie de la « main invisible » dans leur vision du monde.

    Il est plus difficile de définir précisément ce que souhaitent les conservateurs russes car il y a plusieurs approches possibles du conservatisme : il y a celle incarnée par le club Stolypine de M. Glaziev qui, au rebours des idées libérales d’Adam Smith, souhaiterait un État interventionniste sur le modèle de l’Allemagne de Bismarck influencée par les idées de Friedrich List et de son « protectionnisme éducateur ». Il existe aussi un conservatisme slaviste que l’on pourrait qualifier de social-chrétien et qui s’inspire d’auteurs comme Berdiaev, Soloviev, Iline, Dostoïevski ou encore Soljenitsyne mais qui ne semble pas avoir trouvé de traduction politique dans le paysage russe contemporain. Et il existe enfin, grand paradoxe, un conservatisme communiste dont la permanence peut s’analyser non seulement comme une réaction aux dérives libérales de la Russie sous Boris Eltsine mais également comme un contrepoids à l’hégémonie du parti majoritaire – lorsque celui-ci est perçu comme trop libéral – comme on vient de le voir récemment à Vladivostok.

    L’autre paradoxe de la société russe contemporaine est celui incarné dans les plus hautes sphères de l’État où est promue une vision conservatrice et multipolaire du monde, en réaction à la vision unipolaire et totalitaire du l’Occident, tout en ayant conservé au plan institutionnel une Constitution occidentalo-compatible héritée des années Eltsine et permettant sur le plan économique la mise en place d’une praxis ultra-libérale que ne désavouerait pas l’École de Chicago. Il s’agit là d’une contradiction idéologique majeure que la Russie devra trancher tôt ou tard, et le plus tôt dans l’intérêt du peuple russe lui-même sera le mieux.

    Pour mieux comprendre en quoi la Russie d’aujourd’hui incarne, presque malgré elle, l’opposition absolue au système occidental, il faut se pencher sur les origines profondes de la russophobie et nous essayerons de répondre dans une deuxième partie à la question délicate « Que veut faire la Russie ? ».

    Les origines profondes de la russophobie

    Au fil du temps et de mes réflexions, j’ai acquis la conviction que l’on ne peut comprendre les événements géopolitiques sans avoir présent à l’esprit ce que le grand historien Fernand Braudel appelait l’histoire longue et qui renvoie en quelque sorte à l’aphorisme de Nietzsche selon lequel l’homme de l’avenir sera celui qui aura la plus longue mémoire.

    Si l’on refuse l’idée que la plupart des guerres, des coups d’État, des « révolutions de couleur » auxquels nous assistons relèvent d’une très ancienne vision du monde que j’appelle l’idéologie anglo-saxonne, on se trouve alors dans la situation d’un médecin traitant un cancer avec de l’aspirine.

    Qu’est-ce que l’idéologie anglo-saxonne ?

    C’est ce que Kipling a appelé Le Grand jeu lors de l’affrontement des empires russe et britannique dans ce qui n’était pas encore l’Afghanistan. Mais le Grand jeu c’était aussi l’éradication du catholicisme en Angleterre sous Cromwell, c’était la politique des William Pitt, père et fils, dans l’avènement de la Révolution française et de la prise de contrôle de la France après la défaite de Waterloo, c’était la politique impériale de Benjamin Disraeli, c’était la guerre du Japon contre la Russie en 1905 et la première révolution qui suivit, financée par les banques anglo-saxonnes, tout comme la révolution bolchevique de 1917, ce furent les deux guerres mondiales et ce jeu, car pour eux c’est un jeu, même s’il est souvent cruel, continue jusqu’à aujourd’hui avec l’Afghanistan, la Libye, la Syrie, la Géorgie, l’Ukraine, le Yémen etc.

    Je n’aurai pas le temps en quelques minutes de vous résumer cinq siècles d’histoire européenne et a fortiori mondiale, aussi, je voudrais juste esquisser devant vous quelques pistes de réflexion afin que vous creusiez vous-même dans cette direction si vous l’estimez nécessaire.

    Le grand rêve de puissance et d’hégémonie mondiale de l’oligarchie anglaise est né, selon moi, au retour de l’expédition autour du monde du pirate Francis Drake le 26 septembre 1580 où la part du butin volé aux Espagnols et réservée à la reine Élisabeth représentait selon certaines sources une fois et demie le budget annuel du royaume. Francis Drake est probablement devenu après ses exploits le modèle à suivre et parmi ses nombreux admirateurs, un en particulier mérite d’être retenu, Walter Raleigh (cf. controverse de l’École de la nuit), car il est le premier, à avoir conceptualisé l’idée d’hégémonie anglo-saxonne sur le monde. En effet, ce gentilhomme, un peu pirate lui aussi, eut le temps d’écrire avant sa mort un ouvrage intitulé L’Histoire du monde et dans lequel il affirme : « Qui tient la mer tient le commerce du monde, qui tient le commerce tient la richesse, qui tient la richesse du monde tient le monde lui-même ».

    C’est là, à partir de cet exploit de piraterie exceptionnel qu’est née cette idée de parvenir à la suprématie mondiale par la puissance maritime et l’accaparement des richesses d’autrui.

    Mais ce qu’il faut bien comprendre – et c’est cela qui est véritablement révolutionnaire – c’est que cette idée s’est transmise de génération en génération à travers les siècles au sein des élites anglo-saxonnes notamment chez le Britannique Mackinder dont la formule maîtresse est « Qui tient l’Europe orientale tient le heartland, qui tient le heartland domine l’île mondiale, qui domine l’île mondiale domine le monde » – et qui s’est transformée chez l’Américain Spykman dans la formule plus ramassée « Qui contrôle le rimland gouverne l’Eurasie ; qui gouverne l’Eurasie contrôle les destinées du monde ».

    Ce qu’il faut retenir, c’est qu’à trois siècles de distance, ces trois personnages partagent tous l’idée de domination du monde et c’est là véritablement qu’il faut comprendre la nature profonde de cette idéologie.

    Mais alors en quoi cette idéologie anglo-saxonne serait-elle russophobe ?

    Elle n’est pas spécifiquement russophobe, elle a d’abord été francophobe, puis hispanophobe, puis à nouveau francophobe, puis germanophobe, mais il se trouve qu’après les défaites successives de l’Espagne à la fin du XVIIe siècle, de la France en 1815, des empires centraux en 1918 et du monde germanique en 1945, il ne reste plus qu’un protagoniste sur le continent eurasiatique à s’opposer aux Anglo-Saxons, et c’est le peuple russe.

    Voilà brièvement résumées, les causes profondes de la russophobie et tant que l’on n’a pas intégré cette vision de la longue histoire, on ne peut comprendre véritablement la nature des conflits qui sont en cours. Ces conflits sont des étapes, des épiphénomènes dans le Grand jeu de contrôle des destinées de l’humanité par la nomenklatura anglo-saxonne et la Russie est le dernier grand obstacle qui se dresse devant elle et voilà pourquoi elle doit disparaître. A n’importe quel prix.

    Et elle a bien failli disparaître en 1991 quand elle perdu un cinquième de son territoire et plus de 30 millions de ses concitoyens qui sont aujourd’hui, Kazakhes, Kirghizes, Ouzbeks ou Tadjiks. Elle a failli mourir aussi durant ces années 1990 où elle fut pillée et saccagée ignominieusement par des prédateurs travaillant en étroite relation avec la finance anglo-saxonne.

    Pour ceux qui voudraient un dessin explicite, je leur conseille de visiter l’académie Glazounov à Moscou où au premier étage se trouve un immense tableau de cet illustre peintre et résumant parfaitement le martyre que subi la Russie dans ces années terribles.

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    Oui, je pense également que la fin de l’Union Soviétique a été la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle car elle a permis à l’Occident d’avancer jusqu’aux frontières de la Russie et même de mettre la main sur son cœur historique, la Rus’ de Kiev.

    À ce stade, que peut faire la Russie pour inverser le processus et mettre un terme à l’hégémonie totale de ceux qui veulent prendre en main les destinées du monde, car tout bien pesé, c’est bien de cela dont il s’agit : unipolaire ou multipolaire le monde de demain devra choisir et dans ce contexte d’antagonisme absolu, que pourra faire la Russie ?

    Et tout d’abord…

    Que veut faire la Russie ?

    Il peut paraître présomptueux, surtout ici, devant des citoyens russes, de poser cette question, mais si l’on se souvient de ce que disait Churchill lui-même à ce sujet, à savoir que « la Russie était un rébus enveloppé de mystère au sein d’une énigme », il n’est peut-être pas inutile d’ouvrir la matriochka pour essayer de voir ce qu’il y a dedans.

    Je crois que la Russie a un rôle essentiel à jouer dans les années qui viennent pour restaurer un équilibre dans le monde mais c’est un message qui est difficile à faire passer car le tempérament russe est assurément peu porté à l’universel, du moins tel que le conçoivent les Français ou les Anglo-Saxons.

    Pourtant la Russie a déjà par deux fois dans son existence, proclamé sa vérité dans le monde. La première fois, c’était au nom de la Sainte Alliance quand le Tsar Alexandre 1er tentait d’élever une digue contre les idées destructrices de la Révolution française. La deuxième fois, et c’est un paradoxe, c’est au nom des idéaux de cette même Révolution française que les bolcheviques répandront sur la terre l’idéal prolétarien.

