• 05 mai 2015

    « En matière de ventes d'arme à des pays dangereux, écrit Pascal Riché,  la France, il est vrai, suit une longue tradition, dans l'indifférence de son opinion.  Parmi ses clients, on a compté des pays qui traversent des conflits comme la Colombie, Israël ou le Tchad. Elle a également vendu des munitions à la Syrie, on sait quel est leur usage aujourd'hui ; elle a vendu des missiles antichars Milan et des réseaux de télécommunication au régime libyen du colonel Kadhafi. Est-on fier de ce qui en a été fait ? Ces marchés militaires nourrissent un système industrialo-militaire opaque, qui repose sur les commissions occultes gigantesques. Des élites corrompues, dans le monde entier, se sont engraissées grâce à ces ventes, dans des pays où la pauvreté est endémique. Comment peut-on se réjouir de participer à un tel système ? » 

    Peut-être, effectivement, faudrait-il engager ce débat-là ! 

    Michel Peyret 


    Vente de Rafale à l'Egypte : les cocoricos déplacés 

    Pascal Riché 

    Par Pascal Riché 

    Publié le 13-02-2015  

    Vendre des avions de guerre à une dictature au Moyen-Orient n'est pas responsable et ne contribuera pas à la stabilité régionale. 

     

    Un avion rafale sur le porte-avions Charles de Gaulle. (Sipa)

    Les cocoricos fusent pour célébrer la prouesse de la société Dassault : enfin le Rafale a trouvé preneur. L’Egypte serait prête à en acheter un bon paquet : 24. "Une autre bonne nouvelle" nous dit Europe 1. On vante partout le "fleuron" (en fait, un énorme fiasco industriel)  qui, "de l'Afghanistan à l'Irak, a fait ses preuves" (dixit "Le Figaro", journal de l'industriel qui produit le "fleuron", Dassault). 

    Des diplomates, de leur côté, tweetent les bienfaits de cette vente pour la stabilité dans la région... oubliant qu'ils condamnaient il y a quelques mois encore les violations répétées des droits de l'homme en Egypte. 

    Eh bien non, cette vente n'est pas une "bonne nouvelle".  

    Le Rafale n'est pas un TGV : c'est un avion de combat, capable de mener simultanément des bombardements et des batailles aériennes. 

    L'Egypte n'est pas une démocratie inspirée des préceptes de Montesquieu ou de Jefferson : c'est un régime autoritaire, dirigé par un militaire, issu d'un coup d'Etat. Le général Sissi n'a de tendre que la consonance de son nom : il n'hésite pas à faire tirer sur des manifestants s'il juge que la "stabilité" est en jeu. 

    Le Moyen-Orient n'est pas la Scandinavie : la France se grandirait à cesser d'alimenter en armes les régions les plus instables. Qui peut dire aujourd'hui ce que sera l'Egypte dans 1 an, 10 ans, 50 ans ? Ces armes n’ont pas de date de péremption... 

    Mais les responsables français (et la plupart des médias) évitent cette discussion-là. En matière de ventes d'arme à des pays dangereux, la France, il est vrai, suit une longue tradition, dans l'indifférence de son opinion.  Parmi ses clients, on a compté des pays qui traversent des conflits comme la Colombie, Israël ou le Tchad. Elle a également vendu des munitions à la Syrie, on sait quel est leur usage aujourd'hui ; elle a vendu des missiles antichars Milan et des réseaux de télécommunication au régime libyen du colonel Kadhafi. Est-on fier de ce qui en a été fait ? 

    Des emplois, mais à quel prix ?

    Ces marchés militaires nourrissent un système industrialo-militaire opaque, qui repose sur les commissions occultes gigantesques. Des élites corrompues, dans le monde entier, se sont engraissées grâce à ces ventes, dans des pays où la pauvreté est endémique. Comment peut-on se réjouir de participer à un tel système ?  

    Mettre un terme à ces ventes d’armes coûterait cher en emplois, c’est certain. Le contrat égyptien en représente 7.000. Et si l'on prend l'ensemble de l'industrie de la défense (165.000 emplois directs et autant d’emplois indirects), c'est probablement plus de 100.000 personnes qui vivent de ces exportations.  

    Mais le système des exportations d’armement n’a pas, sur le plan économique,  que des vertus : que pèse ainsi le contrat égyptien face à l'immense gaspillage qu'a représenté le programme du Rafale, soutenu à bout de bras par l'Etat, et donc le contribuable ? Que la Cour des comptes se plonge enfin dans le dossier Dassault Industrie : elle n'y trouverait pas que des "bonnes nouvelles" pour l'économie ! 

    Ajoutons à cela que ces contrats à l’exportation sont financés par la France, et que ces crédits sont garantis par la Coface. Les fameux Mistral promis aux Russes, s'ils restent bloqués comme c'est le cas aujourd'hui, seront à la charge du contribuable... 

    Ajoutons encore que ces contrats à l'exportation ont toujours des contreparties cachées, qui sont autant de coûts pour la France, que ce soit en termes politiques (pourquoi le gouvernement français a cessé de condamner les violations des droits de l'homme en Egypte ?) ou en termes industriels et de sécurité (qu’a-t-on promis à l’Inde, en terme de transferts de technologie, en échange des 126 Rafale ?). 

    L'argument de l'emploi ne devrait pas nous interdire de penser à une reconversion du secteur. Celle-ci prendra du temps, mais il faut l'engager. Suggérons un premier pas : la France s’interdirait officiellement de vendre des armes à des pays impliqués dans des conflits armés ou dans des violations des droits humains. 

     Pascal Riché 

    Posté par Michel Peyret à 02:42 -

    http://michelpeyret.canalblog.com/archives/2015/05/05/32005009.html

     


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    Yémen: Un cessez-le-feu sur fond d’incertitudes

    Yémen: un cessez-le-feu sur fond d’incertitudes
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    La trêve de cinq jours, déclarée par l’Arabie, est appliqué depuis mardi mais les chasseurs saoudiens s’acharnent toujours contre le Yémen!
     