    On voit se dessiner en Russie, depuis le début des années 2000 une vision du monde multipolaire et qui semble vouloir s’afficher comme une altérité à l’idéologie occidentale.

    Pour bien comprendre la réorientation de la Russie en ce début de XXIe siècle, il faut relire le discours fondamental de Vladimir Poutine à Munich en février 2007 qui entend mettre un terme à l’unipolarité anglo-saxonne et qui réaffirme une certaine conception westphalienne d’équilibre du monde.

     

    Voilà ce que déclarait le Président de la Fédération de Russie : « J’estime que le monde unipolaire n’est pas seulement inadmissible pour le monde contemporain, mais qu’il est même tout à fait impossible. Non seulement parce que dans les conditions d’un leader unique, le monde contemporain (…) manquera de ressources militaro-politiques et économiques, mais, et c’est encore plus important, ce modèle est inefficace, car il ne peut en aucun cas reposer sur une base morale et éthique de la civilisation contemporaine. »

    Dans ce discours, Vladimir Poutine remettait également en cause la prétendue primauté du droit étasunien sur le droit international et dénonçait la volonté des États-Unis d’empiéter dans les domaines réservés des autres États, notamment à travers la sphère juridique.

    Mais contester le modèle occidental en lui opposant la multipolarité – qui n’est qu’un concept creux – n’est pas suffisant. Tant que l’économie et les institutions russes fonctionneront avec le moteur occidental de l’idéologie libérale, la Russie sera confrontée à une contradiction interne qui sera mortelle à terme.

    À l’idéologie des droits de l’homme, il faut opposer la primauté du droit des peuples.

    Au libéralisme égoïste et destructeur qui ne favorise que l’oligarchie mondiale, il faut opposer l’interventionnisme de l’État souverain protecteur des plus faibles.

    À la permissivité sans limite et à la destruction des valeurs fondamentales des sociétés humaines, il faut opposer la protection de la famille et des valeurs traditionnelles, y compris religieuses.

    Ces quelques exemples montrent bien que la nature de la guerre totale qui oppose aujourd’hui l’occident à la Russie est bien culturelle et idéologique avant d’être militaire et je redoute fort que les conflits chauds ou tièdes comme ceux de Syrie ou du Donbass et dans lesquels les Anglo-Saxons entraînent la Russie aujourd’hui, ne soient que des leurres pour dissimuler le cheval de Troie que jour après jour les occidentaux mettent en place dans tout l’espace de la CEI.

    Nous étions en Arménie la semaine dernière avec mon ami Jean-Michel Vernochet pour une série de conférences et de rencontres et nous avons pu mesurer la réalité de la présence étasunienne dans ce pays ex-soviétique où ils ont installé leur deuxième plus grande ambassade dans le monde aux confins de la Caspienne, de la Mer Noire et de la Méditerranée : Pas un programme culturel ou archéologique sans la présence du logo « USAID », pas un café qui n’arbore fièrement le sigle Coca-Cola et jusqu’à la Bibliothèque nationale d’Arménie qui abrite en son sein un « American Corner » où sont diffusées, entre autres, les œuvres de M. Brzezinski et de l’amiral Mahan. Même les Chinois sont présents à Erevan avec leur programme « China Aid ». Nous n’y avons pas vu de programme « Russia Aid » et dans ce pays qui comptait 100% de russophones il y a un quart de siècle, les jeunes générations ne parlent plus que l’anglais et dans moins d’un siècle, il n’y aura plus que quelques savants distingués qui parleront encore la langue de Pouchkine.

    Plus grave encore que ce que je viens de vous décrire en Arménie, est la reconnaissance de l’Église autocéphale d’Ukraine la semaine dernière par le patriarcat de Constantinople. Il s’agit là encore d’une catastrophe géopolitique ou géo-religieuse majeure pour le monde slave. À quoi sert de vaincre militairement le terrorisme manipulé par l’Occident en Syrie quand le monde orthodoxe est menacé d’un schisme majeur ?

    Je voudrais achever cette intervention en formulant le vœu que la Russie retrouve sa place, toute sa place dans le monde, notamment en reprenant la tête de file des pays non-alignés afin que se dresse contre la maladie occidentale une alliance de pays libres et souverains. La Russie pourrait proposer de remettre à jour la Charte de La Havane de 1948 et d’y entraîner tous les peuples qui veulent sortir de la spirale mortifère de l’idéologie anglo-saxonne. Quelques pays en Europe et dans le monde semblent aujourd’hui se réveiller et être prêts à sortir de l’état de vassalité et d’esclavage dans lequel ils sont plongés.

    La Russie non seulement s’honorerait à les y aider, mais ce faisant, j’en suis persuadé, elle se sauverait elle-même.

    Emmanuel Leroy

    Président de l’association humanitaire Urgence Enfants du Donbass

    Photo: La Rus’ : le point litigieux historique entre l’Ukraine et la Russie

    source:http://lesakerfrancophone.fr/russie-quelle-vision-pour-le-xxieme-siecle

    https://reseauinternational.net/russie-quelle-vision-pour-le-xxie-siecle/

     


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  • Thu Oct 11, 2018 3:21PM
    Le PM israélien, Benjamin Netanyahu, et le président français, Emmanuel Macron. ©AFP
    Le PM israélien, Benjamin Netanyahu, et le président français, Emmanuel Macron. ©AFP

    Incapable de défendre ses propres intérêts face à une Amérique qui lui impose taxes, sanctions extraterritoriales et frais d’entretien des troupes militaires, l’Europe s’acharne, impuissante, sur l’Iran.

    Ainsi le petit Royaume de Belgique vient d’accuser un diplomate iranien de tentative d’attentat contre le meeting du juin dernier à Villepinte des Moujahedines du peuple, une milice armée qui appelle à la guérilla en Iran et que la France accueille le plus tranquillement du monde sur son territoire. Une milice qui figurait jusqu’en 2009 sur la liste noire de l’UE et qui revendique des milliers d’assassinats aussi bien en Iran qu’en Irak.

    Seul hic : le dossier à charge que retient la Belgique contre le diplomate iranien ne contient aucune preuve digne de ce nom. Seulement quelques suppositions fournies à la police belge et à ses comparses français et allemand par le très fiable service du renseignement israélien, le Mossad ! La réaction iranienne n’a pas tardé : le ministère iranien des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur allemand dont le pays, chose étrange, continue à résister du mieux qu’il peut au chantage US qui vise, comme on le sait, le commerce avec l’Iran. 

    Le diplomate Assadollah Assadi, en poste à l’ambassade d’Iran à Vienne, avait été interpellé en Allemagne début juillet dans le cadre de l’enquête sur le prétendu projet d’attentat de Villepinte. Le mardi 9 octobre, l’intéressé a été remis à la Belgique qui n’a pas tardé à l’accuser, ouvrant ainsi la voie à son introduction en justice. La Belgique devient donc le deuxième pays européen pro-accord nucléaire à s’embrouiller avec l’Iran. Et ce n’est pas tout. 

    Peut-on croire en la bonne foi des autorités françaises quand elles disent vouloir préserver leurs relations avec l’Iran ?

    À peine une semaine après que la France a accusé l’Iran d’avoir tenté de mener des attentats terroristes sur son sol, quitte à geler les avoirs iraniens pour une durée de six mois, le ministre français de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, connu pourtant pour ses coups de colère anti-US et son indignation face à l’omnipotence économique de Washington, a pris la parole à Paris devant la Conférence des amis d’Israël et il a cru bon de lancer ceci : « Les États européens doivent soutenir Israël face à l’Iran. » Le Maire a également insisté sur le fait que Paris est contre le boycott des produits israéliens avant de souhaiter un renforcement des liens commerciaux avec Israël.

    Des propos de Le Maire, on croit comprendre ceci : défendre les intérêts israéliens face à l’Iran veut dire très clairement que la France, dirigée par le clan « Macron », cherche à s’impliquer davantage dans les conflits qui opposent Israël à l’axe de la Résistance : comme dans le cas de la destruction de l’Il-20 en Syrie où la participation française a été vaguement évoquée par des sources russes, mais tue par la suite pour cause de considérations géostratégiques. Défendre Israël face à l’Iran veut dire aussi que la France est prête, le cas échéant, à soutenir une action militaire israélienne contre l’axe de la Résistance en général et l’Iran en particulier. La France pourrait donc ainsi bombarder des « milices pro-iraniennes » en Irak, comme ne cesse de le promettre Netanyahu. 

    Reste à savoir dans quelle mesure un scénario aussi apocalyptique pourrait servir les intérêts du peuple français. Depuis que BP bénéficie, à la faveur du soutien US, des exemptions pour poursuivre ses activités dans le secteur du pétrole iranien, il devrait y avoir de nombreuse voix en France qui se demandent : pourquoi les Américains n’en ont-ils pas fait autant pour la France ? Cette question est aussi celle que se posent une bonne partie de l’opinion musulmane qui voit l’exécrable et aveugle alignement de la France sur Israël. À propos, le ministre Le Maire qui s’indignait il y a peu de la tyrannie économique des USA, vient de lancer : « Lorsque j’ai rencontré le Premier ministre Benyamin Netanyahu, nous avons convenu de doubler le volume des échanges commerciaux entre les deux pays. Cela signifie donc qu’il n’y aura pas de boycott français des produits israéliens », comme pour lancer un pied de nez à tous ces Français depuis si longtemps membres du mouvement BDS. 