    Pourtant, le général Ahmed Assiri, porte-parole de la coalition militaire menée par l’Arabie Saoudite avait promis, lors d’un point de presse, le respect de Riyad envers la trêve. La semaine dernière, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubair a indiqué, lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue américain, John Kerry, qu’un cessez-le-feu de cinq jours sera établi au Yémen. Un cessez-le-feu avait été déjà annoncé, par l’Arabie, elle-même, au terme du 27ème jour de l’opération de la « Tempête décisive », sans qu’elle le respecte, aucunement, reprenant les frappes aériennes contre diverses régions du Yémen, les appelant perfidement l’opération du « Retour de l’espoir »!! Mais l’espoir en qui et à quoi ?! Les chasseurs saoudiens ne cessent de viser les zones d’habitation et les infrastructures du Yémen, causant d’innombrables morts, blessés et destructions. Selon les médias yéménites, au moins 40 yéménites ont été tués et plus de 50 autres blessés dans la seule journée de mardi 12 mai, dans les frappes saoudiennes contre Abas à Hajjah dans le nord-ouest du Yémen. Dans cette attaque, la prison de la ville ainsi que des immeubles et maisons d’habitation ont été détruites. Rien de surprenant de la part des Saoudiens qui ne perdent même pas un seul instant pour parvenir à leurs objectifs et opérations inhumaines. N’ont-ils pas bombardé, à peine 24 heures auparavant, aux derniers instants de l’annonce officielle de la trêve, la province d’Omran dans le nord du Yémen, visant les infrastructures, les administrations et les bâtiments gouvernementaux ? Rien n’a évolué après la trêve. La chaîne de télévision Al-Alam a annoncé, citant des sources yéménites, que les avions de combat saoudiens ont bombardé Saada et Hajjah. De même, la chaîne Al-Mayadeen du Liban a rapporté qu’en dépit du black out sur le vol des avions dans le ciel de Sanaa, quatre bombardements ont eu lieu dans les provinces frontalières tandis que l’artillerie continuent à attaquer ces régions. Les sources yéménites annoncent à plus de 3000 le bilan des victimes des raids contre le Yémen. Selon le Haut-Commissariat du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU au moins 182 civils ont été tués, dans l’intervalle du 4 au 10 mai. Les attaques saoudiennes n’ont pas causé seulement le massacre des civils et la destruction des infrastructures, elles ont aussi nuit au patrimoine culturel du Yémen ce qu’a dénoncé mardi la directrice générale de l’Unesco, Irina Gueorguieva Bokova.

     

    Date : mai 13, 2015

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    http://www.fr.muslimpress.com/yemen-un-cessez-le-feu-sur-fond-dincertitudes/

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    La guerre psychologique

    Hassan Nasrallah : scénario catastrophe pour la Syrie et Bachar al-Assad ? (VOSTFR)


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  • Guerre nucléaire : Les Etats-Unis pourraient disparaître totalement, la Russie non.

    Guerre nucléaire : les Etats-Unis pourraient disparaître totalement, la Russie non.

    Un avertissement du Saker original: C’est avec beaucoup d’hésitations que je publie cet article. Mais je pense que son contenu doit être porté à la connaissance des Occidentaux. Je dois vous dire tout de suite mon dégoût à l’idée que la Russie pourrait tout simplement détruire la totalité des États-Unis, que ce soit par des frappes nucléaires classiques, par une frappe sur le super-volcan de Yellowstone ou par le déclenchement d’un tsunami.

    Pendant mes années d’étude aux États-Unis (à Washington DC), j’ai réalisé un grand nombre de simulations d’échanges nucléaires lors d’un cours de planification des forces stratégiques. En mon for intérieur, j’ai toujours pensé que si j’étais le Secrétaire général du PCUS [Parti Communiste d’Union Soviétique, NdT] (c’était l’époque de la Guerre Froide), je n’exercerais pas de représailles semblables à la suite d’une frappe américaine. La Russie disparaîtrait, mais elle laisserait ce cadeau à l’humanité toute entière : la vie. La Russie choisirait de se sacrifier et accepterait d’être détruite, comme les Saints Boris et Gleb [les fils de Vladimir, le premier tsar baptisé de la Rus’ de Kiev], au début de l’Histoire russe, comme les Nouveaux Martyrs de la Russie [persécutés sous l’Union Soviétique], récemment. Sans esprit de représailles, comme le Christ à Gethsemani. Mais j’ai préféré me taire, sachant bien que cette idée n’était guère compatible avec le cours de planification des forces stratégiques…

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    J’en ai parlé avec Eugenia, qui a traduit cet article. Elle m’a répondu : «Je pense pareil. Mais j’imagine que les armes nucléaires ne seront bientôt plus dissuasives… » Elle a tout à fait raison. Les armes nucléaires n’effraient plus suffisamment. N’est-ce pas terrible? Il semble bien que les Anglo-sionistes ont besoin d’être encore plus effrayés, avec des perspectives encore plus horribles. C’est vrai, je préfère montrer des visions cauchemardesques plutôt que de laisser notre civilisation s’embourber dans une guerre nucléaire.

    C’est là où cet article est utile : il pourrait montrer à ceux qui aux États-Unis pensent sérieusement qu’ils peuvent battre la Russie, que la Russie peut tout simplement effacer les États-Unis de la carte du monde, littéralement. N’oubliez pas que les plans résumés ici sont déjà anciens; il n’y a rien de nouveau dans ces lignes. Ils ont été étudiés par le GQG soviétique durant la Guerre Froide et, autant que je sache, refusés parce que trop épouvantables.