    Le diplomate iranien en Allemagne est victime du complot des groupes terroristes, a affirmé le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères.
     
     
     
    L'irresponsable, immature, impulsif, belliciste Macron pion d'USisraël, risque de mener directement à la guerre contre l'Iran, d'abord en Syrie et en Irak, puis à la confrontation avec la Russie; bref à la WW3 (3e guerre mondiale),
    eva R-sistons (Chantal Dupille)
     

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    Libération d’Idlib : La Turquie se met en travers du chemin de la Russie qui ralentit le rythme

    Libération d’Idlib : La Turquie se met en travers du chemin de la Russie qui ralentit le rythme - 15.9.2018

     

    Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

    Traduction : Daniel G.

    La Turquie envoie des renforts de troupes, d’unités de commando et de chars vers la ville d’Idlib et autour au nord de la Syrie, afin de remplir un objectif précis : empêcher l’attaque de la ville par les forces syriennes et leurs alliés soutenus par la Russie. Ankara profite ainsi du fait que la Russie a ralenti le rythme de la mise en œuvre de sa stratégie visant à libérer la ville des djihadistes (dont Al-Qaeda), en raison de la menace américaine de bombarder l’armée syrienne et les forces gouvernementales sous le prétexte qu’elles « utilisent des armes chimiques ». Ces fameuses « armes chimiques » font partie intégrante de la bataille d’Idlib en tant qu’outil utilisé pour attaquer la Syrie au moment où la guerre se termine.

    La Russie considère que les renforts turcs violent l’accord d’Astana conclu entre Turcs, Russes et Iraniens, qui limitait le nombre de postes d’observation et la présence militaire autour de la ville et dans les régions rurales d’Idlib. La Russie croit aussi que la Turquie est incapable de remplir son engagement d’éradiquer totalement la présence de djihadistes, notamment ceux d’Al-Qaeda, qui ont pris position dans la ville et autour. En fait, le président turc Erdogan a demandé un nouveau prolongement pour lui permettre de répondre aux demandes russes et iraniennes concernant Idlib. Le gouvernement de Damas a rejeté ce délai, car ses dirigeants trouvent qu’il va à l’encontre des intérêts du pays (la libération de l’ensemble de la Syrie), ce qui confirmerait l’hésitation du président russe apparemment due à la menace américaine.

    Des décideurs à Damas ont affirmé que « la Turquie a offert à la Russie d’assurer la protection de sa base militaire de Hmeimim en empêchant les nouvelles attaques de drones lancées contre elle. La base russe a subi plus de 55 attaques de drones armées, tous abattus par le système de défense russe autour de la base qui se trouve sur la côte syrienne. La Russie se prépare d’ailleurs à attaquer la région rurale de Lattaquié afin de créer une zone de sécurité pour sa base et de se débarrasser de la présence des djihadistes qui ont revendiqué la plupart des attaques. La Russie a ainsi rejeté l’offre turque, en demandant à Ankara de se conformer à l’accord et d’éliminer les djihadistes de la ville en usant de son influence pour éviter l’attaque. Damas croit que la Turquie aimerait annexer Idlib, ce qui l’amène à rejeter tout accord autre que celui déjà signé à Astana, qui consiste en un engagement “d’achever”tous les djihadistes. »

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    De plus, selon les sources, la Turquie « a promis d’intégrer le Front al-Nosra, alias Hay’at Tahrir al-Cham, au sein d’une seule armée à Idlib pour satisfaire les demandes russes et montrer qu’elle exerce un contrôle sur les djihadistes. Les troupes d’Ankara ajoutent plus de personnel militaire (c’est la façon dont la Turquie le présente) pour soutenir tous les mandataires de la Turquie dans leur bataille contre les djihadistes qui refusent de se soumettre ou qui fusionnent avec d’autres groupes. Selon des renseignements fournis récemment par la Turquie à la Russie et à l’Iran, l’armée turque est prête à attaquer tout groupe qui refuse de se soumettre à la Turquie. En outre, il semblerait que des centaines de djihadistes ont quitté la Syrie pour une autre destination. Ankara facilite ainsi la sortie de tous les djihadistes, qui devront sinon combattre et mourir à Idlib. »

    La Turquie demande plus de temps afin de retarder l’attaque contre Idlib. Dans l’intervalle, les alliés de la Syrie sont résolus à prendre le contrôle de la région rurale autour d’Idlib ainsi que la région rurale d’Hama et de Lattaquié. À cette fin et par crainte d’une attaque possible contre Alep par des djihadistes pour détourner l’attaque des forces syriennes, les alliés envoient des contingents importants de militaires creuser des tranchées à des fins défensives autour d’Alep.

    Les alliés de la Syrie, tout comme Damas d’ailleurs, trouvent que la Russie a ralenti le rythme de son attaque, ce qui permet à la Turquie de soulever ses préoccupations à la face du monde quant à la nécessité d’une attaque contre Idlib. La Turquie a encouragé les USA à prendre le temps de préparer sa banque d’objectifs (cibles) en Syrie au cas où ils décideraient de bombarder la Syrie. Elle presse aussi la communauté internationale, surtout les Européens, d’intervenir pour empêcher un éventuel « flot de réfugiés et de djihadistes vers le continent européen en cas d’attaque contre Idlib ». Les deux superpuissances (Russie et USA) viennent d’ailleurs d’effectuer des manœuvres militaires au large de la côte syrienne en Méditerranée et à al-Tanf (en Syrie) respectivement. Elles marchent ainsi « au bord du précipice » tout en faisant étalage de leurs forces l’une contre l’autre.

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    Selon mes sources, la Turquie « demande plus de temps pour régler la situation à Idlib sans combat. Elle propose aussi de résoudre le problème soulevé par les dizaines de milliers de ses mandataires syriens armés quand le moment de la réconciliation politique viendra. Tout cela indique clairement que la Turquie n’est pas prête à quitter la Syrie. »

    Moscou a d’importants intérêts stratégiques avec Ankara (échanges commerciaux, armements, approvisionnement énergétique), tout comme avec Téhéran (échanges commerciaux et énergétiques, qui est l’une des conséquences du rejet, par les Turcs, des sanctions unilatérales américaines imposées contre l’Iran). Le président Erdogan compte sur cette relation stratégique pour stopper la bataille d’Idlib. La Russie et l’Iran maintiennent toutefois des relations stratégiques plus profondes avec la Syrie, où le désir de mettre fin à la guerre et de voir toute la Syrie libérée est beaucoup plus fort.

    « Il n’y a pas de plan en vue de libérer la ville d’Idlib pour l’instant », disent les sources. Le principal objectif est la libération des régions rurales d’Hama, de Lattaquié et d’Idlib. On ne devrait pas s’attendent à ce que les civils syriens, qui sont presque deux millions, partent vers la Turquie ou l’Europe. Ils sont invités à quitter tous les secteurs sous le contrôle des djihadistes (principalement Al-Qaeda et ses partenaires ou partisans armés) pour se rendre dans la ville d’Idlib sous contrôle turc.

    Ce qui est clair pour l’instant, c’est que le président Assad n’est pas prêt à abandonner Idlib au président Erdogan.  Assad a déclaré être prêt à lancer une attaque,  dans quelques semaines, même tout seul, ce qui entraînerait dans son sillage tout le monde vers le champ de bataille.

    source:https://ejmagnier.com/2018/09/14/liberation-didlib-la-turquie-se-met-en-travers-du-chemin-de-la-russie-qui-ralentit-le-rythme/

    https://reseauinternational.net/liberation-didlib-la-turquie-se-met-en-travers-du-chemin-de-la-russie-qui-ralentit-le-rythme/


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  • ,L’armée de Trump largue une bombe toutes les 12 minutes, et personne n’en parle (Truthdig)

     

    L’armée de Trump largue une bombe toutes les 12 minutes, et personne n’en parle

     

    Nous vivons dans un état de guerre perpétuelle, et nous ne le percevons jamais. Pendant qu’on vous sert votre glace dans cet endroit sympa où ils mettent ces jolies petites feuilles de menthe sur le côté, quelqu’un est bombardé en votre nom. Pendant que vous vous disputez au cinéma avec le jeune de 17 ans qui vous a donné un petit sac de pop-corn quand vous avez payé pour un gros, quelqu’un est anéanti en votre nom. Pendant que nous dormons, mangeons, faisons l’amour et protégeons nos yeux par une journée ensoleillée, la maison, la famille, la vie et le corps de quelqu’un sont pulvérisés en mille morceaux en notre nom.

     

    Toutes les 12 minutes

    L’armée américaine lâche une bombe d’une puissance que vous pouvez difficilement imaginer une fois toutes les 12 minutes. Et c’est bizarre, parce que techniquement, nous sommes en guerre avec – voyons-voir – zéro pays. Cela devrait donc signifier qu’aucune bombe n’est larguée, non ?

    Eh bien, non ! Vous avez fait l’erreur commune de prendre notre monde pour une sorte de monde rationnel et cohérent dans lequel notre complexe militaro-industriel est sous contrôle, l’industrie de la musique est basée sur le mérite et le talent, les Legos ont des bords doucement arrondis (donc quand vous marchez dessus pieds nus, cela ne ressemble pas à une balle perforante qui vient droit dans votre sphincter), et les humains font face au changement climatique comme des adultes plutôt que de s’enterrer la tête dans le sable tout en essayant de se convaincre que le sable autour de leur têtes ne devient pas vraiment très, très chaud.

    Vous pensez à un monde rationnel. Ce n’est pas là que nous vivons.

    Au lieu de cela, nous vivons dans un monde où le Pentagone est complètement hors de tout contrôle. Il y a quelques semaines, j’ai écrit sur les 21 billions de dollars [1 billion = 1 millier de milliards, NdT] (ce n’est pas une coquille) qui ont disparu au Pentagone.[Voir : Al Capone au Pentagone : 21 mille milliards $ disparaissent !!]. Mais je n’ai pas pris en considération le nombre de bombes que nous achetons avec cette somme ridicule. Les militaires du président George W. Bush ont largué 70.000 bombes sur cinq pays. Mais sur ce nombre scandaleux, seulement 57 ont vraiment affecté la communauté internationale.

    Parce qu’il y a eu 57 frappes au Pakistan, en Somalie et au Yémen – pays avec lesquels les États-Unis n’étaient ni en guerre ni en conflit permanent. Et le monde était plutôt horrifié. Il y eu beaucoup de propos du genre : « Attends une minute. On bombarde des pays en dehors des zones de guerre ? Est-ce que ça ne serait pas une pente savonneuse qui nous mène à passer notre temps à bombarder, bordel de m…? (Pause gênée.)… Nan. Quel que soit le président qui suivra Bush, ce sera un adulte normal (avec quelque chose ressemblant à un tronc cérébral fonctionnel) et il mettra donc fin à ces foutaises ».

    Nous étions si mignons et naïfs à l’époque, comme un chaton lorsqu’il se réveille pour la première fois le matin.

    Le Bureau du journalisme d’investigation [Bureau of Investigative Journalism, ONG britannique consacrée à la production d’articles d’investigation, NdT] a rapporté que sous le président Barack Obama, il y a eu « 563 frappes, en grande partie par des drones, qui visaient le Pakistan, la Somalie et le Yémen… » .

    Ce n’est pas seulement le fait que le bombardement à l’extérieur d’une zone de guerre est une horrible violation du droit international et des règles mondiales. C’est aussi le ciblage moralement répréhensible de personnes pour le pré-crime, ce que nous faisons et ce contre quoi le film Minority Report avec Tom Cruise [film de Steven Spielberg, NdT] nous a mis en garde. (Les humains sont très mauvais pour suivre les conseils des dystopies de science-fiction. Si nous avions écouté 1984, nous n’aurions pas permis l’existence de la NSA. Si nous avions écouté Terminator, nous n’aurions pas permis l’existence d’une guerre de drones. Et si nous avions écouté Matrix, nous n’aurions pas permis à la grande majorité des humains de se perdre dans une réalité virtuelle de spectacle et de bêtises insipides alors que les océans meurent dans un marécage de déchets plastiques… Mais vous savez, qui s’en soucie?)

    En fait il y a eu un black-out médiatique pendant qu’Obama était président. On peut compter sur les doigts de la main le nombre de reportages dans les médias grand public sur les campagnes quotidiennes de bombardement du Pentagone sous Obama. Et même lorsque les médias en ont parlé, le sentiment sous-jacent était « Oui, mais regardez avec quelle courtoisie Obama donne son feu vert pour des destructions sans fin. Il est comme le Steve McQueen de la mort par frappes aériennes ».

    Et prenons un moment pour effacer l’idée que notre « armement avancé » ne touche que les méchants. Comme l’a dit David DeGraw, « Selon les documents de la C.I.A., les personnes figurant sur la liste des personnes tuées, qui ont été ciblées pour la “mort par drone”, ne représentaient que 2 % des décès causés par les frappes de drones ».

    Deux pour cent. Vraiment, le Pentagone ? Vous avez eu 2 au test ? Mais on a cinq points rien que pour avoir bien épelé son nom.

    Mais ces 70.000 bombes larguées par Bush – c’était de la gnognotte. DeGraw à nouveau : « Obama a largué 100.000 bombes dans sept pays. Il a battu Bush de 30.000 bombes et 2 pays. »

    Il faut admettre que c’est effroyablement impressionnant. Cela place Obama dans le club très élitiste des lauréats du prix Nobel de la paix qui ont tué autant de civils innocents. Les rencontres se font uniquement entre lui et Henry Kissinger [l’autre politique américain prix Nobel de la Paix : NdT] portant de petits badges dessinés à la main et grignotant des œufs mimosa.

    Cependant, nous savons maintenant que le gouvernement de Donald Trump fait rougir de honte tous les présidents précédents. Les chiffres du Pentagone montrent qu’au cours des huit années de George W. Bush, il a largué en moyenne 24 bombes par jour, soit 8 750 par an. Au cours du mandat de M. Obama, ses militaires ont largué 34 bombes par jour, soit 12 500 par an. Au cours de la première année de mandat de Trump, il a largué en moyenne 121 bombes par jour, pour un total annuel de 44 096 bombes.

    L’armée de Trump a largué 44.000 bombes au cours de sa première année au pouvoir.

    Il a permis au Pentagone de ne plus prendre de gants, et enlevé la laisse d’un chien déjà enragé. Le résultat final est une armée qui se comporte comme un Lil Wayne croisé avec Conor McGregor. Vous regardez ailleurs pendant une minute, vous vous retournez et vous dites quelque chose comme : « Qu’est-ce que vous venez de faire, bordel ? J’étais parti une seconde, quoi ! »

    Sous Trump, cinq bombes sont larguées par heure – chaque heure de chaque jour. Ça fait en moyenne une bombe toutes les 12 minutes.

    Et qu’est-ce qui est le plus révoltant – la quantité folle de morts et de destructions que nous semons dans le monde entier, ou le fait que les grands médias, en fait, n’en parlent JAMAIS ? Ils parlent des défauts de Trump. Ils disent que c’est un idiot raciste à grosse tête et égocentrique (ce qui est tout à fait exact), mais ils ne critiquent pas le perpétuel massacre à la Amityville que nos militaires perpétuent en larguant une bombe toutes les 12 minutes, la plupart d’entre elles tuant 98 % de personnes non ciblées.

    Quand on a un ministère de la guerre dont le budget n’a aucun compte à rendre – comme nous l’avons vu avec les 21 billions de dollars – et qu’on a un président qui n’a que faire de surveiller le nombre de morts causés par le ministère de la guerre, alors on finit par larguer tellement de bombes que le Pentagone a signalé que nous sommes à court de bombes.

    Oh, mon Dieu. Si nous n’avons plus de bombes, comment allons-nous empêcher tous ces civils innocents de… cultiver leurs terres ? Pensez à toutes les chèvres qui seront autorisées à vaquer à leurs occupations.

    Et, comme pour les 21 billions de dollars, le leitmotiv semble être « on ne sait pas ».

    Le journaliste Witney Webb a écrit en février : « Chose choquante, plus de 80 pour cent des personnes tuées n’ont jamais été identifiées et les documents de la C.I.A. elle-même ont montré qu’ils ne savent même pas qui ils tuent – évitant ainsi la question du signalement des morts civiles en désignant tous ceux qui se trouvent dans la zone de frappe comme combattants ennemis. »

    C’est ça. Nous ne tuons que les combattants ennemis.

    Comment savons-nous que ce sont des combattants ennemis ?

    Parce qu’ils étaient dans notre zone de frappe.

    Comment savions-nous que c’était une zone de frappe ?

    Parce qu’il y avait des combattants ennemis.

    Comment avons-nous découvert qu’il s’agissait de combattants ennemis ?

    Parce qu’ils étaient dans la zone de frappe…

    Tu veux que je continue, ou tu saisis ? J’ai toute la journée.

    Il ne s’agit pas de Trump, même si c’est un maniaque. Il ne s’agit pas d’Obama, même si c’est un criminel de guerre. Il ne s’agit pas de Bush, même s’il a l’intelligence du chou bouilli. (Ça fait à peu près huit ans que je n’ai pas fait une blague sur Bush. Ça m’a fait du bien. Peut-être que je m’y remettrai.)

    Il s’agit d’un complexe militaro-industriel incontrôlable que notre élite dirigeante est plus qu’heureuse de laisser échapper. Presque personne au Congrès ou à la présidence n’essaie de maîtriser nos 121 bombes par jour. Presque personne dans un média grand public n’essaie d’amener les gens à s’en préoccuper.

    Récemment, le hashtag #21Trillion [21 billions, NdT] pour l’argent non comptabilisé du Pentagone a remporté un certain succès. lançons-en un autre : #121BombsADay [121 bombes par jour, NdT].

    Une, toutes les 12 minutes.

    Vous savez où ils frappent ? Qui ils tuent ? Pourquoi ? Cent vingt et une bombes par jour déchirent la vie des familles à l’autre bout du monde – en votre nom et en mon nom et au nom du gamin qui distribue des sachets de maïs soufflé de la mauvaise taille au cinéma.

    Nous sommes un pays voyou avec des militaires voyous [1] et une élite dirigeante qui n’a aucun compte à rendre. Le gouvernement et les militaires que vous et moi entretenons en faisant partie de cette société assassinent des gens toutes les 12 minutes, et en réponse, il n’y a rien d’autre qu’un silence sinistre. Il est indigne de nous, en tant que peuple et espèce, de n’accorder à ce sujet que le silence. C’est un crime contre l’humanité.

    Source : Truthdig, 19-06-2018

    Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr.