    Que fera la Russie, en cas de guerre? Je ne sais pas. Comme vous l’avez sans doute deviné, je suis profondément pacifiste. C’est l’étude de la guerre qui m’a convaincu. Je ne veux pas que la Russie riposte de cette manière. Mais comme j’ai voulu vous faire réfléchir, en publiant cet article, laissez-moi vous le dire : je ne suis pas du tout certain que les gars du Kremlin, du GQG et des Forces stratégiques partagent mon pacifisme. En fait, ils n’ont pas seulement été choisis parce que c’étaient des durs, ils ont en plus régulièrement appuyé sur le bouton rouge (on ne dit jamais aux hommes de permanence si l’alerte nucléaire en cours est un exercice, ou si elle est réelle, donc ils ont réellement tourné la clé un grand nombre de fois!)

    Alors, maintenant, plongez-vous dans votre cauchemar!

    Le Saker original

    ***

    La Russie pourrait avoir une méga-arme asymétrique à l’horizon 2015. Cela exclurait toute possibilité d’une guerre totale contre ce pays, même si l’adversaire jouissait de la supériorité absolue dans tous les systèmes d’armes conventionnels.

    Une nouvelle Guerre Froide a été lancée contre la Russie. Pour être précis, cela ne s’est jamais arrêté. L’Occident tente de consolider ses acquis des précédentes étapes du conflit et veut maintenant conclure.

    Une solution asymétrique

    Comme au milieu du XXe siècle, l’Occident construit un rideau de fer et conduit une politique d’alliances militaires, augmentant la taille des forces de l’Otan et les rapprochant encore des frontières de la Russie. Mais, cette fois, pour les Russes la situation est bien plus mauvaise qu’il y a cinquante ans. La base industrielle a été considérablement réduite; la dépendance envers les hautes technologies occidentales, nuisible pour la sécurité nationale, s’est développée; nous avons perdu la force morale – autrefois, l’idéologie communiste; nous n’avons plus une forte communauté d’alliés en Europe, comme du temps du Pacte de Varsovie; les oligarques pro-occidentaux, alliés à la haute administration, dominent l’industrie et la finance. La Russie ne peut tout simplement pas se mesurer avec l’Otan et ses alliés en termes de technologie militaire.

    Il faut donc absolument trouver une approche originale pour nous assurer une sécurité militaire, spécialement dans la zone d’encerclement stratégique. La tâche prioritaire est de maintenir le niveau des forces nucléaires. Il y a cependant des inconvénients à cela. En dépit de leur taille modeste (comparée à celle de nos autres forces militaires), les armes nucléaires exigent d’importantes ressources. En raison de la dégradation de l’économie, due aux sanctions et à la baisse des cours du pétrole, le pays pourrait tout simplement manquer des ressources nécessaires pour maintenir ses forces nucléaires au niveau souhaité. Les Forces stratégiques (les missiles intercontinentaux, les sous-marins lanceurs d’engins, les bombardiers à long rayon d’action), qui comptent plus de 100 000 hommes, pourraient être partiellement neutralisées par des actions de guerre informationnelle : propagande et guerre psychologique. Dans un futur proche, le système américain d’attaque globale préemptive pourrait être capable de neutraliser tout ou partie des forces nucléaires russes, en combinant des frappes de décapitation (visant les centres de commandement) et des frappes incapacitantes (visant les vecteurs des armes nucléaires). Il est essentiel pour notre pays de trouver des moyens asymétriques pour contenir ces menaces. C’est ce qu’a voulu dire M. Poutine quand il a dit que nous ne nous engagerions pas dans une course aux armements, mais que nous adopterions des mesures asymétriques. Clairement, cela suppose de nouvelles armes, basées sur des idées radicalement différentes de celles qui existent aujourd’hui.

    Les conditions techniques pour la méga-arme

    A partir de cette analyse de la situation concernant les forces nucléaires stratégiques, ces nouvelles armes doivent remplir certaines conditions. Tout d’abord, elles doivent garantir la défaite de l’ennemi. Le système doit pouvoir frapper l’adversaire avec une certitude de 100%, et la puissance de l’attaque doit être suffisante pour le mettre hors de combat. De plus, le système doit posséder les capacités d’attaque qui le mettront à l’abri de sa neutralisation, par quelque moyen que ce soit, non seulement ceux qui existent aujourd’hui mais aussi les armes de contre-mesures les plus sophistiquées qui pourront être développées demain.

    La caractéristique la plus importante est la capacité d’emploi assurée, quand le pouvoir politique du pays le décidera et quand les conditions objectives d’emploi seront réunies. Ceci est particulièrement important, quand on sait que les positions des partisans pro-occidentaux en Russie sont toujours très fortes, particulièrement aux plus hauts niveaux du gouvernement, y compris au sein du haut commandement militaire. En cas de pression informationnelle et psychologique intense, on ne peut affirmer qu’ils obéiront à l’ordre de lancer les armes stratégiques. Bien plus, le nombre d’hommes servant dans les Forces stratégiques est trop élevé pour qu’on puisse être absolument certain qu’ils soient à leur poste, surtout si la société se divise.

    Ces considérations nous poussent à réduire au minimum le nombre d’hommes servant ce système d’arme asymétrique et défensive. Ce nombre doit être suffisamment petit pour qu’on puisse être sûr, d’une manière absolue ou presque, de la loyauté de ces hommes envers le pouvoir politique et de leur degré de préparation à exécuter l’ordre d’employer ce système, quels que soient l’état de la société et leur état d’esprit personnel. Cela signifie que le personnel servant ce système d’arme asymétrique ne peut dépasser quelques milliers d’hommes.

    Si nous comparons la puissance que la science et la technologie actuelles peuvent délivrer avec les dégâts que nous souhaitons provoquer, nous en arrivons à la conclusion que nous ne pouvons obtenir ce résultat sans l’aide de forces de destruction d’appoint. Ce qui vient en premier à l’esprit sont les catastrophes géologiques. Dépassant plusieurs fois en puissance les ogives nucléaires les plus fortes, les catastrophes géologiques peuvent être délibérément déclenchées par des forces relativement faibles. C’est pourquoi nous basons notre arme de riposte asymétrique sur l’idée de provoquer les processus géologiques les plus destructeurs.