     

    [1] Dans ce Blog, nous avons souvent qualifié de pays voyous ceux qui ne respectent pas la légalité internationale en bombardant d’autres pays, qui ne leur ont rien fait de mal. Se trouvent dans ce cas : les USA, Israël, la GB et la France. Cela ne veut absolument pas dire que les populations de ces pays sont voyoutes. Cela veut dire simplement que leurs élites dirigeantes sont pourries et perçoivent des gratifications sonnantes et trébuchantes du complexe militaro-industriel et d'autres oligarques (pétroliers), qui ont intérêt à larguer autant de bombes et de Tomahawk que possible. La mort de millions d’innocents (essentiellement musulmans) arabes, noirs, pakistanais ou afghans, c’est tout bénéfice. Du côté de la société civile (civilisée ?) et des grands médias, il n’y a rien d’autre qu’un silence sinistre.

    Hannibal GENSERIC

    https://numidia-liberum.blogspot.com/2018/09/larmee-de-trump-largue-une-bombe-toutes.html#more

     


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  • Il y a un siècle, la victoire et ce qui s’en suivit

     

    Par Christian Darlot − Août 2018

     

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    Le fait politique le plus frappant de cet été 2018 est le silence complet sur l’un des événements les plus importants de l’Histoire de l’Europe : en juillet 1918, l’armée française gagna la guerre. Puisque la propagande qui tient lieu d’information ne cesse de harceler l’esprit par des détails insignifiants et bientôt oubliés, il faut rappeler l’essentiel.

     
    Rivalités mimétiques

    La Grande-Bretagne et l’Allemagne, longtemps alliées contre la France, devinrent
    progressivement concurrentes commerciales après que la Prusse eut fédéré autour d’elle les États allemands. 1.  Pendant le dernier tiers du XIXe siècle, des entrepreneurs hardis développèrent l’industrie allemande, tandis que les maîtres britanniques de la banque choisirent d’étendre leur contrôle financier sur le monde, au moyen d’une monnaie forte mais au détriment de la puissance industrielle. Dès la fin du XIXe siècle, les productions des États-Unis et de l’Allemagne dépassèrent celles de la Grande-Bretagne. Aussi, par analogie avec les anciennes guerres dynastiques, des historiens imaginatifs ont-ils nommé « Guerre de succession d’Angleterre » le conflit aux aspects multiples qui dura pendant trente années de 1914 à 1945. Réducteur, mais bien pensé.

    À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, le moteur à explosion commença à supplanter la machine à vapeur, et donc l’essence à remplacer le charbon. Au début du XXe siècle, l’État allemand entreprit de développer une marine de guerre, et des firmes allemandes commencèrent à construire le chemin de fer de Bagdad pour fournir l’Allemagne en pétrole du Proche Orient et lui ouvrir l’accès au Golfe Persique. Les voies de communication vers l’Asie risquaient d’échapper  au contrôle maritime britannique. Inquiets, les financiers de Londres et les politiciens à leur service voulurent contrecarrer ces développements, mais, n’ayant d’autre armée que des troupes coloniales insuffisantes pour affronter l’armée allemande, ils cherchèrent un allié sur le continent. Ils pensèrent, bien sûr, à la France, opposée à l’Allemagne par l’irréductible contentieux sur l’Alsace-Lorraine, hérité de Napoléon III – dernier exemplaire en date d’une longue série de crétins couronnés. Malgré des siècles de conflits entre la Grande-Bretagne et la France, cette alliance ne présentait pas de risque pour la Cité, car, depuis la suite de défaites de 1713, 1763 et 1815, dues aux politiques irréalistes de souverains chimériques, les possédants français, craignant plus le peuple qu’un pouvoir étranger, s’efforçaient d’imiter le régime politique anglais afin de maintenir leur domination sociale. Mandaté par les dirigeants britanniques, le roi Édouard VII, habitué de longue date à se procurer à Paris de la chair féminine, vint officiellement s’y fournir en chair masculine. En chair à canon.

    Tâche difficile car, dans l’opinion publique française, le pouvoir britannique suscitait horreur et réprobation. Sa réputation avait sombré au fond d’un abysse. De l’or ayant été trouvé de 1873 à 1887 sur le territoire des républiques indépendantes boers, Transvaal et Orange, l’armée britannique avait été envoyée les soumettre aux financiers, sous prétexte de défendre les droits des immigrants britanniques. 2. Se heurtant à forte résistance, le commandement britannique avait décidé en 1901 de faire plier les combattants boers en coupant leur ravitaillement. Réunissant pour la première fois les potentialités du chemin de fer et du barbelé, il avait inventé les camps de concentration, promis à un bel avenir, où avaient été regroupés les femmes, enfants, vieillards chassés de leurs fermes détruites. Quiconque avait parmi ses proches un combattant de l’armée boer recevait demi-ration. Cette sous-alimentation délibérée avait causé en peu de mois une mortalité atteignant dans quelques camps jusqu’à un tiers environ. 3. Plusieurs dizaines de milliers de civils non combattants moururent ainsi de malnutrition. Le régime imposé aux Africains noirs était un peu moins sévère, car leur influence politique était faible. Comme prévu, les combattants, privés de ravitaillement et angoissés pour les leurs, avaient déposé les armes afin que les survivants ne périssent pas. Les noms de Lord Kitchener et Lord Milner restent attachés à cette initiative novatrice et efficace… Sûrs de leur vocation à diriger le monde et convaincus par ce succès du bien-fondé de leur méthode, les dirigeants britanniques n’avaient cure de la vague d’indignation déclenchée à travers l’Europe, qui bien sûr retomba bientôt, comme toute vague. 4.

    Les gouvernants français, rompus depuis un siècle à céder pour se concilier leurs
    suzerains britanniques, ne s’attardèrent pas à critiquer ces pratiques viriles, et conclurent l’entente proposée. C’est la perte de l’Alsace-Lorraine qui contraignait la France à s’aventurer vers une guerre générale ; sans cela, l’intérêt national eût été de laisser les deux monstres s’entre-dévorer. Les dirigeants britanniques continuèrent les manœuvres diplomatiques, et, complétant l’alliance franco-russe, réussirent un rapprochement avec la Russie, dont pourtant le régime autoritaire et antisémite répugnait à l’opinion publique britannique. L’encerclement de l’Allemagne se resserra ainsi peu à peu, d’autant plus facilement que la rigidité d’esprit des dirigeants allemands, l’orgueil et l’expansionnisme pangermanistes, renforcés par l’unification d’un pays qui avait cruellement souffert de siècles de divisions, suscitaient, parmi ses voisins, la méfiance, voire l’hostilité. Les tensions internationales croissantes restaient toutefois assez disparates pour que la paix se maintînt. En une ère de progrès technique et de confiance rationaliste, la guerre paraissait un archaïsme que la diplomatie pouvait surmonter. En 1913, le « concert des puissances » avait réussi à juguler les atroces guerres balkaniques, et les risques de guerre générale paraissaient s’estomper.

    La guerre…

    Mais en juin 1914, l’attentat de Sarajevo déclencha une dynamique politique nouvelle. En quelques semaines, les champs de tensions s’orientèrent  parallèlement, puis se resserrèrent, et un clivage sépara deux blocs de pays. L’éclatement de la guerre suscita des sentiments contraires de fatalité et de surprise. Comme souvent, les oppositions structurelles ne causèrent pas la crise mais en orientèrent l’évolution. Et, fait déterminant, les ambitions des oligarchies
    industrielles et surtout bancaires transformèrent une crise diplomatique en guerre ouverte.

    Les deux camps aux prises en 1914 regroupaient chacun une coalition hétéroclite
    d’États traditionnellement opposés. D’un côté la France et la Grande-Bretagne restées en guerre presque permanente pendant huit siècles ; la Russie tsariste et la France républicaine, ainsi que la Grande-Bretagne libérale et la Russie autoritaire, deux puissances en rivalité dans toute l’Asie. De l’autre côté, les Allemands et les Autrichiens, longtemps rivaux pour la suprématie en Allemagne ; les Hongrois et les Bulgares, alliés aux Turcs dont ils avaient repoussé les agressions ou subi l’occupation pendant cinq siècles. Bien évidemment, ces regroupements n’étaient pas dus à des passions nationales.

    Au début de la guerre, l’armée française était inférieure à l’armée allemande dans presque tous les domaines : effectifs inférieurs, matériel dépassé, uniformes passéistes, entraînement désuet, tactique hors d’âge, stratégie inexistante. Les seuls domaines où la France dépassait l’Allemagne était l’artillerie de campagne – le fameux 75 surclassait le 77 allemand – et les explosifs à la mélinite. Encore la mélinite avait-elle fait comprendre au commandement français que les capacités de résistance des fortifications françaises seraient très amoindries dès qu’un explosif comparable serait mis au point en Allemagne. Or l’Allemagne était à l’époque le pays de loin le plus novateur en chimie. Conscients de l’impréparation de l’armée, les dirigeants français nommèrent à sa tête l’ingénieur Joffre, qui avait combattu lors d’expéditions coloniales, mais avait ainsi appris à improviser plutôt qu’il n’avait acquis une expérience militaire utile face à une armée moderne. Choisi pour son obédience politique (comme hélas bien d’autres généraux) et ses compétences logistiques, chargé de rattraper le retard en artillerie lourde, ce technicien n’aurait dû laisser de souvenir que dans les archives du ministère, mais la crise européenne le promut grand chef de guerre, pour le plus grand malheur des soldats.

    L’évolution des techniques guerrières, mitrailleuses, barbelés, artillerie lourde, rendait à cette époque de l’Histoire la défensive beaucoup plus efficace que l’offensive. En outre, l’infériorité de l’armée française par rapport à l’armée allemande la condamnait à la défensive et à la contre-attaque. Mais des chefs, impatients de cette contrainte, voulurent hâter la victoire par l’offensive et leur faction l’emporta en 1910. Dès le début de la guerre, le choix intempestif de l’offensive mena à des défaites, et entraîna d’emblée l’invasion du territoire national. 5.

    Dès lors les chefs militaires firent face à un dilemme : rester sur la défensive en concédant à l’ennemi le territoire conquis qu’il utiliserait comme gage lors des négociations de paix, ou tenter de reprendre ce territoire au risque de subir de nouvelles défaites et d’aggraver les pertes. Les débats sur la défensive ou l’offensive opposèrent pendant toute la guerre des factions de généraux, Lanrezac/Joffre, Lyautey/Nivelle,  Pétain/Foch, et déterminèrent les décisions des dirigeants politiques. Au-delà des mesquineries de chefs, la portée de ce choix était dramatique puisque toute grande attaque mal préparée, ou toute défense mal organisée, coûtait la vie à des dizaines de milliers d’hommes, comme les désastres du Chemin des Dames le prouvèrent par deux fois.

    Pendant ces sanglantes péripéties, relatées dans d’innombrables livres, l’armée
    allemande garda l’initiative et l’armée française ne put que réagir. Jusqu’en juillet 1918, des centaines de milliers de Français furent sacrifiés dans des actions offensives qui n’avaient pas la moindre chance de réussir, et ne permirent même que rarement des diversions efficaces, utiles pour aider des alliés. Seules les actions défensives furent pour les Français des succès, mais parfois payés à un prix insensé. Ainsi, à Verdun, la défense avait été dégarnie pour préparer l’offensive de la Somme, et malgré plusieurs mises en garde du commandement local et d’officiers en inspection, le haut commandement fut surpris par l’attaque allemande, et sa réplique fut d’abord d’opposer des poitrines et des mitrailleuses à une pluie incessante d’obus.

    Dans l’ensemble, du côté français, cette guerre fut très mal menée par des chefs irréalistes dont bon nombre considéraient les hommes presque comme des outils de guerre. Cette mentalité fut heureusement contrebalancée par le développement d’une puissante industrie de guerre, impulsée par le gouvernement et par des industriels et ingénieurs civils, et servie par des ouvriers rappelés du front, par des hommes venus des colonies, ainsi que par un grand nombre de femmes qui affrontèrent de difficiles conditions de travail. 6

    Un million de soldats et marins de l’empire britannique furent tués ou blessés, et sont encore solennellement honorés par les Anglo-Saxons, qui continuent à valoriser la notion de « bonne guerre ». Ce nombre accablant est dû aux erreurs du commandement britannique dont les notions tactiques retardaient encore plus que celles des Français. Ces fautes furent en partie suppléées par la traditionnelle discipline nationale, soutenue par la sévérité du châtiment à la moindre faiblesse. La marine prit une grande part à la guerre, et le blocus britannique des ports allemands était si efficace que la famine sévit dans des villes des empires centraux.

    Quant aux industriels et banquiers étasuniens, ils fournirent longtemps les deux camps en matières premières, matériels de transport et crédits, et prolongèrent ainsi un conflit dont ils tiraient de grands bénéfices. Les livraisons pour l’Allemagne passaient par des ports neutres, surtout néerlandais, et des livraisons pour les Alliés passaient parfois en contrebande, comme dans le fameux cargo Lusitania. Lorsqu’en 1917 les États-Unis se rangèrent aux côtés de l’Entente, des esprits caustiques dirent qu’ils soutenaient leurs débiteurs encore solvables. À court de trésorerie, le gouvernement britannique recourut aux plus opulents banquiers de Londres et de New-York, et, pour obtenir des crédits, endossa la Déclaration Balfour. Cette simple lettre rédigée par Lord Milner et envoyée par Lord Balfour à Lord Rothschild, eut des conséquences immenses, puisqu’elle aida, certes, à la victoire des Alliés, mais exacerba l’antisémitisme en Allemagne et causa les conflits qui dévastent à présent le Proche-Orient. Pour achever de peindre à grands traits un tableau bien connu, il faut souligner le courage des armées russes et la ténacité des armées allemandes face aux forces coalisées de leurs adversaires.

    En mars 1918, le gouvernement bolchevique conclut avec le gouvernement impérial allemand le traité de Brest-Litovsk, par lequel l’Allemagne mit la main sur d’immenses territoires russes et polonais, dont la mise en coupe permettrait de résoudre ses difficultés d’approvisionnement. L’État-major allemand ne laissa sur place que des troupes d’occupation, et envoya vers l’Ouest les forces combattantes, environ un million d’hommes. La possibilité se présentait enfin d’écraser les adversaires britanniques et français avant que les renforts étasuniens ne deviennent opérationnels, et d’obtenir une paix, certes pas triomphale comme l’eût permise une victoire dès 1914, mais encore avantageuse. Restait à décider des moyens.

    Pour Ludendorff et son entourage, les chars n’étaient pas des armes efficaces. 7. Cette opinion leur venait de l’échec des « cuirassés terrestres » de 1916-1917, les chars français Saint-Chamond et Schneider, et surtout les chars britanniques. Les ingénieurs britanniques avaient imaginé de très grands chars, pouvant contenir jusqu’à une vingtaine d’hommes, dont les moteurs ne pouvaient donc être que sous-dimensionnés. Pour tenter d’alléger ces engins lourds et lents, le choix avait été fait de ne pas les cloisonner. Les malheureux soldats qui y étaient enfermés subissaient le bruit du moteur, les vapeurs d’huile, une partie des gaz d’échappement, la chaleur, et la résonance abrutissante des coups de feu de tout l’équipage. L’arrivée de l’obus allemand les délivrait de cet enfer. Pour l’aviation allemande, repérer ces grosses cibles et les signaler à l’artillerie étaient tâches de routine.

    Pensant les chars inefficaces, l’État-major allemand décida de tirer parti des aptitudes guerrières de son peuple et de hausser des divisions entières au niveau d’efficacité combattante des petites unités qui avaient remporté des victoires dans les pays baltes. Il généralisa donc la nouvelle tactique d’infiltration. Des escouades de neufs hommes apprirent à pénétrer dans les lignes adverses, à contourner les lieux de forte résistance et à s’acharner contre les points faibles. Par cette « tactique de l’ouvre-boîte », une percée locale permettait de prendre à revers les tranchées ennemies. C’est une des pratiques guerrières que les armées modernes maîtrisent.

    Depuis l’échec de l’offensive du Chemin des Dames en avril 1917, l’État-major français ne pouvait que rester sur la défensive, et les gouvernants politiques eurent la sagesse de nommer à sa tête le général Pétain, ancien colonel d’infanterie, connu comme temporisateur. Sitôt nommé, il donna l’ordre d’organiser la défense en profondeur, en trois lignes éloignées de plusieurs kilomètres. En avant, des nids de mitrailleuses devaient retarder l’ennemi. Les soldats s’y remplaçaient par rotation, sachant bien que ceux que le hasard ferait s’y trouver le jour de l’attaque ennemie n’auraient qu’à combattre jusqu’à la mort. Ce qu’ils firent le jour venu.

    En mars 1918, l’attaque allemande balaya les premières lignes britanniques et
    françaises. En quelques jours, les armées britanniques furent mises  pratiquement hors de combat, et les armées françaises durement éprouvées. En quelques secteurs où le dispositif resserré propice à l’attaque avait été maintenu, toutes les lignes de défense furent anéanties en quelques heures. 8. Mais, partout où la défense en profondeur avait été mise en œuvre, les vagues  d’assaillants s’épuisèrent l’une après l’autre contre les lignes échelonnées.

    L’État-major allemand, pour tromper l’ennemi, faisait faire des travaux de départ d’attaque en deux lieux différents et, pensant bien que ses messages codés seraient interceptés, entretenait l’incertitude en donnant les mêmes ordres à deux armées. Le 1er juin, un changement de code empêcha l’État-major français de connaître l’axe de l’attaque allemande attendue. Ne pouvant défendre deux voies d’invasion à la fois, les chefs français hésitaient où placer les troupes. Geoges Painvain, ingénieur, officier cryptologue, et une équipe de déchiffreurs, se concentrèrent sur ce nouveau code et le cassèrent en deux jours. Les heures comptent en un tel cas. Ils déchiffrèrent ainsi un message décisif de l’État-major allemand à l’une des armées : « Hâter l’approvisionnement en munitions même pendant le jour tant que l’on n’est pas vu. » Ces mots prouvaient la hâte, et la radio-goniométrie indiqua l’emplacement de l’armée allemande destinataire. Les chefs français surent où placer les troupes de renfort, et l’attaque du 9 juin fut repoussée. Ce message fut nommé le radiogramme de la victoire. Admettons même que l’affaire ait été un peu romancée : qui s’en souvient à présent ?