    Une dernière condition est le caractère asymétrique de la menace. Un tel système devrait ravager la partie qui l’emploie incomparablement moins que l’ennemi. Et c’est possible, quand on regarde la géographie de la Russie et celle des États-Unis.

    Demain, un monde sans l’Amérique

    Constat important, la Russie est située sur le continent eurasien, et la majorité de sa population est concentrée loin des côtes. En outre, le niveau moyen du territoire au-dessus de la mer met les Russes à l’abri des flots, même dans le cas d’une énorme catastrophe et d’un méga-tsunami.

    La situation des États-Unis est différente. Plus de 80% de la population vit près des océans, dans des zones faiblement élevées. Le gros de l’industrie est également installé dans ces régions. Même un tsunami relativement faible – une vague de plusieurs douzaines de mètres de haut – pourrait entraîner des conséquences catastrophiques pour les États-Unis. L’ouragan Katrina sur la Nouvelle-Orléans est là pour le rappeler.

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    La nouvelle-Orléans, inondée à la suite de l’ouragan Katrina. Photo: wikimedia.org

    Une autre caractéristique de la Russie est que la majeure partie de son territoire sibérien repose sur une couche épaisse (plusieurs kilomètres) de basalte. On pense que cette plateforme basaltique s’est formée lors de l’éruption d’un super-volcan, survenue il y a 250 millions d’années. C’est pourquoi les frappes, même les plus puissantes, ne pourront pas entraîner de catastrophes géologiques majeures.

    Qu’en est-il des États-Unis? Ce qui d’emblée attire notre attention est le Parc national du Yellowstone, situé dans la caldera d’un super-volcan. Ce dernier, selon les géologues, approche de sa période d’activation, qui arrive tous les 600 000 ans. Sa dernière éruption a eu lieu à peu près à cette distance temporelle. La puissance de ce volcan ne représente qu’une fraction seulement de celle de son homologue sibérien. Ce qui explique que son éruption n’a pas entraîné l’extinction de la vie sur Terre, mais a dû avoir des conséquences catastrophiques pour le continent américain. Les géologues craignent que le volcan du Yellowstone puisse entrer en éruption à tout moment; il y a d’ailleurs des signes clairs d’une montée de son activité. Aussi, même une petite impulsion, l’explosion d’une ogive mégatonique, pourrait être suffisante pour démarrer l’éruption. Cela pourrait être cataclysmique pour les États-Unis – ils pourraient carrément cesser d’exister. Leur territoire pourrait être entièrement recouvert d’une épaisse couche de cendres (plusieurs mètres et même des douzaines de mètres).

    San-Andreas est une autre zone vulnérable des États-Unis. C’est une faille de 1 300 kilomètres de long, située entre les plaques pacifique et nord-américaine. Elle court le long de la côte californienne, tantôt dans les terres, tantôt sous l’eau. Les failles San-Gabriel et San-Jacinto, elles, lui sont parallèles. Cette région très instable connaît des séismes pouvant aller jusqu’à une magnitude de 8,5 sur l’échelle de Richter. Une très forte explosion nucléaire pourrait entraîner une catastrophe, provoquant de formidables tsunamis qui emporteraient l’infrastructure de toute la Côte Ouest.

    Pour finir, n’oublions pas les failles transformantes de l’Atlantique et du Pacifique. Parallèles aux côtes Est et Ouest, elles pourraient être la source d’énormes tsunamis qui causeraient des ravages jusque loin à l’intérieur des terres.

    Le détonateur d’une catastrophe

    Les États-Unis sont donc un pays vulnérable, géologiquement parlant. Ce qui reste à faire est de déterminer comment provoquer de tels processus géologiques sur une telle échelle. Revenons dans le passé. En 1961, la plus grosse bombe thermonucléaire a été testée à 5 000 mètres au-dessus de l’extrémité nord de la Nouvelle-Zemble, dans l’Arctique. D’après les estimations connues, elle faisait 58 mégatonnes. Et pourtant, les experts occidentaux en sont venus à la conclusion que toute l’énergie n’avait pas été dépensée, parce que l’ogive ne semblait pas avoir d’enveloppe en uranium-238, enveloppe capable d’augmenter la puissance d’une explosion de 50% à 100%. C’est-à-dire que cette bombe aurait pu dépasser les 100 mégatonnes. Cette ogive tenait dans une bombe de 16 tonnes et avait été larguée d’un bombardier Tu-95 Ours. Selon les scientifiques du Centre de Sarov et l’expert russe le plus connu dans le domaine, le professeur Igor Ostretsov, une ogive actuelle de même puissance peut tenir dans une bombe de 5 à 7 tonnes. Autrement dit, elle peut être facilement embarquée, en termes de taille et de poids, sur un missile intercontinental (le Satan peut emporter 8 tonnes environ). Des satellites peuvent également l’emporter.

    Les accords actuels sur la parité des arsenaux nucléaires n’imposent aucune limite sur la puissance des ogives elles-mêmes. Ils en contrôlent seulement le nombre. Or, notre méga-arme n’en exigera pas trop.

    Le jour d’après

    L’option la plus efficace pour déclencher à coup sûr une catastrophe géologique serait une frappe sur le super-volcan du Yellowstone. Même une seule explosion d’une ogive de 5 à 7 tonnes, en surface, provoquerait une très violente éruption. Résultat, les États-Unis cesseraient d’exister, mais les conséquences seraient également catastrophiques pour le reste du monde. La Russie serait l’un des pays qui souffriraient le moins – à cause de la distance, de la taille de son territoire et de sa situation géographique. De même, les dommages causés aux pays situés aux antipodes des États-Unis seraient limités. Néanmoins, il faut le rappeler : cette explosion serait un désastre pour l’humanité tout entière. C’est d’ailleurs la raison d’être d’une telle arme. La possibilité très réelle de son emploi devrait mettre un point final à toute idée d’agresser la Russie.

    Une version alternative de cette super-frappe serait d’amorcer des tsunamis géants, une idée qui nous vient d’Andréi Sakharov. Il s’agirait de faire exploser une série de charges nucléaires sur des points bien définis le long des failles transformantes atlantique et pacifique (environ 3 à 4 pour chacune) à une profondeur de 1,5 à 2 kilomètres. D’après les calculs de Sakharov et d’autres scientifiques, cela produirait une vague qui s’élèverait à 400-500 mètres, ou plus, près des côtes américaines. En s’écrasant sur le rivage, cette vague balaierait tout jusqu’à une distance de 500 kilomètres à l’intérieur des terres. Si les explosions avaient lieu plus profondément, là où l’écorce terrestre, à la jointure des plaques, est la plus mince, alors l’écorce elle-même pourrait fondre, et le magma arrivant au contact de l’eau amplifierait et multiplierait l’intensité de l’explosion. La hauteur du tsunami pourrait alors dépasser 1 500 mètres, et la zone totalement détruite pourrait atteindre plus de 1 500 kilomètres à partir du rivage.

    Ce serait une arme très propre : pas d’hiver nucléaire, pas de gigantesque nuages de poussières, par contre la vapeur d’eau retomberait très vite sur la terre déjà ravagée, sous forme de terrifiantes douches radioactives. Une telle frappe déstabiliserait la tectonique de la région, provoquant vraisemblablement l’éruption du super-volcan du Yellowstone. La vague opposée, elle, balaierait l’Europe. En d’autres termes, ce seraient tous les pays de l’Otan qui disparaîtraient. Ce cataclysme serait d’une horreur sans nom. Mais il s’agit de la menace asymétrique du dernier ressort. Une partie de la Russie serait aussi détruite, mais il ne resterait rien de toute la civilisation occidentale. Même l’explosion d’une seule forte charge près des failles de San-Andreas, San-Gabriel, ou San-Jacinto, déclencherait des cataclysmes géologiques.

    Apocalypses – faciles à obtenir et avec peu de moyens

    Les scénarios discutés ici démontrent que le nombre de super-charges nucléaires nécessaires pour cette arme asymétrique est plutôt limité – environ dix. Ce qui permet de rendre son emploi crédible, si les conditions exposées plus haut sont remplies.

    Amener ces charges à leur destination pourrait se faire de nombreuses manières. En premier lieu : plusieurs missiles balistiques monobloc qui, lancés en même temps que de nombreuses fusées-leurres, submergeraient toute défense anti-missile, même celles développées dans un futur lointain. Un petit nombre de systèmes de lancement spéciaux, protégés dans des puits, pourrait être dissimulé, aussi bien par des forces militaires que par un secret rigoureux. On pourrait développer un tel missile pour les sous-marins lanceurs d’engins de la classe Typhon (projet 941). Leurs tubes de lancement sont conçus pour le P39 de 96 tonnes, qui pourrait facilement accueillir les fusées intercontinentales avec la charge utile exigée. Un seul de ces sous-marins serait suffisant pour cette mission.

    Les super-charges pourraient être intégrées dans les futurs missiles hypersoniques pour former l’équivalent terrestre des sous-marins lanceurs d’engins. Elles pourraient aussi être secrètement positionnées à l’avance, aux points fixés et à la profondeur requise, à partir de navires de la Flotte camouflés en navires civils. Au moment voulu, un système de transmission très complexe et très sûr pourrait activer ces charges. Si la tension internationale redescend, ces charges pourraient être récupérées par des navires spécialisés.

    Il faut entre 5 ou 6 et 10 à 12 ans, selon les experts, pour concevoir et produire des charges de la taille requise. Il faut autant de temps pour développer et produire un nombre suffisant de moyens de transports. Cela veut dire que la Russie peut posséder cette arme asymétrique dans les dix prochaines années. L’arrivée d’une telle arme rendra caduque toute menace d’une guerre majeure contre notre pays, même si l’ennemi jouit d’une supériorité écrasante en termes d’armes conventionnelles.

    Konstantin Sivkov Président de l’Académie de géopolitique, Dr ès Sc.

    Article original en russe 

    Texte traduit du russe à l’anglais par Eugenia

    Traduit de l’anglais par Ludovic, relu par Diane pour le Saker Francophone


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  • L’offensive de l’Otan globale

    L'art de la guerre

     
    OTAN Monde

    L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord n’a plus de frontières. En Europe -après s’être étendue à sept pays de l’ex Pacte de Varsovie, trois de l’ex URSS et deux de l’ex Yougoslavie (démolie par la guerre de 1999)- elle est en train d’incorporer l’Ukraine. Les forces armées de Kiev, qui depuis des années participent aux opérations Otan dans diverses aires (Balkans, Afghanistan, Irak, Méditerranée et Océan Indien), sont de plus en plus intégrées dans celles de l’Alliance sous commandement USA. Le 24 avril a été signé un accord qui les insère de fait dans le réseau de commandement, contrôle et communication Otan.

    Au moment même où le parlement de Kiev approuve à l’unanimité une loi qui exalte comme « héroïque » le passé nazi de l’Ukraine et, alors qu’il déclare « criminelle » toute référence au communisme en mettant hors la loi le Pc, il qualifie de « combattants pour l’indépendance ukrainienne » les nazis qui massacrèrent des dizaines de milliers de juifs.

    En Lituanie et en Pologne, l’Otan a déployé des chasseurs-bombardiers qui « patrouillent » dans les cieux des trois républiques baltes, aux limites de l’espace aérien russe : l’Italie, après avoir conduit la « mission » dans le premier quadrimestre 2015, y reste au moins jusqu’en août avec 4 chasseurs-bombardiers Eurofighter Typhoon.

    En Asie centrale, «région stratégiquement importante », l’Otan est en train d’incorporer la Géorgie qui, déjà intégrée dans ses opérations, « aspire à devenir membre de l’Alliance ». Elle continue en outre à « approfondir la coopération » avec Kazakstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turkmenistan et Ouzbékistan, pour contrecarrer l’Union économique eurasiatique (comprenant Russie, Biélorussie, Kazakstan, Arménie et, depuis mai, le Kirghizistan).