    Comme maints grands capitaines avant eux, et comme quelques autres après, les chefs militaires allemands se laissèrent griser par les succès tactiques. Ils ne surent pas choisir un axe de pénétration vers Paris, et ne se décidèrent pas non plus pour l’autre option possible : chasser les armées britanniques jusqu’aux ports français dont leur approvisionnement dépendait. Ils dispersèrent leurs forces. L’offensive s’enlisa.

    À la fin de juin 1918, l’ampleur des pertes contraignit l’État-major allemand à renoncer. Comme souvent, le bilan précis est discuté mais l’ordre de grandeur connu : de mars à juin 1918, en quatre mois, ce sont 900 000 Allemands que l’État-major allemand envoya au tapis. Soit, pour fixer les idées, l’équivalent de 100 000 de ces fameuses escouades bien entraînées. Bien entendu tous n’étaient pas morts, mais blessés, estropiés, mutilés, aveuglés, gazés. Enfoncé Napoléon, qui ne fit périr en Russie que 400 000 hommes de sa propre armée !

    Pendant ces événements, les usines Renault fabriquèrent en série un millier d’exemplaires du char connu sous le nom de FT17. Tirant les leçons de l’échec des grands chars, les ingénieurs avaient choisi des principes opposés. Les nouveaux chars étaient petits, peu coûteux, nombreux, légers et donc correctement motorisés, par conséquent mobiles, assez rapides et ainsi aptes à échapper aux canons adverses. Une cloison séparait le moteur de l’équipage. Une tourelle permettait de tirer vers toutes les directions. Deux hommes d’équipage seulement : un chef de char tireur et un conducteur. Tous les chars du monde dérivent du FT17. 9

    Pendant presque toute la guerre, l’efficacité des armes de défense fit que la tactique contraignit la stratégie. L’offensive d’infanterie ne causa que des massacres inutiles. Les escouades d’assaut allemandes, comme les essaims de chars français, furent des tentatives pour surmonter le blocage tactique, afin de restaurer l’efficacité de la stratégie. En juin encore, la défensive s’imposait et les dispositifs d’attaque resserrés conduisirent à des désastres. Mais en juillet, la mise en service de petits chars permit à nouveau d’articuler la tactique et la stratégie. Ayant enfin son instrument, l’offensive devint efficace : l’audace de Foch, soutenue par la détermination de Clémenceau, devint préférable à la prudence de Pétain. Le 18 juillet 1918, les groupes de chars dissimulés dans la forêt de Villers-Cotterêts attaquèrent par surprise les troupes allemandes et commencèrent l’offensive qui s’acheva le 11 novembre. 10

    Pétain disait : « J’attends les chars et les Américains ». Les chars vinrent et apportèrent la victoire. Les Étasuniens vinrent et apportèrent surtout le réconfort moral. En effet, le gouvernement étasunien voulait organiser une armée nationale autonome et exigea inflexiblement qu’elle passe tout le premier semestre 1918 à s’entraîner. Des instructeurs français et britanniques familiarisèrent les soldats aux conditions de la guerre. Tout le matériel
    militaire, armes et équipement – hormis les vêtements et les tentes – fut fourni par l’industrie française. Aussi en 1918 les Étasuniens combattirent-ils à peine. Les principaux combats furent ceux du Bois de Belleau et de Saint Mihiel, livrés quand la victoire était déjà certaine. Faute d’expérience, l’attaque de Saint-Mihiel donna lieu au plus gigantesque embouteillage de l’histoire militaire, tel que, si l’armée allemande eût encore été en état de combattre, elle aurait pu, en quelques salves d’artillerie, tuer des milliers d’hommes. L’intervention des États-Unis fut toutefois décisive, car, pour le commandement allemand, la certitude que les armées ennemies recevraient des renforts devint, après juin 1918, la certitude de perdre.

    Les pertes étasuniennes furent faibles – mais bien entendu, pour chacun, la mort est toujours le désastre ultime. La plupart des morts succombèrent à la grippe dite « espagnole » parce que l’Espagne neutre ne pratiquait pas la censure militaire et ne cacha pas la virulence calamiteuse de cette épidémie qui tua certains jours plus que le front. Or des études génétiques récentes ont
    montré que cette grippe avait été apportée par les troupes étasuniennes. Son nom devrait être « grippe western ». Comme en Asie à présent, l’élevage dans les mêmes fermes de canards et de cochons favorisa les réorganisations génétiques. Affaiblies par les restrictions, les populations européennes étaient très vulnérables.

    Rappeler les faits, pour rétablir la réalité dans l’esprit de nos contemporains, n’est pas diminuer les mérites des uns ou des autres ; ce n’est pas déterrer la hache de guerre avec nos voisins Allemands, ni manifester de la rancœur à l’encontre des Anglo-Saxons. Le mort ne saisit pas le vif. Ni collectivement ni individuellement, les hommes ne portent la charge des actes de leurs ancêtres. Mais les tempéraments nationaux se transmettent de génération en génération, et ne changent que lentement. Sachons-le et gardons-le en mémoire.

    Quelles leçons tirer de ces événements ?

    Tout d’abord, c’est l’armée française qui étala l’ultime offensive ennemie, la brisa, puis contre-attaqua et détruisit l’armée allemande en 1918, de même que c’est l’armée soviétique qui, entre 1941 et 1943, encaissa le choc de l’armée allemande, puis la cassa. En 1918, la France surclassa l’Allemagne par la technique, l’industrie, la tactique, la stratégie et la diplomatie. Ce n’est pas dire que l’action des Alliés ait été inutile, et ce n’est pas les rabaisser que de constater les faits : 1918 fut la victoire de la France ; 1945 la victoire de la Russie.

    Ensuite, les moyens et les actes doivent, bien sûr, être adaptés aux circonstances, et la difficulté est d’évaluer la réalité avec justesse. Peu d’esprits trouvent la lucidité, la flexibilité et l’audace nécessaires pour s’adapter vite. Après la guerre, les esprits restèrent hantés par les souvenirs horribles des attaques d’infanterie inutiles bien plus que par ceux des attaques de char victorieuses. C’est pour avoir figé leur pensée sur la défensive que les chefs de l’armée française coulèrent les ressources de la France dans le béton de la ligne Maginot. 11

    … et ce qui s’en suivit

    Le traité de Versailles passe en France pour un monument d’injustice, une provocation expliquant l’agressivité nazie. Certes, exclure des pourparlers de paix la principale puissance vaincue fut une décision exorbitante du droit international. Refuser qu’un pays puisse défendre diplomatiquement ses intérêts, le contraindre à souscrire à un traité sans qu’il ait pu en discuter les clauses, était injuste et humiliant. C’était d’emblée rendre le traité odieux au peuple allemand. Mais après que l’Allemagne eut pris l’initiative d’armes nouvelles comme les gaz ou le lance-flamme, et décidé le torpillage des navires neutres sans sommation, ses dirigeants, même renouvelés, avaient peu de crédit. Et en faits d’exigences léonines, leurs prédécesseurs avaient fait bien pis par les traités de Bucarest et Brest-Litovsk, imposés aux gouvernants de la Roumanie et de la Russie. En outre, le traité de Versailles comprenait des clauses de révision, dont plusieurs furent plus tard appliquées au bénéfice de l’Allemagne.

    Les gouvernants des pays vainqueurs feignaient la puissance, mais le plus souvent entérinèrent la situation sur le terrain, faute de moyens de l’infléchir. Ainsi Clemenceau fut accusé d’avoir détruit l’empire d’Autriche-Hongrie par anticléricalisme. Mais cet empire s’était dissout tout seul et nulle volonté humaine n’aurait pu le reconstituer. De même, la Chine et le Japon s’étant rangés parmi les pays alliés, les intellectuels et les étudiants chinois se révoltèrent en apprenant que les concessions territoriales allemandes en Chine – dont la ville de Qing-tao célèbre pour sa brasserie – seraient transmises au Japon plutôt que rendues à la Chine. Mais l’armée japonaise était sur place. Comment convaincre le gouvernement japonais de la retirer ?

    Pour la France, la principale conséquence de la Première Guerre mondiale fut d’achever de la subordonner aux puissances anglo-saxonnes. En effet, jusqu’à 1914, le franc français « germinal » valait son pesant d’or, n’ayant pas subi de dévaluation depuis sa création, au point que des contrats internationaux précisaient que le paiement « aurait lieu en or, c’est-à-dire en francs français payables à Paris ». La contrepartie d’une parité stable était un manque d’investissements réels en France, les épargnants français étant moins incités par les banques à développer l’économie nationale qu’à acheter des titres étrangers (les fameux emprunts russes, mais pas seulement ceux-là). Or l’or de la France avait été en grande partie dépensé pour acheter des matières premières nécessaires à l’industrie de guerre, et des dettes avaient été contractées envers les banques des États-Unis. Le désinvestissement financier était massif.

    Les régions occupées avaient été systématiquement dévastées par l’armée allemande en retraite et devaient être entièrement reconstruites. Les réparations, autres clauses à présent mal comprises du Traité de Versailles, ne visaient donc pas à ruiner l’Allemagne mais à appliquer un principe de droit civil : qui casse paie, ce que formulent juridiquement les fameux articles 1382 sq. du Code Civil 12. Logique selon une vision comptable, cette décision était impolitique. Les noms de Keynes et de Bainville sont attachés à la critique des conséquences économiques et politiques de ces clauses irréalistes. Mais ce que la plupart des Français ignorent, c’est qu’elles ne furent que très peu appliquées. Passée la brève et inefficace occupation du bassin industriel de la Ruhr, l’impasse politique conduisit aux plans Dawes et Young.