    Elle reste « profondément engagée en Afghanistan » (considéré, dans la géographie impériale, comme partie de l’ « Atlantique Nord »), pays de grande importance géostratégique face à Russie et Chine, où la guerre Otan continue avec des forces spéciales, drones et chasseurs-bombardiers (52 attaques aériennes rien qu’en mars).

    En Asie occidentale, l’Otan poursuit l’opération militaire couverte contre la Syrie et en prépare d’autres (l’Iran est toujours dans le viseur), comme le montre le déplacement à Izmir (Turquie) du Landcom, le commandement de toutes les forces terrestres de l’Alliance. En même temps l’Otan renforce le partenariat (expérimenté dans la « campagne de Libye ») avec quatre monarchies du Golfe -Bahrein, Emirats Arabes Unis, Koweit, Qatar- et la coopération militaire avec l’Arabie Saoudite qui, dénonce « Human Rights Watch », massacre au Yémen avec des bombes à fragmentation fournies par les USA.

    En Asie orientale, l’Otan a conclu avec le Japon un accord stratégique qui « élargit et approfondit le long partenariat », à quoi se joint un accord analogue avec l’Australie, en fonction anti-chinoise et anti-russe.

    Dans la même finalité les plus grands pays de l’Otan (parmi lesquels l’Italie) participent tous les deux ans, dans le Pacifique, à ce qui est défini par le commandement de la Flotte USA comme « la plus grande manoeuvre maritime du monde ».

    En Afrique, après avoir démoli la Libye, l’Otan est en train de potentialiser son assistance militaire à l’Union africaine, à qui elle fournit aussi « planification et transport aéronaval », dans le cadre stratégique du Commandement Africa des Etats-Unis

    En Amérique Latine, l’Otan a stipulé un « Accord sur la sécurité » avec la Colombie qui, déjà engagée dans des programmes militaires de l’Alliance (parmi lesquels la formation de forces spéciales), peut en devenir rapidement le partenaire.

    On ne devra pas s’étonner si, sans trop attendre, l’Italie enverra ses chasseurs-bombardiers « patrouiller » les cieux de la Colombie dans une « mission » Otan contre le Venezuela.

    Manlio Dinucci

    Edition de mardi 5 mai 2015 de il manifesto

    http://ilmanifesto.info/loffensiva-della-nato-globale/ (notamment pour la photo des serial killer sur la pelouse)

    Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

    Manlio Dinucci est géographe et journaliste. Il a une chronique hebdomadaire “L’art de la guerre” au quotidien italien il manifesto. Parmi ses derniers livres:  Geocommunity (en trois tome

    http://www.mondialisation.ca/loffensive-de-lotan-globale/5447408

     

    Merci à Jean-Claude de m'avoir signalé cette vidéo qui montre bien les dangers du Cartel et du complexe militaro-industriel US avec ses guerres perpétuelles pouvant mener bientôt à la fin de l'espèce humaine via la WW3, la 3e guerre mondiale avec des armes de destruction massive, eva R-sistons

     

     


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    Les victimes ignorées des guerres de l’Occident

    4 millions de morts en Afghanistan, au Pakistan

    et en Irak depuis 1990

     

    Les opinions publiques occidentales en sont persuadées : le colonialisme est une histoire du passé ; leurs États ne pratiquent plus de massacre de masse. Mais la réalité est tout autre. Ainsi que viennent de le démontrer plusieurs associations internationales (dont le Prix Nobel de la Paix 1985, une époque où cette distinction avait encore un sens), rien qu’en Afghanistan, au Pakistan et en Irak, les guerres occidentales ont probablement fait 4 millions de morts.

    | Londres (Royaume-Uni) | 11 avril 2015
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    Vu d’Asie, les guerres occidentales n’ont pas secouru les populations civiles, ni apporté la démocratie, ni vengé les attentats du 11-Septembre, seulement semé la mort et la désolation.

    Une importante étude démontre que la « guerre contre le terrorisme » conduite par les États-Unis a tué jusqu’à 2 millions de personnes. Néanmoins, il ne s’agit que d’un décompte partiel des morts dont l’Occident est responsable en Irak et en Afghanistan depuis plus de deux décennies.

    Le mois dernier, Physicians for Social Responsibility (PSR), une prestigieuse ONG basée à Washington DC, a publié une étude clé [disponible au bas de cette page]. Elle démontre que le bilan humain de plus d’une décennie de « guerre contre le terrorisme » depuis les attaques du 11-Septembre s’élève à au moins 1,3 million de morts. Selon cette ONG, il pourrait même atteindre les 2 millions.

    Publié par une équipe de docteurs lauréate du prix Nobel de la paix, ce rapport de 97 pages est le premier décompte du nombre total de pertes civiles dues aux interventions « antiterroristes » menées sous l’égide des États-Unis en Irak, en Afghanistan et au Pakistan.

    Ce rapport du PSR a été rédigé par une équipe interdisciplinaire d’experts de premier plan dans le domaine de la santé publique, dont le Dr Robert Gould, directeur de la sensibilisation et de l’éducation des professionnels de santé au Centre médical de l’Université de Californie (San Francisco). Parmi ses rédacteurs, nous pouvons également citer le Professeur Tim Taka-ro, qui enseigne à la Faculté des Sciences de la Santé à l’Université Simon Fraser (Canada).

    Néanmoins, cette étude a été presque totalement ignorée par les médias anglophones [NDT : et francophones]. Elle constitue pourtant la première tentative – par une organisation de renommée mondiale –, de produire un calcul scientifiquement crédible du nombre de personnes tuées par cette « guerre contre le terrorisme » qu’ont menée les États-Unis, [la France] et la Grande-Bretagne.

    Gare aux lacunes

    Ce rapport du PSR est décrit par le Dr Hans von Sponeck, un ancien secrétaire général adjoint des Nations Unies, comme une « importante contribution pour réduire le fossé entre les estimations fiables des victimes de guerre – en particulier des civils en Irak, en Afghanistan et au Pakistan –, et les bilans tendancieux, manipulés, voire falsifiés. »

    Cette étude contient un réexamen scientifique des anciennes estimations du nombre des victimes de la « guerre contre le terrorisme ». Concernant l’Irak, elle est particulièrement critique à l’égard du bilan habituellement cité par les médias grand public comme étant digne de foi, c’est-à-dire les 110 000 morts avancés par l’Iraq Body Count (IBC). Ces chiffres ont été obtenus en décomptant les pertes civiles annoncées par les médias. Or, le PSR a identifié de graves lacunes et d’autres problèmes méthodologiques dans cette approche.

    Par exemple, bien que 40 000 corps aient été enterrés à Najaf depuis le déclenchement de la guerre d’Irak en 2003, l’IBC n’a recensé que 1 354 décès dans cette ville sur la même période. Cet exemple indique l’ampleur du décalage entre les chiffres de l’IBC concernant Najaf et le véritable bilan. Dans le cas présent, les chiffres réels sont plus de 30 fois supérieurs.

    La base de données de l’IBC est truffée de tels écarts. Dans un autre exemple, cette organisation a recensé seulement 3 frappes aériennes sur une certaine période en 2005. En réalité, le nombre d’attaques depuis les airs avait augmenté de 25 à 120 cette année-là. Encore une fois, ces données sont 40 fois inférieures à la réalité.

    Selon le rapport du PSR, l’étude controversée de la revue Lancet, qui avait estimé le nombre de morts irakiens à 655 000 entre 2003 et 2006 – et à plus d’un million jusqu’à aujourd’hui, en extrapolant –, était probablement bien plus proche de la réalité que les chiffres avancés par l’IBC [1]. En vérité, ce rapport confirme un quasi-consensus entre les épidémiologistes sur la fiabilité de l’étude du Lancet.

    Malgré des critiques légitimes, la méthodologie statistique appliquée dans ce travail est le modèle universellement reconnu pour déterminer le nombre de morts sur les zones de conflits : elle est d’ailleurs utilisée par les gouvernements et les agences internationales.

    Un déni politisé

    Le PSR a également analysé la méthodologie et les conclusions d’autres études indiquant un bilan humain inférieur, comme un article du New England Journal of Medicine – qui souffre d’un certain nombre de lacunes graves.

    En effet, cet article ne tient pas compte des provinces soumises aux plus grandes effusions de violence, c’est-à-dire celles de Bagdad, d’Al-Anbâr et de Ninive. En réalité, il se base sur les données erronées de l’IBC pour extrapoler des chiffres sur ces régions. Il a également imposé des « restrictions motivées politiquement » sur la collecte et l’analyse des données. Par exemple, les entretiens furent menés par le ministère irakien de la Santé, qui était « totalement dépendant de la puissance occupante » et qui, sous la pression des États-Unis, avait refusé de publier ses données relatives aux décès recensés d’Irakiens.

    En particulier, le PSR a analysé les allégations de Michael Spaget, de John Sloboda et d’autres critiques ayant décrit comme « frauduleuses » les méthodes de collecte de données de l’étude du Lancet. Selon l’ONG, de tels contre-arguments sont infondés.

    Les quelques « critiques légitimes », selon le PSR, « ne remettent pas en question les résultats des investigations du Lancet dans leur ensemble. Ces chiffres restent les meilleures estimations actuellement disponibles ». Les conclusions du Lancet sont également corroborées par les données d’une nouvelle étude menée par la revue scientifique PLOS Medicine, qui a recensé 500 000 victimes de la guerre en Irak. Au total, le PSR a pu déterminer que le nombre le plus probable de morts civils dans ce pays depuis 2003 est d’environ 1 million.

    À ce bilan, l’étude du PSR ajoute au moins 220 000 morts en Afghanistan et 80 000 au Pakistan, qui ont été tués de manière directe ou indirecte à cause de cette campagne militaire conduite par les États-Unis. En d’autres termes, cette ONG avance une « estimation basse » qui s’élève à 1,3 million de morts en Irak, en Afghanistan et au Pakistan. Or, les chiffres réels pourraient facilement « dépasser les 2 millions ».

    Pourtant, même cette étude du PSR souffre de certaines lacunes. Tout d’abord, la « guerre contre le terrorisme » de l’après-11-Septembre n’était pas une nouveauté, mais simplement une extension de politiques interventionnistes lancées précédemment en Irak et en Afghanistan.

    Par ailleurs, le cruel manque de données concernant l’Afghanistan signifie que l’étude du PSR a probablement sous-estimé le bilan humain dans ce pays.

    L’Irak

    La guerre d’Irak n’a pas démarré en 2003, mais en 1991 avec la première guerre du Golfe, qui fut suivie par un régime de sanctions imposé via les Nations Unies.

    Une étude antérieure du PSR menée par Beth Daponte – alors démographe du Bureau du recensement du gouvernement US –, a montré que le nombre de décès d’Irakiens provoqués par la première guerre du Golfe s’élevait à environ 200 000, pour la plupart des civils [2]. Entre-temps, son étude fut censurée par les autorités.

    Après que la coalition dirigée par les États-Unis se fut retirée d’Irak, la guerre contre ce pays continua sous une forme économique, à travers le train de sanctions de l’ONU imposé par les USA et la Grande-Bretagne. Pour le justifier, le prétexte invoqué était d’empêcher le président Saddam Hussein d’avoir accès aux éléments constitutifs de potentielles armes de destruction massive. Sous cet embargo, les biens interdits à l’Irak incluaient un grand nombre de produits de première nécessité indispensables à la population civile.

    Des chiffres de l’ONU jamais remis en question démontrent qu’environ 1,7 million de civils irakiens sont morts à cause de ce régime de sanctions brutal imposé par l’Occident, dont près de la moitié étaient des enfants [3].