    Ces plans de rééchelonnement de dettes, généralement méconnus, eurent au moins autant d’importance que le traité de Versailles. L’Allemagne avait pendant la guerre transféré la plupart de son or aux États-Unis – qui jusqu’en 1916 fournissaient en matières premières tous les belligérants – et se trouvait insolvable. La France était encore solvable et les banquiers étasuniens exigèrent d’abord le paiement intégral des dettes, puis se contentèrent des créances de la France sur l’Allemagne. La part irrécouvrable de la dette allemande fut effacée. La Banque des règlements internationaux, à Bâle, fut fondée pour faciliter les paiements et compensations, mais devint bientôt – et est restée depuis – le centre de coordination des financiers, agissant pour placer peu à peu les gouvernements de tous les pays sous leur coupe. La France ne reçut finalement que le cinquième des réparations versées, et les dernières annuités furent payées par l’Allemagne aux banques étasuniennes dans les années 1990… Ruinée financièrement, diminuée par la mort d’une grande part de sa jeunesse paysanne, scientifique, littéraire, administrative, et contrainte de reconstruire les régions jadis les plus productives, la France dut se soumettre à la tutelle économique et politique des pays anglo-saxons. Pendant quinze ans, ces puissances s’efforcèrent d’abaisser la France et de relever l’Allemagne dans le but de la lancer un jour contre la Russie soviétique. Ce n’est qu’en 1935 que les plus lucides de leurs dirigeants comprirent qu’ils sapaient ainsi leur bastion continental, la France.

    Comme classiquement en Histoire, le pays bénéficiaire des deux manches du conflit mondial fut le pays marginal, loin des champs de bataille, les États-Unis d’Amérique. Après 1945, la reconstruction de l’Europe occidentale, extraordinaire de rapidité et d’efficacité, se fit sous leur direction, relayée par un personnel politique acquis à leurs vues. Depuis, la France n’a échappé à la sujétion aux puissances anglo-saxonnes que pendant la brève ère gaullienne, entre la fin des troubles de la décolonisation et ceux de 1968, et ce fut pour retomber sous la coupe de ses maîtres dès les règnes de Giscard et plus encore de Mitterrand. Mus par leur tropisme anglophile et germanophile, éblouis par l’idéologie libre-échangiste et mondialiste, ces atlantistes décidés, et leurs cours de marquis corrompus, ont conclu des traités de capitulation et sournoisement mis fin à l’indépendance du pays. Depuis 2005, les petits proconsuls que l’oligarchie mondiale a placés tour à tour à la tête de la France n’ont d’autre mission que d’achever de détruire son tissu économique et social, afin de faire d’elle une province d’un empire transatlantique, sous la houlette régionale de l’Allemagne.

    En effet, maintes compagnies financières mondiales sont les mêmes qu’il y a un siècle ; quelques noms ont changé, et les plus grosses ont avalé des petites. Par la convergence des intérêts, la cooptation de têtes pensantes sélectionnées et le formatage des esprits, les oligarchies persistent au fil des générations, en se renouvelant et adaptant leurs actions aux innovations techniques et aux changements politiques. Surtout issues des sociétés anglo-saxonnes et israélienne, elles tirent profit du réseau des pays anglo-saxons et des institutions internationales créées selon leurs intérêts : BRI, FMI, BM, OMC, OTAN, UE. Les dominants du début du XXIe siècle sont ainsi les successeurs de ceux qui au début du XXe envenimèrent une crise locale en une guerre mondiale dont ils tirèrent d’immenses profits. Leurs desseins de domination mondiale n’ont pas changé. Organisant les migrations pour déstructurer les sociétés, recourant sans cesse à la force, ils sont prêts à prendre des risques… pour les autres.

    Un siècle après la victoire de 1918, la France, dépouillée de sa souveraineté,
    désindustrialisée, chargée de dettes infondées, a perdu une grande guerre économique et politique menée au moyen du libre-échange et par le truchement de l’Union européenne. La perte de savoir-faire et la déculturation menacent son avenir même. Elle est à présent entraînée dans les guerres impérialistes israélo-anglo-saxonnes, désastreuses et contraires à sa tradition. Ayant abdiqué toute fierté, ses classes dominantes se sont rangées par intérêt du côté adverse
    dans le conflit imposé au pays. Encore en retard d’une guerre, matraquées par la propagande et accablées d’impôts, les classes moyennes, par crainte des guerres entre puissances que la bombe atomique ne rend pourtant plus possibles, ont suivi les dominants dans la capitulation. Privé d’influence sur son sort, privé de travail, le peuple est appauvri chaque année davantage. À l’union sacrée a succédé la fragmentation d’une société divisée en classes indifférentes les
    unes aux autres, et même en ethnies séparées, voire localement hostiles. Il y a un siècle, les États avaient encore une marge de manœuvre, et la tactique contraignait la stratégie, tandis qu’à présent c’est la stratégie des oligarchies qui contraint la fonction des États, les rapports sociaux, et jusqu’aux comportements des familles et des personnes. Se libérer par l’action collective à la base sera donc très difficile, mais il est grand temps que les peuples inventent les moyens de reconquérir leur liberté, aussi menacée à présent qu’elle l’était il y a un siècle.

    Christian Darlot

    Christian Darlot est chercheur au CNRS en neurosciences et affecté à un laboratoire de l’INSERM.

    Notes

     
    1.  Les traités de 1814 et 1815 attribuèrent la région de la Ruhr à la Prusse. Par une coïncidence politique et géologique imprévisible, le royaume le plus militariste d’Europe disposa ainsi de très grands gisements de charbon et de fer contigus. Il en fit ce qu’il savait faire : des canons.
    2.  Pur impérialisme, déjà drapé dans le prétexte des Droits de l’Homme
    3.  Cette extermination des faibles par la faim, dans la tradition britannique du massacre des Amérindiens et de la Grande Famine d’Irlande, fut assumée par Lord Kitchener. Dans le langage convenu du Grand Larousse du XXe siècle, le but de ces crimes de masse était de « lasser l’adversaire par des rigueurs excessives ».
    4. Des traces de cette indignation subsistent dans des noms de rues de maintes villes de France: « rue du Transvaal », « rue des Boers ». Mais l’apartheid des années 1950-1990 a depuis effacé le souvenir de ces événements
    5. À la gauche (Ouest) du dispositif français, la cinquième armée, menacée d’encerclement par les armées allemandes qui avaient envahi la Belgique, dut son salut à la lucidité de son chef, le général Lanrezac, réputé le meilleur stratège français. Malgré une victoire tactique à Guise, il ordonna, pour éviter l’enveloppement, une retraite qui dura deux semaines et ne s’arrêta qu’à la Marne. L’État-major français, dont les ordres irréalistes avaient failli faire tout perdre, récompensa Lanrezac en le privant de commandement. Deux années plus tard, lorsque – Joffre parti – un autre  commandement lui fut proposé, il déclina en arguant que sa réputation avait été trop entachée par des calomnies pour que son nom inspire confiance aux soldats. Après la guerre, il fut élevé à la dignité de Grand-Croix de la Légion d’Honneur, ce qui ne remplace pas un commandement ni un maréchalat
    6. Les régions industrielles du Nord et de l’Est ayant été envahies, il fallut développer pendant la guerre la métallurgie de Saint-Étienne et Caen, et convertir les usines de mécanique des grandes villes.
    7. Néanmoins, une vingtaine d’exemplaires d’un char allemand furent construits : énorme cloporte instable, trop ras-du-sol pour se déplacer sur terrain accidenté, il fut inefficace. Les Allemands utilisèrent quelques chars britanniques de prise, mais trop peu pour les employer systématiquement en appui d’infanterie.
    8. La déroute la plus grave eut lieu au Chemin des Dames, où le général Duchêne, partisan de l’offensive, sectateur de la « chapelle Foch », avait refusé une organisation en profondeur, arguant que le terrain ne s’y prêtait pas. L’attaque allemande tronçonna d’un seul coup les trois lignes proches, et dispersa les défenseurs. Pis encore, le général s’étant réservé l’ordre de faire sauter les ponts sur l’Aisne, et les communications étant interrompues, les ponts furent saisis intacts par les Allemands. Les pertes humaines côté français furent d’environ 150 000 hommes.
      Ce désastre eut un grand retentissement, et, entre les deux guerres, fut cité par les partisans de la défense. Lors de la guerre suivante, cette faute de commandement d’un partisan de l’offensive entraîna donc l’excès opposé.
    9.   Le nom du général Étienne est attaché à la mise au point et à la mise en œuvre des premiers chars.
    10. Après 1918, la sclérose du commandement français fit oublier les conditions de ce succès, mais elles ne furent pas oubliées du côté allemand. En mai 1940, les chars allemands dissimulés dans la forêt des Ardennes attaquèrent par surprise les troupes françaises et commencèrent l’offensive qui s’acheva à Dunkerque.
    11. La défense statique sur une seule ligne a évidemment les inconvénients d’indiquer à l’ennemi où le combat aura lieu, et, en cas de revers, de laisser les défenseurs déconcertés, sans position de repli ni autre manœuvre prévue.
    12.  Devenu l’article 1240 dans la nouvelle rédaction.

     

    http://lesakerfrancophone.fr/il-y-a-un-siecle-la-victoire-et-ce-qui-sen-suivit

     

     

     


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