    Il semblerait que cette abondance de morts ait été intentionnelle. Parmi les biens interdits par les sanctions de l’ONU, on peut recenser des produits chimiques et des équipements essentiels au fonctionnement du système national de traitement des eaux de l’Irak. Un document secret de l’Agence de Renseignement militaire du Pentagone (la DIA, pour Defence Intelligence Agency) a été découvert par le professeur Thomas Nagy, qui enseigne à l’École de commerce de l’Université George Washington. Selon lui, ce document constitue « un plan initial de génocide contre le peuple irakien ».

    Dans son article scientifique rédigé dans le cadre de l’Association des chercheurs sur les génocides de l’Université du Manitoba (Canada), le professeur Nagy expliqua que ce document de la DIA révélait, dans « les moindres détails, une méthode parfaitement opérationnelle pour ‘délabrer complètement le système de traitement des eaux’ d’une nation entière » pendant une décennie. Ainsi, la politique de sanctions créerait « les conditions favorables à une vaste propagation de maladies, dont des épidémies de grande ampleur (…) liquidant ainsi une large portion de la population irakienne. » [4]

    Par conséquent, si l’on se base seulement sur le cas de l’Irak, la guerre menée par les États-Unis contre ce pays entre 1991 et 2003 a tué environ 1,9 million d’Irakiens ; ensuite, à partir de 2003, nous pouvons recenser à peu près 1 million de morts. Au total, cette campagne militaire aura donc emporté la vie de près de 3 millions de personnes.

    L’Afghanistan

    En Afghanistan, les estimations du PSR sur le nombre total de victimes pourraient aussi être grandement sous-estimées. Six mois après la campagne de bombardements de 2001, le journaliste du Guardian Jonathan Steele révéla qu’entre 1 300 et 8 000 Afghans avaient été tués de manière directe [5]. Il ajouta qu’il y avait eu une surmortalité d’environ 50 000 personnes dans cette même période, en raison des conséquences de cette guerre.

    Dans son livre, Body Count : Global Avoidable Mortality Since 1950, le professeur Gideon Polya appliqua la même méthodologie utilisée par le Guardian pour analyser les données annuelles de mortalité de la Division de la population de l’Onu [6]. Il put ainsi calculer les chiffres plausibles de la surmortalité en Afghanistan. Biochimiste retraité de l’Université de La Trobe (Melbourne), Polya a conclu que le total des décès évitables dans ce pays – en état de guerre permanent depuis 2001 et subissant les privations de l’occupant –, s’élevait à 3 millions de personnes (dont 900 000 enfants de moins de 5 ans).

    Bien que les découvertes du professeur Polya n’aient pas été publiées dans une revue universitaire, l’étude qu’il présente dans Body Count, son livre de 2007, a été recommandée par Jacqueline Carrigan, un professeur de sociologie de l’Université d’État de Californie [7]. Elle a ainsi présenté cette étude comme « une mine de données sur la situation de la mortalité globale », dans une recension publiée par une revue des éditions universitaires Routledge, Socialism and Democracy.

    Comme dans le cas de l’Irak, l’intervention des États-Unis en Afghanistan a démarré bien avant le 11-Septembre, sous la forme d’une assistance clandestine des talibans par les États-Unis dans les domaines militaires, logistiques et financiers à partir de 1992. Cette aide secrète a favorisé la conquête violente de près de 90 % du territoire afghan par les talibans [8].

    En 2001, l’Académie Nationale des Sciences publia un rapport intitulé Forced Migration and Mortality [9]. Dans cette étude, Steven Hansch – un épidémiologiste de premier plan et directeur de Relief International –, souligna que la surmortalité due aux conséquences de la guerre dans les années 1990 avait engendré entre 200 000 et 2 millions de morts en Afghanistan. Bien entendu, l’Union soviétique a sa part de responsabilité dans la dévastation des infrastructures civiles de ce pays, ayant ainsi jeté les bases de ce désastre humain.

    En les additionnant, ces chiffres suggèrent qu’en Afghanistan, le bilan total des conséquences directes et indirectes des opérations états-uniennes [et occidentales] entre le début des années 1990 et aujourd’hui pourrait être compris entre 3 et 5 millions de morts.

    Le déni

    Selon les chiffres que nous venons d’étudier, le total des décès engendrés par les interventions occidentales en Irak et en Afghanistan depuis les années 1990 – des morts directes aux impacts des privations de guerre à plus long terme –, pourrait être d’environ 4 millions : 2 millions en Irak entre 1991 et 2003, et 2 millions à cause de la « guerre contre le terrorisme ». Ce bilan pourrait même atteindre les 6 à 8 millions de morts, si l’on prend en compte les estimations hautes de la surmortalité en Afghanistan.

    Il est possible que de tels chiffres soient bien trop élevés, mais nous ne pourrons jamais en avoir la certitude. En effet, les politiques des forces armées US et britanniques imposent de refuser la comptabilisation des pertes civiles engendrées par leurs opérations – ces morts étant considérées comme des désagréments sans intérêt.

    En raison de la grave pénurie de données en Irak, de l’inexistence quasi totale des archives en Afghanistan, et de l’indifférence des gouvernements occidentaux quant à la mort des civils, il est littéralement impossible de déterminer la véritable ampleur des décès provoqués par ces interventions.

    En l’absence de la moindre possibilité de corroboration, ces chiffres fournissent des estimations plausibles basées sur l’application de la méthodologie statistique, qui se fonde sur les meilleures preuves disponibles – bien qu’elles s’avèrent particulièrement rares. Ils nous donnent une idée de l’ampleur de ces destructions, à défaut de nous en offrir les détails précis.

    La plupart de ces morts ont été justifiées dans le contexte du combat contre la tyrannie et le terrorisme. Néanmoins, grâce à la complicité silencieuse des médias grand public, la majorité des citoyens n’a aucune idée de la véritable ampleur de cette terreur permanente – imposée en leur nom – par la tyrannie états-unienne et britannique en Irak et en Afghanistan.

    Traduction
    Maxime Chaix
    Principal traducteur francophone de Peter Dale Scott

    Source
    Middle East Eye (Royaume-Uni)

    http://www.voltairenet.org/article187295.html

     


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